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WARDRUNA (02 DECEMBRE 2020)


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Einar Selvik, figure incontournable de la musique folk scandinave, est venu présenter son nouvel album "Kvitrafn" au micro de Music Waves.
DARIALYS - 12.02.2021 -
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Le monde entier l'a écouté sans pour autant savoir qui il était. Et pour cause, depuis 2013, la série Vikings a mis à l'honneur des compositions d'Einar Selvik, tête pensante du projet Wardruna. Il faut dire que le Norvégien a un sacré background, et sa connaissance abyssale de la culture nordique faisait de lui un personnage de premier choix pour réaliser la bande originale d'une telle série ! Mais en parallèle de ce travail, le multi-instrumentiste n'a pas pour autant délaissé Wardruna qui sort son cinquième album, "Kvitrafn". Une rencontre placée sous le signe du folklore scandinave pour Music Waves !


Nous avons l’habitude avec Music Waves de commencer nos interviews avec une question traditionnelle : quelle est la question que l’on t’a posée trop de fois et à laquelle tu en as marre de répondre ?

Einar Selvik : (Rires) Eh bien… C’est une question difficile ! (Il réfléchit). Je n’ai pas vraiment de réponse en fait, désolé ! Je n’ai rien qui me vient à l’esprit. J’ai peut-être de la chance car je crois que je n’ai que des questions intéressantes !

 

Tant mieux ! Ça signifie que toutes tes interviews sont super, et j’espère que celle-ci le sera aussi ! (Rires).

Einar : Oui, j’ai de la chance ! (Rires).



[Le metal] ne correspondait plus à ce qui me passionnait.

 

Tu as longtemps été batteur au sein de groupes de black metal notamment Gorgoroth ou de Jotunspor. Wardruna est-il né, en partie, d'une lassitude vis-à-vis de ce courant ?

Einar : Lancer le projet Wardruna est une idée que je porte depuis de mon adolescence. Quand je jouais avec Gorgoroth, je n’étais déjà plus très intéressé par le metal personnellement. C’était plus un travail, quelque chose de professionnel, mais ce n’était pas vraiment ce que je voulais professionnellement. Ça ne correspondait plus à ce qui me passionnait. Je ressentais le besoin d’aller vers quelque chose de plus en lien avec mes intérêts personnels et mes croyances. Cette passion s’est confirmée petit à petit et j’ai commencé à travailler sur Wardruna alors que je travaillais sur d’autres projets en parallèle, mais au bout d’un moment j’ai eu envie de ne me focaliser plus que sur ça. Ça avait du sens pour moi.

 

"Gap Var Ginnunga", "Yggdrasil" et "Ragnarok" composaient une trilogie. "Skald" est un album un peu à part tant dans la forme (il a été enregistré dans des conditions live) que dans le fond (il était en partie constitué de titres écrits pour la série Vikings). Ce nouvel album, "Kvitrafn", répond-il à une thématique particulière ? Ouvre-t-il un nouveau cycle ?

Einar : Je pense qu’à plusieurs niveaux, "Kvitrafn" s’inscrit dans la continuité de la trilogie, tant sur le plan musical que conceptuel. Il suit le même concept créatif. Il y a des thématiques communes, on est dans le même univers. Il est très tourné vers l’animisme et notre relation avec la nature et nos relations entre hommes. Mais je dirais que cet album rentre plus dans les détails, il y a plus de spécificités. Il y a aussi une perspective humaine plus présente sur les choses. La relation entre les hommes et la nature et les animaux est très présente. Cela traite de la manière dont les hommes s’auto-définissent. Ce sont des concepts que l’album explore. D’une certaine façon, cet album est aussi plus personnel.

 

« Kvitrafn » signifie « Corbeau blanc » en Français. Pourquoi un corbeau blanc, et qu’est-ce que représente cet animal ?

Einar : Le corbeau est une créature emblématique dans la culture nordique. C’est un être mythologique, comme un messager ou un pont entre les mondes. Il est aussi vu comme une personnification de l’esprit humain et de la mémoire. Et après, les animaux blancs ont toujours porté ce caractère sacré, c’est un phénomène global que l’on retrouve dans de nombreuses cultures dans le monde. Cela ne concerne pas uniquement les corbeaux, il y a aussi les éléphants blancs, les lions, les élans, les rennes, les serpents, etc. Ils ont aussi un aspect prophétique, ils représentent le changement, un nouveau commencement. Le corbeau blanc, pour moi, représente ce nouveau commencement et ce pont entre les mondes.

 

On est aussi arrivé à un carrefour entre notre monde d’aujourd’hui et le monde de demain. On le voit à travers la crise du coronavirus. Est-ce que ce changement dont tu parles est une métaphore de ce qui se passe autour de la covid19, ou est-ce uniquement en lien avec la culture scandinave ?

Einar : J’imagine que l’on peut considérer que cela représente les deux ! C’est ce que j’essaye de faire à travers beaucoup de choses. Mes paroles, par exemple, font écho à des idées de temps très anciens, mais certains sujets sont toujours pertinents aujourd’hui, notamment lorsque je parle de nature. J’essaye toujours de faire ça dans les paroles qui sont souvent ancrées dans le passé, mais elles évoquent des choses qui sont toujours vraies aujourd’hui.


 

Tu as publié un clip remarquable pour le titre 'Kvitrafn'. Qu’est-ce que tu peux nous dire sur sa conception ? Car le résultat est magnifique ! N’aurais-tu pas envie d'approfondir cette direction en produisant un film entier qui s'inspirerait de ton travail ?

Einar : J’aime beaucoup explorer l’aspect visuel. Faire des mises en scène plus longues est quelque chose à laquelle je pense beaucoup. Peut-être que j’y viendrai un jour ! Quant à la conception du clip, j’ai eu la chance de travailler avec des gens super. Les corbeaux blancs sont très rares donc c’était un gros challenge d’arriver à en trouver un pour le clip. Ça m’a pris presque un an. J’ai contacté des photographes pour savoir dans quelles régions je serais le plus susceptible d’en trouver. J’ai eu de la chance car quelques semaines avant de tourner la vidéo, je suis tombé sur quelqu’un en Russie qui avait un jeune corbeau blanc. Elle nous a autorisés à le filmer pour le clip, donc c’était bénédiction car je sais à quel point ces oiseaux sont rares !

 

C’est incroyable ! Et bien sûr, tu as contribué à la création de la bande originale de la série "Vikings". Premièrement : félicitations ! Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire ça ?

Einar : Merci ! Je crois que tout a commencé avec la première saison. Les producteurs ont eu du mal à trouver des musiques pour la série et ils ont fini par utiliser des morceaux que j’avais écrits pour Wardruna, pour la première saison. Au moment de lancer la deuxième saison, ils m’ont contacté pour me demander si j’avais envie de travailler aux côtés de Trevor Morris, le compositeur principal. Pendant plusieurs saisons, j’ai donc écrit des morceaux uniquement pour la bande originale de la série. J’ai même joué à deux reprises dans la série. Ça a été un projet très intéressant.

 

Ces séries mettent des sommes colossales dans la production, dans les décors, les accessoires, etc, donc il faut qu’elles plaisent au plus grand nombre et qu’elles soient attractives pour gagner de l’argent. Donc parfois, ces séries-là sont basées sur des histoires vraies, mais elles prennent parfois leurs libertés avec la vraie histoire pour les besoins de la série. Selon ta connaissance du monde viking, est-ce que tu trouves que cette série est fidèle à la réalité dans sa manière de présenter la culture viking ?

Einar : Eh bien, je dirais oui et non. Un peu les deux. Certaines choses sont fidèles à la réalité, mais certaines sont plus en lien avec la perception moderne de ce que les Vikings étaient. Mais c’est quelque chose que l’on retrouve souvent dans les séries, que cela parle de Vikings ou pas. Il y a toujours un mélange de faits historiques et d’idées plus contemporaines, car les producteurs veulent un rendu qui ne soit pas trop étrange ou bizarre. Je pense que c’est quelque chose de naturel. On ne peut pas attendre d’eux qu’ils présentent un portrait 100% authentique car s’ils le faisaient, cela serait beaucoup plus tourné autour de l’agriculture que de la guerre ! Et je ne pense pas que cela plairait au public ! Il y a toujours un équilibre à trouver.

Et toi à titre personnel, qu’est-ce que tu en penses ?

Einar : Pour moi c’est un peu difficile d’en parler car j’ai tellement travaillé dessus ! J’ai regardé les épisodes encore et encore…

 

Oui, c’est difficile d’être objectif.

Einar : Oui ! Je la regarde d’une manière différente. Quand je regarde une scène, je me rappelle quand j’étais en studio en train de composer la musique, ou autre. C’est particulier ! Mais si je devais donner un avis objectif, je dirais que certaines choses sont très bien faites, tandis que d’autres dérangent le nerd que je suis !

Les gens osent être fiers de leur histoire à nouveau !




Et justement, en tant que Norvégien, quelle est l'empreinte des cultures anciennes dans la Norvège contemporaine ? Constates-une redécouverte de cette tradition par un large public ?

Einar : Eh bien je dirais que oui. La « Vikings fever » nous a poussés à reconsidérer notre point de vue sur notre propre culture, surtout après la Deuxième Guerre Mondiale, où les nazis ont quelque peu détourné notre culture. C’est un peu un sujet sensible et un peu difficile. Mais petit à petit, les choses s’améliorent et on se réapproprie notre culture, et l’énorme intérêt que les gens ont porté pour cette série nous a aidés en ce sens. Les gens osent être fiers de leur histoire à nouveau ! Mais je pense qu’il y a une mauvaise compréhension autour du mot « viking ». Je n’aime pas ce mot et je ne l’utilise jamais à vrai dire. On « n’est » pas un viking, on « fait » du viking. C’est un verbe ! Il définit ce qu’une petite part de gens ont fait pendant une courte période de leur vie. La culture nordique va bien au-delà de tout ça pour moi. Ce n’est même pas la partie la plus intéressante de cette culture pour moi.

 

Donc en fait on « n’est pas » viking, ce n’est pas une nature, c’est ça que tu veux dire ?

Einar : Oui, en fait pour moi, la période des Vikings correspond à un début d’appauvrissement culturel. Les valeurs ont commencé à changer à ce moment-là. Il y a eu une période de grands changements à ce moment-là pour de nombreuses raisons. Personnellement, je préfère la période avant celle-ci.

Mais dans tous les cas, on imagine que le fait de composer la BO de cette série t’a permis de gagner en popularité d’une part, mais j’imagine que c’était aussi un moyen pour toi d’explorer de nouveaux territoires en termes de composition ?

Einar : Oui, bien sûr ! Quand des millions de gens écoutent ta musique à travers, la conséquence est que certains vont remarquer ta musique ! Mais si c’était une musique de merde, les gens n’y accorderaient pas d’importance. Mais apparemment, elle parle aux gens ! Le projet est devenu très pro ces dernières années, et en tant que compositeur, je dirais que chaque nouvelle activité dans laquelle tu es impliqué peut changer tes perspectives. Tu apprends de nouvelles choses en travaillant sur différents formats. J’ai appris beaucoup en travaillant pour une série. J’ai dû travailler d’une manière totalement différente, et j’ai dû apprendre à travailler très vite. Il faut être plus intuitif et plus impulsif dans sa manière d’écrire je dirais, suivre son intuition première. Ça a été une vraie transition car je suis très patient habituellement quand je compose, alors j’ai beaucoup appris !

 

Tu as lancé le projet Wardruna en 2003…

Einar : (Il coupe) Oui autour de cette période-là, en tout cas les idées sont apparues à ce moment-là. C’est là que j’ai commencé mes premiers enregistrements.

 

Je cherche juste à créer ce que je veux entendre.



Presque 20 ans plus tard, Wardruna est devenu une référence et on ne compte plus les groupes de musique folk nordique. Que t'inspire cette mode si c’en est une ? Croyais-tu en lançant le projet devenir une telle source d'inspiration pour ces musiciens ?

Einar : Quand j’ai commencé Wardruna, je ne pensais pas à tout ça, et c’est toujours le cas. Je cherche juste à créer ce que je veux entendre. Par contre, ce que j’ai remarqué, c’est que lorsque j’ai fait écouter mes premiers enregistrements à l’époque à mes collègues et à ma famille par exemple, ils ont été très enthousiastes. Ça m’a donné une indication et laissé croire qu’il y avait peut-être beaucoup de gens à qui cela pourrait plaire ! C’est fantastique que d’autres personnes soient inspirées par ce style de musique-là ! Les thématiques, les instrumentations… On a en quelque sorte ouvert la voie et c’est très positif. Les gens manifestent de l’intérêt même pour les instruments que nous utilisons. A l’époque, personne ne s’en souciait ! (Rires).

 

Pour nous, non-Scandinaves, il est vrai que votre culture nous est assez inconnue et l’image que nous nous en faisons est celle des Vikings, justement. Concrètement, toi, comment vis-tu au quotidien cet amour pour la culture ancestrale de ton pays ?

Einar : C’est quelque chose avec laquelle j’ai grandi, en fait. Ma famille m’a beaucoup exposé à l’histoire de notre pays, jusqu’à ce que je sois en âge de m’y intéresser moi-même à partir de l’adolescence. J’ai eu la chance de faire de ma passion mon travail. J’imagine que c’est surtout ça, ma contribution. Mais il y a aussi un aspect plus personnel. J’essaye de faire en sorte que ma philosophie de vie soit en accord avec cette culture.


 

Merci Einar. Nous t'avons demandé tout à l’heure quelle était la question que l’on te posait trop souvent. Au contraire, quelle est la question que tu aurais aimé que je te pose ?

Einar : Je pense que l’on a bien couvert tous les éléments clés autour de Wardruna et de l’album, alors merci !

 

Merci Einar, c’était un plaisir. A bientôt !

Einar : Merci, passe une bonne soirée !


Merci à Childeric Thor pour sa contribution...



Plus d'informations sur http://www.wardruna.com/
 
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