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TITRE:

ROMAIN HUMEAU (22 SEPTEMBRE 2020)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

POP



Connu pour Eiffel, Romain Humeau n'en reste pas moins un artiste indépendant se livrant à plusieurs projets annexes (auteur pour Bernard Lavilliers, création de label...) et notamment une carrière "solo". Rencontre avec le musicien.
CALGEPO - 20.10.2020 -
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Après le retour de Eiffel l'année dernière avec "Stupor Machine", rien n'arrête l'élan créatif de Romain Humeau qui n'a jamais eu de cesse d'offrir des albums sous son nom en parallèle. "Echo" vient donc confirmer une inspiration débordante encore plus libre que dans sa vie de "groupe", à l'image des nombreux artistes britanniques qu'il 'admire.


Romain, nous avions terminé notre dernière interview en évoquant les artistes que tu admires, nomment Damon Albarn et Andy Patridge (XTC). La manière dont tu mènes ta carrière est assez similaire avec ces deux artistes entre groupe et nombreux projets parallèles, qu'est-ce qui t'attire chez eux musicalement et dans la manière de gérer leur carrière ?

Moi, ce qui m'intéresse avant tout c'est la musique et pas la gestion de carrière. Néanmoins vu que c'est mon métier, je suis obligé de prendre des notes sur ce que font les gens. Pour la partie artistique, ce qui m'émerveille chez eux c'est leur capacité à se renouveler. Après c'est une question de génération. Andy Patridge doit avoir aujourd'hui presque 70 ans, c'était l'époque punk fin vers 77. Ce que j'aime chez XTC et chez Damon Albarn c'est aussi la qualité d'écriture, harmonique, mélodique et le texte. Surtout leur œuvre est avant tout originale. Andy Patridge c'est Andy Patridge on ne peut le comparer. On peut voir les influences chez lui, il en parle beaucoup, j'aime aussi les gens qui aiment d'autres artistes. Si j'existe c'est grâce à d'autres artistes comme le disait Kurt Cobain : "je suis fais de miettes d'autres artistes". Je suis une pièce d'un grand puzzle. Chez Patridge il y a des surprises harmoniques, je trouve que c'est important l'harmonie, c'est ce que tu mets en-dessous de la mélodie, c'est ce qui la fait sonner. Une mélodie toute seule c'est sympa, mais ça ne veut pas dire grand'chose. Damon a sa manière de faire, des tocs que j'adore : par exemple il part toujours du troisième degré mineur... Ça n'intéresse pas les gens mais c'est ce qui les touche. Je ne veux pas que les gens connaissent la mécanique, les fils de la marionnette mais mon rôle est de le maitriser. Malheureusement je trouve qu'actuellement on est dans un monde assez pauvre musicalement dans la pop contrairement au 60s, 70s voire 80s où il y avait des choses géniales comme The Cure ou Tears For Fears, les Pixies... Après dans la gestion de carrière ce n'est pas la même, pour Andy les médias pensent que c'est un looser. Il  eu un tube énorme avec XTC (NDLR : 'Making Plans For Nigel' resté 11 semaines dans les charts anglais en 1979) et ils étaient promis à détrôner The Police, je sais pas si tu vois le niveau. Et à ce moment là au bout de 4 ans de tournées avec 250 concerts par an ce qui est n'importe quoi au niveau physique, Andy a pété un câble sur scène à Paris au Palace, il a joué une chanson puis il a posé la guitare et ça été fini, il n'a plus jamais fait de scène par contre il a fait 20 albums avec XTC après. Il n'a fait aucun compromis avec les médias ou avec les maisons de disques, et quelque part je suis assez influencé par ce mec-là.




Après je n'ai pas eu le succès de ces mecs-là et il faut dire que c'était une autre époque. Dans ces années, les maisons de disques avaient beaucoup plus d'importance, les médias en ont toujours mais avant c'était vraiment des spécialistes en musique ils pouvaient faire des dizaines de pages, des interviews fleuves maintenant ça tient en quelques lignes. Ça a moins d'importance si me me fâche avec quelqu'un - même si attention je suis d'un caractère aimant -, mais je n'aime pas le vide dans ce milieu-là. On est plus dans l'excitation, le fait de pouvoir voir 3 concerts un soir, faire la fête... C'est fini. Tout le monde s'envoie des emojis... pour moi, c'est le vide. Pour Damon, il a monté plein de groupes, fait des opéras... et ça, j'admire. Personnellement je ne suis pas Romain Humeau, chanteur d'Eiffel, je trouve ça complètement con. Je ne me résume pas à ça. Il n'y a pas le groupe puis après Romain qui s'amuse, non, c'est aussi important. Ce sont pas des albums solo, il y a des musiciens avec moi... Je n'aime pas l'idée de faire un groupe et c'est pour la vie, c'est bon à vingt piges ça. Par contre Eiffel est un groupe qui n'est pas splitté, on sait s'arrêter...


Cette liberté que tu recherches, le groupe c'est un peu formaté, il y a des gimmicks, des contraintes de cahier des charges peut-être, et dans ta carrière parallèle tu retrouves une forme de liberté où tu tentes comme dans "Echo" plus de choses...

C'est exactement ça. Je pense toutefois qu'il y a de la liberté dans un groupe tout de même, mais ce n'est pas la même liberté. Ce qui est important c'est de changer la liberté. Elle n'existe pas en tant que telle, ce n'est pas être si tu veux sans entrave. Je pense au contraire que la liberté c'est se créer des frontières. Si tous les deux on est amenés à faire un duo, je pense qu'il faudra se créer un contexte et dans ce contexte-là on va être libres. Si on nous jette dans la nature, dans l'espace, un astronaute il te semble libre mais il ne peut rien faire, il n'y a aucune limite. La liberté se définit par rapport à des entraves. En solo, j'ai beaucoup de liberté mais le piège c'est de faire n'importe quoi. Parfois, pour faire une auto-critique j'ai pêché par excès de liberté, et suis parti dans tous les sens.


Qu'est ce qui te limite, est-ce que ce sont les musiciens qui sont avec toi ou bien toi-même, avec du recul ?


Non, en fait j'essaie de créer des contextes. Pour en revenir à Eiffel, il y a un contexte : 2 guitares, basse, batterie. On peut dire c'est un peu pauvre et donc j'essaye de savoir comment faire avec deux guitares pour sonner différemment et de manière particulière. Le temps passant tu as envie d'autres choses. Actuellement j'ai envie de faire un album de soul, je ne peux pas le faire avec Eiffel. Je peux le faire sous mon nom, avec un équipe qui joue ce genre de musique, des cuivres... Mais ça m'empêche pas de me dire : j'ai envie de faire un truc grunge que je pourrais faire avec Eiffel, car il y le contexte. J'ai une carrière d'auteur, compositeur et interprète et j'ai de la chance de pouvoir avoir des chansons qui vont pouvoir être jouées par Eiffel et d'autres plus sous mon nom. Après j'aurais pu monter un autre groupe mais j'avais peur que les gens mélangent tout...


Pourtant regarde Damon Albarn a réussi à créer des groupes sans pour autant que les gens se perdent...


Oui mais il faut être réaliste, lui c'est une star, je ne suis pas une star. Il a des facilités...


Mais il faut être alors une star pour pouvoir faire ça ?

Non, mais c'est plus facile. Les gens le comprennent. Il a du succès avec Blur, Gorillaz... ce sont des trucs qui marchent du coup c'est facile. Moi je galère déjà pour bouffer...


En France on a un terrible complexe de supériorité parce qu'on a eu des grands : Brel, Ferré, Brassens et depuis c'est peau de chagrin



Mais c'est peut être typiquement français ça, le fait de ne pas forcément suivre, et me semble moins être le cas au Royaume-Uni où le rapport avec la musique est différent ?


Oui et non. En France on a un terrible complexe de supériorité parce qu'on a eu des grands : Brel, Ferré, Brassens et depuis c'est peau de chagrin, très peu. Je dis pas qu'il n'existe pas ou plus mais c'est l'offre médiatique qui ne les montre pas. On est en train de créer un No Man's Land culturel. On a aussi un problème vis à vis du musicien. J'ai un ami qui a bossé avec moi sur l'album, qui a ses filles qui ne veulent pas devenir musiciennes mais dès qu'elles ont une guitare entre les mains peuvent te jouer 200 morceaux et nous dès qu'un péquin offre une guitare à son fils ça y est il se dit je veux être chanteur de rock, il a composé une demi-chanson. On est dans un truc bourgeois. Dans le fait d'être multi directionnel il y a Bowie que je peux citer comme une influence. Pour moi c'était un alien.





Mais tous ces gens-là que tu cites qui ont évolué, multiplié les projets on n'en trouve pas en France, tu essayes à ton niveau, d'expérimenter comme dans ton album, tu rentres pas dans les cases..;

J'essaye, oui, mais j'ai du mal à me faire entendre par les média...


Je finis par en avoir honte de ce mot culture, c'est comme avoir honte d'être de gauche.


C'est donc le revers de la médaille, garder son intégrité au risque de ne pas pouvoir avoir suffisamment d'exposition ? Les médias aujourd'hui ne vont pas à la recherche d'artistes un peu libres car ils n'arrivent pas à les situer, c'est trop compliqué et heureusement qu'il y a des webzines ou blogs qui par exemple font preuve de curiosité alors que c'est totalement démocratisé en Allemagne, dans les pays scandinaves et donc en Angleterre, c'est très étrange et encore plus dans cette situation où la culture est la cinquième roue du carrosse...

Et je finis par en avoir honte de ce mot culture, c'est comme avoir honte d'être de gauche. Dans culture on a mis trop de choses médiocres, de merdes qui sont des trucs qui sont plus de l'amusement, de l'entertainment. Maintenant je fais la distinction entre l'art et le paquet culture-amusement. La culture est aujourd'hui comme quelque chose de consommable alors qu'en principe ça se consomme pas, la culture. C'est un truc en nous dont on a besoin. On parle maintenant de ça comme d'un produit marketing et c'est le grand changement de ces 10 dernières années, du tout connecté où tu as l'impression où dès qu'on t'envoie un texto c'est de la culture... ouais, super ! Il y en a même qui prétendent en entreprise marketing créer, mais non on fait pas le même métier. Là tu inventes un truc pour pouvoir vendre quelque chose qui a été créé par quelqu'un d'autre, qui y a passé du temps... Là-dedans, tu as une vie, elle est courte, il faut faire les choses. J'ai mis du temps car je suis pas serein comme garçon, je suis plutôt angoissé, à me rendre compte qu'il y avait des choses dont il fallait se foutre. Mon trajet c'est le mien ! Je vais essayer des trucs et de m'y tenir, je vais sortir un album tous les un an, un an et demi et surtout en physique sous notre label, qu'on a créé, je suis plus chez une maison de disques. On cherche à embaucher mais on n'a pas de blé pour l'instant, parce qu'on est récent. On imprime 4000 CD, 1000 vinyles, quasi autant qu'un label connu puisqu'en physique plus rien ne se vend et pourtant on y arrive petit à petit. Faisons les choses avec des gens qui ont encore une certaine candeur, de la fraicheur, de l'engouement...  Il y a quelque chose de vivifiant dans le fait de faire. Tu parlais de savoir où je me situe, mais moi je ne veux pas me situer. Si j'essaye de le faire, cela signifierait suivre la mode or si quelqu'un est à la mode c'est fini. J'ai des fans qui me suivent j'en suis ravi...


Mais le but, dans cette évolution musicale très transformée c'est quoi, d'essayer d'en gagner ?

Je n'aime pas les choses figées mais en même temps je n'ai pas de cible. Je peux m'adresser à une dame de 80 ans comme je suis ravi de voir en concert des enfants de 8-10 ans. Je n'ai aucun problème. Cela le serait si j'avais une target car après les gens vont finir par vieillir avec toi. J'aime bien être transgénérationnel. Et en même temps je sais que mon public est restreint, je fais des salles de 500 personnes en Province et de 1000 à Paris où tu peux créer plus de lien par rapport aux grandes salles. Après, tout cela est éphémère. J'ai connu ça avec Eiffel quand on a fait de grands festivals, on était à une époque disque d'or avec 50000 ventes là avec "Stupor Machine" on en a vendu 4000 mais c'est pas grave. C'est super ! On a fait un tube qui est passé à la radio et les gens se sont dit : "j'adore Eiffel" puis après ça passe. On n'est pas à cette époque et tant mieux, je suis fan des Michal Jackson, des Beatles, Bowie... mais je suis sûr que si Michael jackson arrive maintenant il n'aurait pas eu le même succès même si le talent demeurerait. Il n'aurait pas eu le même succès. Il ne pourrait pas vendre 20 millions d'albums. On est dans cette ère-là, plus réaliste mais par contre, je suis pas un gagnant mais je compte en découdre et je ferai tout pour les obtenir, qui ne sont pas de l'ordre de la quantité mais de l’exhaustivité du public, je pense que je peux toucher un public plus large. 


Tu penses encore que c'est possible car j'essaye d'inculquer à mon fils le rapport que j'avais avec la musique avec mon père qui écoutait beaucoup de choses, mais j'ai l'impression que cela est fini voire difficile à transmettre car quand tu vois ce qu'écoutent par exemple les copains de son âge, tu te dis qu'on a loupé un truc, notre génération, car certains parents on complètement lâché la musique et se contentent de ce qui passe à la radio et trouvent ça super... alors qu'il y a des artistes comme toi ou des médias comme nous et d'autres qui essayent de montrer qu'il existe autre chose....


Tu es bien obligé de croire en quelque chose. Je crois à une forme d'auto-discipline par rapport à ce que tu ressens, une entreprise personnelle à laquelle tu dois te plier chaque jour. A 11 ans, je me suis dit que je voulais être auteur-compositeur et écrire des chansons et ça fait depuis 38 ans que je fais ça et que je suis en train d'apprendre, et plus le temps avance plus ça m'éclate.


Le virus ne fait qu'entériner les trucs et j'espère qu'il va y avoir un gros changement opéré par les vrais protagonistes


Tu n'es pas lassé par cela ?

Pas du tout au contraire, peut être parce que je suis un p'tit con, j'ai gardé ce truc de quand j'avais 15 ans c'est-à-dire que plus c'est difficile, plus j'ai envie d'y arriver. C'est là où la période actuelle qui est difficile à vivre faut pas se le cacher, il va y avoir beaucoup d'abandons d'artistes... hé ben je galère aussi, mais ça me motive, ça me motive. On n'avait pas besoin de la Covid pour que ce soit la merde, pour la culture, ça l'était déjà. Le virus ne fait qu'entériner les trucs et j'espère qu'il va y avoir un gros changement opéré par les vrais protagonistes, pas par les subventionneurs, les politiques, les médias de merde qui ont tout pourri et en voulant se mettre à niveau avec Instagram ou autre tu peux pas créer de la culture.





C'est peut être là la solution, c'est aux artistes de se prendre en main... tu l'as fait toi en créant ton propre label (Seed Bombs) mais en Angleterre d'autres l'ont fait je pense à Marillion (Racket Record) qui a été le précurseur avec le crowdfunding... Ils ont essayé de créer quelque chose de parallèle avec leur fanbase et qui arrivent à vivre sans forcément passer par de gros labels qui aujourd'hui semblent dépassés ?


Les gros labels c'est fini tout ça, c'était déjà le cas il y a quelques années mais maintenant tout a explosé...


Ce n'est pas possible de vivre avec de tels chiffres. je suis un "vaut rien" à titre personnel.



Maintenant tu as le mec de Spotify qui dit aux artistes, ne vous plaignez pas de ne pas gagner suffisamment, vous n'avez qu'à être plus productifs... et les artistes de répondre mais oui mais toi c'est facile, tu ne crées rien...


Le streaming c'est du vol, et il n'y a pas de mais... Ce n'est pas possible de vivre avec de tels chiffres. je suis un "vaut rien" à titre personnel. Je ne vaux plus rien financièrement mais ça me motive, car depuis toujours la finance et l'art ne font pas bon ménage. C'est le sujet ! Avant tu sortais des disques, tu polluais avant l'obsolescence programmée (environ 10-12 ans) maintenant chaque fois que tu écoutes un titre tu pollues. C'est l'histoire du bilan carbone avec les serveurs... et en plus les gens n'écoutent plus. 1% de la musique produite est écoutée par 100% des gens. Plus personne n'écoute du jazz, de la musique baroque... ou une minorité mais la masse écoute trois artistes à la con.


Cet album a une pochette très graphique où tu n'apparais pas alors que c'était le cas pour les précédents, pour quelles raison tu t'effaces et comment expliques tu cette cover ?

C'est Maris d'Angleville qui l'a faite. C'est volontaire, cet effacement. La photos a été prises à New York sur le pont de Brooklin et il y a un hélicoptère qu'on ne voit pas forcément. Il y a d'ailleurs une photo symbolique dans le livret prise devant le Dakota Building tristement célèbre puisque c'est devant ce bâtiment que John Lennon a été tué. On s'est dit "faisons quelque chose de simple"...


A propos de New York, il y a beaucoup d'anglais dans les chansons. A propos d'écriture, tes paroles sont très littéraires on le sait, très poétiques, tu es comme le Dali des paroliers avec un écriture abstraite, surréaliste et parfois plus frontale. Comment abordes-tu le texte en anglais ?


Pas du tout de la même manière. La différence est énorme sur le plan des moyens car je suis assez limité en anglais. C'est un peu comme quand tu fais une chanson où tu disposes d'un orchestre symphonique, des batteries, des guitares et une autre où tu as une guitare à laquelle il manque 3 cordes. Ça m'intéresse de plus en plus car j'arrive avec des moyens qui ne sont pas illimités mais assez larges en français et totalement limités en anglais sauf que c'est la même personne qui s'exprime. C'est presque de l'humilité que de dire avec trois allumettes quelque chose qui est important pour moi. L'avantage de l'anglais c'est plus facile à faire sonner. Avec le français je pense avoir trouvé une manière d'écriture aidé par quelques influences comme Brel ou Ferré mais avec mon truc à moi lorsque j'enlève les articles, je pratique beaucoup l'ellipse, les allitérations ou je regarde l'étymologie des mots pas par pur intellect mais quand tu regardes le mot "caillou" personne ne sait que c'est l'un des plus vieux mots de la langue qui veut dire "ce qu'il y a sous le fer du cheval", ça vient du gaulois caliauo, devenu callio (sabot ou pierre) qui se retrouve en gaélique, gallet, Monsieur Legal... savoir cela signifie plein de choses, mêler un truc minéral à un animal...  tu tires une ficelle. Soit tu utilises le mots pour ce qu'il est, soit tu te dis que derrière il y a une histoire, il y a des gens qui sont dedans, qui sont morts pour ces mots. Après, certains me soupçonnent d'écrire n'importe quoi, j'ai écrit des choses comme 'Abricotine' à l'époque où je faisais les textes au dernier moment qui veulent dire n'importe quoi. Je considère que les gens vont ressentir le texte chacun d'une manière différente. Je n'ai cependant pas à vous mâcher les mots et à faire du réalisme. J'aime l'érotisme par exemple, celui du mot, de la musique et j'ai pas envie de tout dévoiler d'un coup, ça n'a aucun intérêt.


Quel a été le facteur déclencheur de cet intérêt pour les paroles parce que tu disais que tu t'en foutais un peu au début, quel a été le facteur déclencheur ?


Parce que je me le suis pris en pleine gueule, en fait. Je réécoutais des trucs et me disais mais comment as tu pu écrire ça... tu es dingue... J'ai un peu bossé. C'était au moment de "Le Quart d'Heure des Ahuris" (album de Eiffel de 2002), où j'ai écris des textes avant mais c'était difficile musicalement. Depuis je reviens à des mélodies très pop et je pense arriver à mélanger les deux.





Tu mélanges anglais / français dans une même chanson comme dans 'L'Art de la Joie', tu disais que ce n'était pas simple musicalement pour le français qui ne peut ne pas sonner comme sur des textes anglais, mais comment te sors-tu de cette complication ?


Ce titre est venu en écoutant le 'Happy' de Pharell Wiliams et j'avais envie de faire un truc à la Gainsbourg c'est à dire de parler dans les couplets, un truc érotico-psychédélique. Il n'y a rien de vulgaire, je n'aime pas la vulgarité mais la grossièreté ne me dérange pas. C'est pour moi un essai et le passage au refrain je voulais quelque chose de simple et en anglais pour contraster avec par exemple : "panier de crabes aux pinces d'or" suivi de "Follow Me...." c'est très ado, ce refrain, pas sérieux moi j'ai pas de souci à mélanger les deux. Je peux être grave mais j'ai besoin de toutes les humeurs. 


Et c'est ce qu'on entend dans l'album, de la variété d'humeur, on sent de la colère mais aussi quelque chose de doux, touchant, toujours un peu cette présence adolescente qui semble ne pas te quitter, un petit côté un peu enfantin, une sorte de refuge...

J'espère qu'elle subsiste. L'enfance m'a beaucoup marqué. Je suis fan des Beatles dans leur simplicité mais aussi de Higelin qui changeait beaucoup d'humeur. Il est une grande influence pour moi, j'ai eu la chance de le rencontrer, il m'aimait bien. Il avait apprécié "l'éternité de l'Instant" et sa mort m'a énormément attristé. Je ne comprends pas pourquoi médiatiquement il est presque passé inaperçu mais les gens le savent car il donnait souvent beaucoup au public, il donnait des concerts de 4 heures ! des marathons... ça marque. Il envoyait chier tout le monde (il cite Rock and Folk)...


Derrière ça, la pop, le rock ont eu une influence médiatique dans les années 70 et 80 qui a depuis été supplantée par d'autres styles... On a l'impression que ces styles sont revenus dans l'underground, une place par exemple quel le rock n'aurait jamais dû quitter pour ne pas perdre son authenticité, es-tu d'accord avec cette vision ?

Le rock vient d'une révolution sexuelle avec Elvis, puis politique avec les protestations... Les Clash... ça vient toujours d'un endroit un peu sombre après c'est devenu mainstream comme le "Let's Dance" de Bowie, mais après il est revenu dans l'ombre, notamment avec Tin Machine... mais ça ne l'a pas empêché de faire des choses très populaires. Pour moi c'est l'une des plus belles inspirations. J'aime ces variations, je te parlais de ma volonté de faire un album de soul, j'en ai vraiment envie, depuis enfant j'ai ça en moi, cette musique un peu black qui n'est pas trop montrée dans Eiffel ni dans mes projets pour l'instant. Faire quelque chose d'un peu funky à la James Brown, avec des harmonies à la Neil Rogers... J'ai écrit en fait 4 albums... j'ai 70 chansons dont une quinzaine sonne comme ça. Je fourmille de projets, il y en a qui sont très douces que j'ai envie d'enregistrer dans une chapelle, quelque chose de typiquement baroque. Puis j'ai besoin de faire un album très hard rock, rentre-dedans...


On a besoin de ça car on n'entend plus ce genre de chose... du moins il faut aller les chercher... car tout cela n'a plus de vitrine...


Après j'ai eu de la chance de ne pas avoir été médiatisé comme le furent Noir Désir ou No One Is Innocent... Mais je suis toujours là.


Je te laisse le dernier mot pour nos lecteurs

Chers lecteurs, l'idée est de se dire que peu de gens achètent des disques et que d'en acheter ça aide. J'ai le physique, l'objet et je pollue moins. Et que faire cet acte-là, ce n'est pas la même manière d'écouter car avec le démat' tu zappes... Et en cette période, même si j'ai les boules, ne pas se laisser abattre. La culture n'allait pas bien avant mais j'espère de croire à un énorme changement. Les concerts c'est capital, je ne sais pas si les grands festivals doivent continuer, pardon, mais ils nous faut des salles, rouvrir les théâtre en centre ville... Ils ont tout mis en zone industrielle, en périphérie alors qu'il y a quelques années tu trouvais encore des salles dans les villes. Ce sont maintenant souvent des salles en plastique, impersonnelles, subventionnées avec un manque de motivation... C'est un peu cash ce que je dis mais est-ce qu'il ne faut pas inventer autre chose, un autre circuit ? Réintégrer le noyau des villes, et c'est valable pour tous les commerces pas seulement pour la musique et on est en train de tuer le cœur. Donc venez aux concerts dès que tout sera rétabli et surtout sous mon nom, car beaucoup me connaissent par le biais d'Eiffel et ne viennent pas me voir pour mes autres projets, alors n'hésitez pas, ça aide beaucoup.


Merci à toi.

C'était cool, merci !




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