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TITRE:

JIRFIYA (06 JANVIER 2021)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

HEAVY METAL



Music Waves part à la rencontre d'Ingrid, chanteuse de Jirfiya, pour nous parler du nouvel album "Still Waiting".
CALGEPO - 08.02.2021 -
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Jirfiya né sur un coup de coeur artistique n'a pas attendu longtemps pour nous proposer un nouvel album composé de titres originaux et de relectures de morceaux de Born From Lie. "Still Waiting" marque une progression en termes de composition et est marqué également par l'arrivée d'un nouveau batteur. Rencontre avec Ingrid, la muse vocale de Jérôme.


Avec le recul, comment avez vous perçu l'accueil plutôt favorable de l'EP "Wait For Dawn"  ?

On était très contents et motivés pour aller de l'avant car c'est un projet qui est né de manière spontanée, du coup on avait pas énormément de recul à l'époque sur ce qu'on avait fait. L'EP s'était fait super vite, même cet album-là. Les interviews ont été un bon souvenir et ça nous a poussés à penser à l'album et la concrétisation s'est faite avec le premier confinement. Tous ces retours ont été stimulants.





On imagine aussi la frustration de ne pas avoir pu le défendre comme il se doit, il y a eu un seul concert...


Ben oui, ça a tout fichu par terre... Mais c'est valable pour tous les groupes et festivals avec le lot d'incertitudes. Nous en plus on démarche nous-mêmes, on n'a pas d'agence de com' et donc on ne peut pas faire énormément de plans. On est attentiste par la force des choses car même les petites dates sont annulées. Celles de janvier 2021 continuent à l'être. Cela ne veut pas dire non plus qu'on aurait eu énormément de dates car on n'avait pas une grande visibilité mais il faut la compenser. Combien de petites structures vont pouvoir durer car pour nous c'est celles-là qui nous intéressent pour nous faire connaitre. J'ai peur que ça crée un fossé entre les grosses têtes d'affiche, les styles musicaux dit porteurs et que ça foute en l'air encore plus le milieu metal dans les caves.


Il reste toute de même beaucoup d'amateurs et de fans et c'est peut-être l'occasion de se ressouder encore plus ?


Oui, c'était la tendance de faire des gros plateaux, des mini tournées à plusieurs groupes pour fédérer plus de public. Je me raisonne un peu, il y a des projets mais si c'est pour que tout soit annulé autant viser la rentrée prochaine. Il ne faut pas désespérer.


"Still Waiting" a été réalisé donc pendant cette période difficile, est-ce qu'il est un peu venu en réaction de ça et est ce que vous avez eu des doutes sur le fait de continuer l'aventure dans ce contexte ?


Pas du tout (Rires) ! J'ai vu qu'il y a des groupes qui ont splitté.... Mais pas nous. Cette crise là était un peu latente et la pandémie a accentué les choses et a mis un terme à des situations qui étaient tendues. On venait de naitre et comme tous ceux qui viennent de naitre on a l'esprit de survie et surtout égoïstement créer en tant qu'artiste c'est notre raison de vivre et dans ce genre de situation c'est important. Jérôme est le compositeur principal, le parolier également. Il s'est trouvé tout seul, comme une âme en peine à la maison, il s'est mis à composer, c'est ce qu'il fait de mieux pour déjà tenir le coup et ça nous a aussi bien élargi notre horizon.


Ce n'est pas forcément la belle et la bête.



L'idée de Jirfiya était de prendre la suite de Born From Lie avec à terme cette transmission de témoin au chant entre Jérôme et toi, Jérôme souhaitant se concentrer sur les partie de guitare, or il est toujours bien présent au chant. Cette transmission est plus facile à dire qu'à faire ?


En fait tout cela se fait un peu au cas par cas. Il compose vraiment en ayant ma voix en tête et donc c'est une chance pour moi qu'il prenne ça en considération car parfois ce n'est pas le cas dans des groupes de metal. Je suis donc à l'aise là-dessus. Ensuite on maquette à distance, on échange et donc on s'est dit sur certains paragraphes qu'il allait faire du guttural. Peut-être qu'avec plus de travail je pourrais le faire mais je ne me sens pas encore capable de faire une voix aussi grave. Je n'ai pas encore le déclic pour le faire et lui, qui a ses idées, peut tester. Ce n'est pas conçu à la base comme un duo, ça fonctionne sur certains morceaux, sur d'autres il n'y a pas de dualité. Ce n'est pas forcément la belle et la bête.





Il y un regard particulier à l'égard de Born From Lie, il semble avoir du mal affirmer que le groupe n'est plus et ça pourrait être perçu comme le fait de laisser planer le doute, vous en discutez entre vous ?


Le seul regret qu'il a, et c'est pour ça qu'on réadapte d'anciens titres de Born From Lie avec ma voix, c'est qu'en tant qu'artiste qui a un propos fort, qui veut mettre en avant des thématiques d'actualité qui ne sont pas forcément mises en avant, il estimait qu'ils n'avaient pas suffisamment été défendus, notamment dans le mixage, le son... Donc avec Jirfiya il a l'opportunité de les remettre en avant. Je ne pense pas qu'il ait du mal à couper le cordon. C'est peut-être lié au fait qu'en plein confinement il n'y ait pas eu non plus la possibilité de faire un album de titres originaux aussi. Cela reste le même compositeur, le même feeling, ça passe bien.


Cette dualité apporte quoi au message et est-ce que tu penses qu'ainsi le message fort est mieux perçu ?

Oui, je pense. J'apporte une émotion, une sensibilité particulière. C'est intéressant d'avoir deux ressentis sur ces thèmes-là, deux façons de l'interpréter parce que souvent des fois on chante à l'unisson sur certaines parties et ce mix des deux ajoute du relief aux propos, aux textes. Un peu de douceur même si je pousse un peu plus sur cet album. Je pense que cette façon d'interpréter peut être encore plus puissante que si cela n'avait été que brutalité.


J'essaye de trouver ce qui colle le mieux à ce qu'on a à dire.



Au sujet de cette voix et le fait de la pousser un peu plus, tu disais lors de la précédente interview ne pas avoir totalement confiance en tes capacités pour aborder ce style de chant metal. Après l'EP, le concert et la réalisation de cet album, tu te fais plus confiance ?


Oui, surtout que j'ai bien bossé pour cet album. Je suis toujours en recherche de nouvelles expériences. D'un point de vue pratique, on n'a pas eu de répet' depuis 8 mois donc c'est compliqué de se maintenir en forme sur ce genre de répertoire. Cela demande un entraînement comme les sportifs et donc j'ai un coach. La scène aussi a permis de me mesurer à ce style aussi, même si cela a été frustrant d'être coupé net comme ça. Trouver des résidences c'est compliqué aussi, il faut vraiment qu'on travaille ça entre nous. J'ai gagné en confiance, oui, surtout que j'essaye de faire mon truc et Jérôme est assez à l'écoute. Je n'ai pas été baignée dans cette culture metal, je suis plutôt rock alternatif mais je l'assume et j'essaye de trouver ce qui colle le mieux à ce qu'on a à dire.


C'est donc un fonctionnement démocratique, Jérôme te laisse de la liberté ?


Je suis interprète mais oui, il me laisse la parole, on discute entre nous sur le fait de savoir si parfois ce n'était pas trop haut mais c'est passé super bien en studio. En tant que chanteuse je m’épanouis dans ce groupe. 


Il était d'ailleurs conscient lui-même de ses limites vocales et il semble que sur cet album il y a des progrès, est ce que tu penses être à l'origine de ces progrès ?

Oui, on lui faisait aussi des reproches sur son accent, mais c'est compliqué aussi. J'ai également bossé là-dessus. Je lui ai donné en effet quelques petits conseils, y compris sur certaines parties gutturales, sur la prononciation et j'espère qu'il a plus confiance en termes de composition et d'interprétation.





Vous avez intégré un nouveau batteur, Nico, j'espère définitif...

Oui, la vie des groupes c'est comme un peu la vie de couple (Rires) ! On sait quand ça démarre on ne sait pas si ça finit un jour. Nico est quelqu'un de posé, avec qui on peut discuter et qui a apporté sa patte, un jeu différent par rapport au batteur invité mystère qu'on avait sur l'EP qui vient plutôt du milieu death. Mais c'est Jérôme qui a gardé la main sur les compos surtout dans le contexte actuel où on ne pouvait pas répéter... Nico a su s'adapter et Jérôme aime bien son travail.


On avait souligné que Maiden était une influence de Born From Lie et Jirfiya, mais on sent une volonté de s'en affranchir dans cet album pour affirmer plus sa personnalité, c'était aussi le but de cet album, cette émancipation ?


Oui, Maiden, Megadeth, ce sont des influences qu'il ne renie pas mais il essaye de s'en dégager. C'est sans doute aussi dû au fait qu'on se connaisse mieux et que ça lui offre d'autre possibilités pour aller vers d'autres univers. Lui, c'est une personnalité très marquée et nous aussi notamment par les thèmes qu'on évoque, par la façon de l'emmener dans l'interprétation. Tu vois par exemple, on dit que c'est prog mais ce n'est pas quelque chose que j'aurais dit d'emblée, on est un mélange de plein de styles....


De toute façon aujourd'hui c'est difficile d'inventer, la musique c'est avant tout des mélanges mais oui le prog ressort sur certains des morceaux comme 'Live With That Voice' avec l'acoustique notamment qui était présent un tout petit peu sur 'Report Card' sur l'EP...


On fait aussi du a cappella sur 'House Of Poison'. Mais je pense aussi qu'il peut se permettre d'expérimenter d'autres voies avec cette voix là, la sensibilité et l'émotion que je peux apporter. Après, on pourra peut être intégrer des nappes de claviers. Après, je ne pense pas qu'il soit orienté prog pur et dur mais il ne s'interdira rien.


Tu dis que ça vient aussi de ce que tu offres, on sait que tu fais partie également d'Oscil qui a une orientation prog, on sent entre vous deux presque une certaine émulation ?


C'est possible, oui. Je fais le lien entre les deux, il y a des influences communes. Si effectivement je peux apporter certaines choses dans l'émotion et dans la puissance aussi, c'est un challenge.


Il y a ce statut mais dans l'image populaire, l'artiste a un don et il devrait s'en contenter.


Il y a plus d'émotions dans cet album, avec plus de passages suspendus, c'est lié aux thèmes que vous évoquez que ce soit l’oppression, l'écologie, l'exploitation, les inégalités... qui trouvent aujourd'hui un écho particulier dans le contexte que l'on connait où la culture est considérée comme non essentielle...

Ça va rester longtemps ça, cette classification. Il y avait la lutte des classes et maintenant la classification d'utilité publique. Pour la culture c'est dommage, ça l'est d'autant plus qu'en France il y a une volonté de reconnaitre le travail artistique comme un véritable travail. L’intermittence n'existe qu'ici et ça sauve des vies - pour combien de temps, on ne sait pas. Au-delà du fait que tout s'arrête, et on peut le comprendre il y a un virus, est-ce qu'on a envisagé toute les solutions... ?  Mais les thématiques sont effectivement là, même si l'album ne parle pas de la crise de façon directe. On l'a appelé comme ça car on est dans l'attente d'une éclaircie. La pochette a ce côté introspectif et il faudra se poser la question de cette étiquette de non-essentiel et ce de façon politique aussi. Après je ne suis pas étonnée, il y a ce statut mais dans l'image populaire, l'artiste a un don et il devrait s'en contenter. Limite c'est un privilège de savoir faire ça et donc pourquoi nous payer ?





Il y a qu'à voir le système de la rémunération des artistes à l'écoute où une écoute vaut que dalle, qui travaillerait pour ça ?


Oui, alors on essaye de défendre le support physique. Mais le streaming c'est un peu le vol organisé et à partir du moment où le spectacle vivant va ralentir et du moins prendre quelques mois pour se remettre sur pied, quelqu'un qui va sortir un album et le mettre sur les sites de streaming, on se pose la question de savoir si on fait payer ou non mais en même temps est-ce qu'on se donne de la valeur ? Au bout on s'est habitué à ne plus payer ce qu'on écoute. Comment tu révolutionnes le système ? Dans l'écologie tu peux trier tes déchets mais concrètement il se vend moins de CD car il y en a moins de dispo, les disquaires ont fermé et en temps qu'artiste comment tu vas te professionnaliser décemment ? Si il faut faire 365 jours de tournée pour payer juste tes factures de téléphone, je ne suis pas sûre que ce soit viable et puis matériellement qu'est-ce que tu fais de ta vie de famille, est-ce que d'ailleurs tu en fondes une ? On se sent piégé en tant qu'artiste car tu es obligé d'être en plus sur les réseaux sociaux, même si on n'est pas trop à l'aise là-dessus. Si t'occupes pas le terrain, tu n'es pas visible. C'est tout un nouveau monde marketing. Où est la place de l'artistique là dedans ? Alors tu peux faire des live stream qui rapportent des clopinettes... Tu dois devenir auto-entrepreneur... On n'a pas fait de financement participatif car on n'a pas encore un nombre important de fans. Un album reste un investissement et ça fait mal au cœur de simplement dire “allez sur ces sites”, on sait que les gens vont écouter mais que ça va pas rapporter grand'chose.


D'où l'importance des webzines et de ces journées promo et notamment par l'intermédiaire de Réplica ...


Oui, on est passés par eux pour gagner en visibilité car on ne peut pas compter uniquement sur les réseaux sociaux. La scène metal vit grâce aux webzines, je m'en rends compte de plus en plus. Beaucoup de gens font ça bénévolement et ça aide. On en vient à regretter l'époque des labels qui savaient donner de la valeur à tout ça. Aujourd'hui un artiste qui veut percer est obligé de tout faire. On est dans une société de vues où si tu n'as pas 100 000 likes tu intéresses personne.


Nous sommes aussi dans une société d'image et il y a un beau clip qui accompagne la sortie de l'album ...


Le clip a été réalisé entre deux confinements, ça a été très vite avant la rentrée car on avait conscience des difficultés à venir à l'automne. On a été aidés par un réalisateur professionnel car on a de la chance d'avoir Jérôme dans le métier. C'était le choix d'illustrer ce morceau un peu plus personnel 'House Of Poison' qui fait écho à la pochette aussi.


2021 commence avec son lot d'incertitudes, comment tu abordes cette année : avec optimisme ?


Je suis toujours entre deux, entre défaitisme et optimisme (Rires). C'est un peu compliqué de me suivre. Je n'arrive pas à me résoudre à une fin, pour moi il y a toujours quelque chose au bout. Je pense qu'on va s'en sortir, même si je suis pas tout à fait d'accord avec les solutions et que je remarque un manque de cohérence sociale. C'est un regret personnel. On a de la ressource. C'est dur de se projeter dans le spectacle vivant. Ce sera une année de réflexion.


On te laisse le dernier mot pour nos lecteurs.

Je leur souhaite de trouver les bonnes ressources pour traverser tout ça. On a quand même de la chance de rester connectés, on n'est pas totalement isolés les uns les autres, et pour ceux qu'ils le sont, il faut penser à eux. Plus de solidarité, tout peut repartir et je pense qu'il y aura de l'émulation .


Merci beaucoup.

Merci à vous et à bientôt


Plus d'informations sur https://www.facebook.com/jirfiya-2276887239252675/
 
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