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CORONAVIRUS : LES PLATEFORMES DE STREAMING GRANDES GAGNANTES MAIS LES ARTISTES DANS TOUT CA ?


TYPE:
EDITOS
GENRE:

-



La crise sanitaire a un effet désastreux sur la culture au bord de l’implosion mais paradoxalement, le nouveau modèle économique de l’industrie du disque se porte plutôt bien…
STRUCK - 17.12.2020 -
1 photo(s) - (6) commentaire(s)

Suite au premier confinement, les tendances constatées depuis quelques années se sont confirmées et même accélérées. Plus que jamais Internet fait désormais partie de nos habitudes de consommation et la fortune de Jeff Bezos (pdg fondateur d’Amazon pour ceux qui ne le connaîtraient pas) estimée à plus de 180 milliards de dollars ne prouvera pas le contraire. De la même façon, les statistiques de votre webzine favori qui n’ont cessé de grimper ces dernières années, ont connu une forte augmentation ces derniers mois. Dans ces conditions, difficile de penser que l’industrie du disque ne soit pas logée à la même enseigne.


Si au premier semestre 2020, le chiffre d’affaires de l’industrie du disque est sensiblement la même que celui enregistré en 2019 (279 M€ vs 278 M€), ces chiffres apparemment comparables cachent des évolutions disparates et une tendance que la crise sanitaire vécue en 2020 a accélérée. En effet, là où la part du streaming dans ce chiffre d’affaire stabilisé était de 68% en 2019 (190 M€), il est désormais de 80% en 2020 (223 M€). Mathématiquement, la part des ventes physiques ne représente désormais plus que 20% des ventes de musique.



("Somebody that I Used to Know" de Gotye est le 4e titre le plus écouté en streaming de la décennie devancé par Drake, Major Lazer et Post Malone)


L'objectif de Spotify pour 2020 est d'atteindre plus de 2 milliards de dollars de chiffre d'affaires !



Et même si les chiffres définitifs 2020 ne sont pas encore connus, il est à parier que cette tendance va s’accentuer quand on sait que le spécialiste de la musique en streaming -Spotify- a annoncé ces derniers jours une croissance de son nombre d’utilisateurs actifs, qui passe de 299 millions au deuxième trimestre 2020 à 320 millions au troisième. Pour rappel, l’objectif pour 2020 de Spotify est d’avoir 340 millions d’utilisateurs actifs (dont 150 millions de membres "premium") ce qui lui permettrait ainsi d’atteindre plus de 2 milliards de dollars de chiffre d’affaires !  Des chiffres à faire tourner la tête et la première réaction naturelle serait de stigmatiser les grandes multinationales numériques qui s’en foutraient plein les poches au détriment de la création artistique, grande perdante.

Mais avant de se lancer dans une telle chasse aux sorcières, analysons d’un peu plus près l’évolution du chiffre d’affaires de l’industrie musicale.

A l’aube du troisième millénaire, cette dernière générait encore 1.432 M€ de chiffre d’affaires, un chiffre qui ne fait que de décroître tous les ans. En 2005, ce chiffre était déjà passé sous la barre du milliard pour n’être plus que de 928 M€. L’année suivante, année de l’apparition des premières ventes liées au streaming, le chiffre continuait sa baisse inéluctable avec 850 M€ (dont 5% liés au streaming) pour atteindre son chiffre le plus bas en 2015 avec ainsi 515 M€ en 2015 (36% de part lié au streaming). Depuis, l’industrie musicale a connu un regain de vigueur (tout relatif au regard de ceux de début 2000) avec une augmentation progressive et annuelle de son chiffre d’affaires qui a dépassé les 600 M€ en 2019 (625 M€ exactement).

S’il a retrouvé un niveau comparable à celui d’il y a dix ans, le modèle économique a radicalement changé, en effet, la part du numérique pèse désormais 63% dans le chiffre d’affaires. De cette perspective strictement financière, nous serions tentés de nous poser la question si le secteur du streaming ne serait finalement pas le sauveur de notre chère culture musicale ?


Un artiste doit être écouté plus de 400 000 fois par mois s’il souhaite espérer toucher un SMIC brut


Sauveur de l’industrie musicale peut-être mais également et surtout le cœur de cette industrie à savoir les artistes ? Pas certain quand on sait que Spotify les rémunère 0,004 dollar par stream. Il faudrait donc qu’un artiste voit son titre écouté plus de 400 000 fois par mois s’il souhaite espérer toucher un SMIC brut (on aurait pu le faire net mais même si les sommes ne sont pas phénoménales, elles sont assujetties aux taxes). Une misère !





En réponse à ce constat et à tous ceux qui se plaignent de cette trop faible rémunération, le fondateur de Spotify Daniel Ek a récemment déclaré que les artistes ne peuvent désormais plus gagner leur vie en sortant un album tous les trois ou quatre ans et qu'ils doivent travailler plus.
En clair, le business model actuel de l'industrie du disque -dans lequel les plateformes de streaming se taillent la part du lion- n'est pas à remettre en cause mais plutôt les artistes au centre même de ce business... Circulez, y'a rien à voir !

Sans surprise, ces déclarations ont créé un véritable tollé et ont fait réagir des icônes de ladite industrie à commencer par David Crosby qui a qualifié Daniel Ek de "petite merde avide et désagréable", tandis que Mike Mills -du groupe R.E.M- lui a tout simplement proposé "d'aller se faire foutre".

De la même façon, le syndicat The Union of Musicians and Allied Workiers a lancé une pétition et la campagne Justice at Spotify pour changer le modèle économique en vogue actuellement considérant que les musiciens créent l'énorme richesse que Spotify accumule pour son PDG, ses investisseurs et les grands labels, au détriment des artistes toujours sous-payés et exploités par l'entreprise, et demande à Spotify d'augmenter le paiement des royalties, d'assurer la transparence de leurs pratiques et de cesser de se battre contre les artistes.
A ce jour, la pétition a enregistré plus de 10.000 signatures. A suivre donc...





Mais avant que cette pétition porte ses fruits et fort de ce constat, faudrait-il boycotter les plateformes de streaming et revenir aux bons vieux CDs, vinyles et autres cassettes ? Pas certain quand on sait que sur le prix de vente d’un CD de 15€, la part revenant à l’artiste lui-même oscille entre 70 centimes et 1€.


Soutenir les artistes !


Alors quelle solution pour sauver la culture et plus particulièrement la musique si essentielle pour chaque lecteur de Music Waves ? Soutenir les artistes !  Ce qui peut paraître un grand mot vide de sens quand il n’est pas suivi d’effet peut devenir une vraie démarche citoyenne, notamment quand les lendemains seront plus radieux pour vous précipiter pour les voir sur scène, dévaliser leur stand de merchandising, pour acheter leur musique physique et tous les produits dérivés qui leur permettront de survivre et ainsi continuer à créer.





Et vous que faites-vous pour aider vos groupes préférés ?
 
(6) COMMENTAIRE(S)  
 
 
TORPEDO
17/12/2020
  0
Comme le dit Newf, se battre contre les plateformes de streaming est un combat perdu d'avance et serait de toutes façon contre productif. Le meilleur moyen de faire en sorte que les artistes soient rémunérés est clairement de payer un abonnement. Pour ma part, j'en ai un "famille" et 150€ par an pour 5 comptes, c'est juste dérisoire comparé aux heures passées à écouter de la musique dans le foyer.
Ce qui pourrait aussi aider, ce serait de jeter une oreille sur les productions autres que celles des têtes de gondole. Les surprises peuvent être nombreuses, ça ne coute rien si ce n'est un peu de temps qui au final peut être rentabilisé si la musique vous plait. Et Music Waves est là pour vous aider à franchir le pas et vous guider.
NEWF
17/12/2020
  0
Excellent édito. Effectivement boycotter les plateformes de streaming est, en plus d’être vain, un combat d’arrière-garde (que même Metallica a abandonné …), d’autant plus que ces plateformes sont aussi un outil de promotion pour les artistes qui ont, quoi qu’on en dise, plus de chances qu’avant (du temps où seules les radios passaient de la musique) d’être écoutés. Partant du constat que de moins en moins de monde achète des CD et qu’on aura beau crier au scandale, un retour en arrière est impossible, la seule façon de mieux les soutenir (hormis bien sûr les concerts et le merch) est de souscrire à des abonnements payants sur ces plateformes. Les streams payants rémunèrent mieux les artistes que les streams gratuits. J’entends beaucoup de gens crier au scandale de la rémunération des artistes par les plateformes alors qu’ils écoutent du stream gratuit à longueur de journée quand, comble du cynisme, ils ne passent pas leur temps à télécharger illégalement des albums. Le soutien aux artistes est un combat économique dans lequel l’idéologie n’est souvent qu’une posture.
CORTO1809
17/12/2020
  0
Si les plateformes de streaming existent, c’est parce qu’elles satisfont un besoin, celui d’auditeurs volages qui préfèrent papillonner d’artiste en artiste plutôt que de n’en sélectionner que quelques-uns en particulier. De toute façon, ce public n’aurait pas acheté, ou très peu, d’albums, et des chaînes comme YouTube ou le piratage pur et simple lui auraient suffi. Au moins les plateformes de streaming accordent-elles une rémunération à l’artiste, aussi modique soit-elle. Par ailleurs, je ne comprends pas cette opposition faite entre streaming et support physique : personne n’est obligé de choisir l’un ou l’autre. Le streaming est une très bonne méthode pour découvrir des artistes et passer ensuite à l’achat de CD pour ceux qui vous auront vraiment plu.
C’est une sélection, certes, mais la vie est faite de sélections. Et devant l’offre pléthorique proposée aux auditeurs, c’est un moyen efficace de faire le tri. Que les artistes aient du mal à vivre de leur musique n’est pas un problème nouveau, et si les plateformes de streaming en profitent, elles n’en sont certainement pas la cause. La facilité d’accéder à des moyens techniques permettant d’enregistrer et de diffuser sa musique a fait exploser le nombre "d’artistes", dispersant d’autant l’attention du public. En cela, les plateformes de streaming sont un excellent moyen de faire le tri entre le bon grain et l’ivraie.
CALGEPO
17/12/2020
  0
La multiplication des supports d'écoute numérique participe à l'érosion du physique. En attendant personnellement je continue à acheter régulièrement des CD d'autant que plusieurs artistes proposent des supports plus travaillés. Souvent ils sont en plus indépendants ou en autoproduction et perçoivent j'ose espérer un peu plus que distribués par un label et au surplus que le streaming.
PASCALJ
17/12/2020
  0
Très peu de streaming pour moi. Toujours attaché au support physique, achat des cds en direct quand c'est possible.
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