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TITRE:

GNÔ (22 DECEMBRE 2020)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

ROCK



A Music Waves nous aimons Gnô et ils ne nous le rendent bien en ayant répondu à toutes nos questions sur le trio, la sortie de son dernier album "Stereofish" et les perspectives d'avenir.
NUNO777 - 20.01.2021 -
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Revenons un peu en arrière au moment où Christophe vous a annoncé son départ en 2014. Est-ce que ça été une surprise de l’apprendre ? Avez-vous songé à abandonner le groupe à la suite de ce départ ?

Gaby Vegh : Lorsque Christophe nous a annoncé son départ c’était un peu une surprise pour nous, mais en même temps on était dans le dur avec Gnô, de moins en moins de concerts, peu de reconnaissance, on comprenait bien la lassitude qu’il ressentait, on se battait un peu contre des moulins. Oui, nous avons tout d’abord songé à arrêter avec Peter Puke, mais c’est notre label de l’époque, Send the Wood, qui nous avait motivés à continuer, nous disant qu’ils croyaient au potentiel du groupe même sans Christophe...


Il a fallu chercher et trouver un successeur. Quels étaient vos critères sachant que Christophe avait un rôle de guitariste et de chanteur avec un fort charisme et que les chœurs sont très importants dans la musique de Gnô ? L’éclectisme de Djul à la guitare a-t-il joué dans la balance ?

Oui, la tâche était ardue, d’autant que beaucoup de guitaristes étaient prêts à relever le défi de remplacer Christophe Godin ! Nous ne voulions pas d’un shredder copieur qui allait essayer d’imiter Christophe, ça n’avait pas de sens, on voulait un musicien avant tout, pas juste un guitariste, mais il fallait évidemment qu’il soit capable de jouer la musique de Gnô qui n’est pas de tout repos techniquement ! Avec Djul il y a vraiment eu une rencontre humaine en plus du talent et de l’ouverture d’esprit du bonhomme, et sa dimension créative a été décisive dans notre choix, il a clairement amené Gnô vers une autre dimension tout en respectant la personnalité du groupe...Il y a eu de la magie quelque part...Et pas mal de bouteilles de vin aussi !!! (Djul Lacharme est bourguignon !)





Il a aussi fallu redistribuer les rôles dans le groupe, dans l’écriture et l’interprétation. Comment avez-vous résolu ce rééquilibrage ?

Les rôles étaient déjà bien définis depuis un moment, Christophe chantait moins qu’au début, il préférait se concentrer sur la guitare, nous avons toujours écrit et composé à trois dans Gnô, ce n’était pas Christophe qui faisait tout ! Nous avons aussi beaucoup ré-arrangé les anciens titres avec Djul, il a donc pu y apporter sa « patte », changer des parties de guitare qui lui correspondaient moins, même si au début il rejouait beaucoup de soli de Christophe pratiquement note à note, puis il a pris ses marques et fait à sa manière, ce qui nous convenait tout à fait !


Djul, comment as-tu vécu l’intégration dans le groupe ? As-tu ressenti de la pression au moment de prendre la succession de Christophe au sein de Gnô ?

Djul Lacharme : Quand Peter et Gaby m’ont demandé si j’étais intéressé pour continuer l’aventure avec eux, j’ai bien évidemment dit oui de suite et j’étais super honoré de remplacer Christophe. Mais nous avons clairement discuté dès le début de l’esthétique musicale, et en l’occurrence la direction guitaristique que j’allais leur apporter, qui allait forcément être différente. Je ne me considère pas du tout comme un shredder! Après nous avons commencé à faire quelques dates avec les titres des 3 premiers albums où bien sûr j’ai dû reprendre quelques solos de Christophe, et ce n’était pas une mince affaire ! Le groupe m’a tellement mis à l’aise et le courant est tellement bien passé que la pression s’en est allée ! Un point qui m’a demandé beaucoup plus de travail c’est le chant...


Abordons vos travaux actuels. Le confinement a-t-il eu des conséquences sur la date de sortie du disque ?

Gaby : Pas vraiment, même si initialement elle était planifiée avec des concerts dans la foulée. Cela nous a permis de prendre le temps de finaliser au mieux dans les moindres détails. Le producteur a souhaité garder l’objectif de planning de sortie de départ même en sachant que la vente de nos albums se fait majoritairement lors des concerts. Et que donc le potentiel retour sur investissement allait être beaucoup plus long. Malgré l’incertitude de la reprise des concerts nous n’avons pas voulu reporter indéfiniment la sortie.


Est-ce que cela a changé d’autres approches dans le processus de réalisation du disque ?

Pas vraiment, puisque les enregistrements étaient finis peu avant le premier confinement, l’album était en cours de mixage quand tout ça a éclaté. Il a plutôt fallu réfléchir pour la suite, la sortie, la promo, la communication...C’est une période compliquée pour les musiciens et les artistes en général...





Vous avez enregistré "Stereofish" dans le studio de Peter Gabriel Real World. Comment se sont passées les sessions ?

Ça ne pouvait pas se passer mal, c’était juste un rêve qui devient réalité ! Une certaine pression certes, mais un moment inoubliable, grandiose, une expérience magnifique...Merci à notre label Millennium Art & Music , merci à Niko notre producteur.
Les sessions étaient intenses, 12 heures voire 14 heures par jour, mais on est prêts à y retourner quand vous voulez !!!


Vous cherchiez quel type de résultat en choisissant ce studio ?

Passer à la vitesse supérieure en termes de qualité, de réalisation, se donner tout les moyens grâce au soutien du label producteur, passer un cap au niveau mix aussi, avec Laurent Dupuy au son, c’était incroyable ! C’est grâce aux efforts combinés de Laurent sur place au Royaume Uni et de Niko à Millennium que l’aventure a pu être possible, alors merci à eux !


Ce Gnô Mark II n’a jamais autant exprimé l’idée de groupe. Dans "Stereofish" c’est encore plus manifeste. On ressent moins les individualités et chaque musicien du trio se fond à merveille dans le collectif. Est-ce une impression que vous ressentez ? Comment gérer cette dimension collective quand on est soliste ?

Oui effectivement, cela était clairement une direction déjà affichée dans "Sick Princess", le précédent album, mais c’est aussi lié aux personnalités différentes de Christophe qui est plus un soliste né, et Djul plus axé sur le fait de faire sonner le groupe, les soli ont moins d’importance pour lui, même si son exigence est absolument irréprochable. On a de plus en plus de titres sans vrai solo de guitare... Ça ne nous gène pas du tout, c’est une évolution du groupe que nous désirions tous les trois.


Il y a une évolution chez Gnô qui coïncide avec l’arrivée de Djul qui va dans le sens de compositions plus rock que métal et une orientation plus mainstream que vous assumez. Avec "Stereofish" c’est encore plus le cas avec une collection de titres variés et directs qui révèle un visage plus rock alternatif.

La musique d’un groupe reflète la personnalité de ses membres, et comme Djul a une personnalité humaine et musicale différente de Christophe Godin, il est normal que la musique du groupe évolue différemment. Cela n’aurait peut-être pas été le cas si nous avions choisi juste un side man à la guitare sans lui laisser aucune créativité sur la musique, mais ce n’est pas le cas et je pense que nous avons bien fait.





Comment expliquez-vous votre démarche d’ouverture à un plus large auditoire ?

C’était le deal avec le producteur qui nous connait depuis le début de notre carrière, mais c’était aussi une envie de notre part. On avait envie d’une musique moins compliquée, plus directe, plus rock...On avait aussi parlé avec le label de travailler les éditions en pensant musique à l’image, jeu video, pub, cinéma pourquoi pas, ce qui est plus facile avec une musique un peu plus mainstream.


Comment se modifie votre manière de composer sous cet angle ?

La façon de composer ne change pas tellement, c’est plutôt sur les arrangements que nous avons essayé d’être plus sobres, plus concis, les structures des morceaux aussi. On a essayé d’être notre propre directeur artistique en se disant « non, on va pas rajouter encore une partie là, un solo ici, faisons plutôt 4 mesures au lieu de 8 » des choses comme ça, pour gagner en efficacité dans les titres. Mais ce n’est pas frustrant au contraire, c’est très créatif, less is more !


Entre "Crass Palace" et "Sick Princess" avez-vous constaté une évolution dans le type d’auditoire qui vous écoute ?

Avec "Sick Princess" nous avions commencé cette évolution mais Djul était encore tout frais dans Gnô quand on a commencé à composer. Pour ce qui est de nos fans, la plupart ont suivi sans être trop déroutés je pense, mais le changement était moins flagrant que dans "Stereofish". Nous n’avons pas vraiment remarqué une évolution de notre auditoire entre ces deux albums, même si pas mal de personnes nous ont témoigné de l’intérêt pour "Sick Princess", surtout par rapport à "Crass Palace" qui était un peu plus dark que d’habitude et qui a été un peu moins bien reçu à sa sortie...


"Stereofish" perpétue la démarche que l’on connait bien chez Gnô qui est de glisser quelques titres plus sombres au milieu d’autres plus lumineux, comme ‘Into The Void’ ou le superbe ‘Smile’. Est-ce un des critères de votre cahier des charges avant d’aborder la réalisation d’un album ?

Nous n’avons aucun cahier des charges avant de commencer à composer un album !A part faire le plein à la cave du frère et des parents de Djul à La Roche Vineuse, le domaine Lacharme ! (qui sont un de nos sponsors, nous les saluons bien bas)
Plus sérieusement ce n’est pas prémédité, en général on part d’idées de chacun et on essaye d’en faire un morceau, puis petit à petit on jette des choses, on en garde d’autres mais ce n’est pas une démarche intellectuelle et trop réfléchie chez Gnô, c’est assez instinctif, on laisse faire l’instant... Ce n’est qu’après avoir composé un certain nombre de titres qu’on se dit « tiens, ce serait bien de partir d’une idée plus calme ou plus speed, ou plus space pour le prochain morceau»... Finalement vers la fin on s’aperçoit que c’est assez cohérent dans l’ensemble, si on a de la chance !





Cela ne doit pas faire penser que vous avez arrondi tous les angles, bien au contraire. On retrouve des titres plus arrangés (‘Gnô’s New Orbit’) et davantage guidés par la complexité (‘Smile’). Avec une telle variété d’ambiances et de styles comment se passent les délibérations pour trancher les titres qui apparaîtront dans cet album ?

On aime beaucoup de musiques différentes dans ce groupe, nous avons tous les trois des gouts très éclectiques, aussi on essaye de faire la part des choses, ça doit être du Gnô à la fin, on ne l’oublie pas ! Mais encore une fois les choses se font assez naturellement, à la rock’n roll... Après on n’est pas toujours d’accord rassurez vous, mais l’avantage du trio c’est que c’est toujours deux contre un et celui qui est seul se range à la majorité... Ah, si la vie pouvait être aussi simple que dans Gnô, ce serait moins le bordel !


Est-ce que c’est du fait que Muse ait enregistré son "Origin Of Symmetry" au Real Studio qui vous a inspiré cette ambiance musienne dans ‘Slumdog’ ?

Les morceaux ont été composés avant d’aller à Real World Studios, donc pas directement, mais c’est vrai que l’idée de base qu’avait amené Djul était encore plus musienne, on a hésité à la garder au début, mais nous l’avons un peu démusé (on vient de l’inventer…) et on a bien fait de la garder car nous adorons ce morceau !
Peut être qu’au niveau du son, Real World a inspiré Laurent pour les prises et le mix, c’est possible, mais c’est de l’ordre du subliminal... On aime bien l’idée en tout cas !


En tout cas vous n’avez pas perdu votre sens du visuel avec cette pochette. Comment vous est venue cette idée de visuel et de titre d’album ?

Peter Puke et son cerveau malade...HAHAHA !!!  Les albums de Gnô ont toujours eu des noms étranges, souvent deux mots qui a priori n’ont rien à voir entre eux, ça définit un peu le style aussi, avec toutes ces influences différentes. Pour la pochette et le titre de l’album, elles viennent d’un texte de la chanson "Stereofish" que Peter avait déjà ébauché avant le début de la création de l’album. Du coup il a proposé ce titre et l’idée de visuel avec une base de collage de ces deux poissons carnivores bien déjantées, ça nous a plu et c’était bien en rapport avec l’ambiance surréaliste du texte de "Stereofish" !


Le 4 décembre vous aviez prévu une représentation live en streaming pour la sortie du disque. Est-ce qu’elle a eu lieu ?

Non, le confinement en a décidé autrement... Regrouper une équipe technique de prod avec l’impossibilité de voyager ou de regrouper les gens n’était pas possible. Avec un ingénieur du son venant de Londres et une équipe de tournage parisienne c’était compliqué.
L’engagement financier est aussi important si on veut bien faire les choses . Nous avons préféré nous concentrer sur le tournage d’un beau clip pour la sortie de 'Never Give Up' qui a fait plus de 30k de vues sur Youtube … Nous n’excluons pas de faire du live video mais peut être sous une forme plus simplement réalisable, en attendant que la situation du live s’améliore.





Est-ce que vous avez fait écouter "Stereofish" à Christophe ?

Bien sûr ! Il a beaucoup aimé, il nous suit de très près, ça reste un de nos meilleurs potes, on se voit régulièrement , cet homme a du goût !!!


Est-ce que le premier single de l’album ‘Never Give Up’ a été choisi comme une réponse à l’ambiance morose du moment ?

Evidemment, mais ce n’était pas prévu pour ça … c’est un hasard, car l’idée musicale et le texte avaient quelques années. Après cela a joué aussi sur le choix de ce single car l’histoire est pile dans le moment présent, cela fait 20 ans que Gnô existe, alors effectivement “never give up” !


Est-ce aussi un moyen de dire à vos fidèles auditeurs que Gnô n’est pas près de s’arrêter ?

Certes mais la logique est à présent d’aller sur scène…. On ne peut pas entretenir une relation avec nos fans uniquement avec des clips et du digital.
Le rock c’est du monde entassé dans un club avec de la sueur et de la bière sinon ….. ça ne vaut pas le coup !
Nous ne vendons que trop peu de disques en distribution physique et les écoutes sur les plateformes de streaming ne rapportent rien à part un peu de visibilité…. Ce sont les concerts qui nous assurent des revenus. On fait tout pour que Gnô ne soit pas près de s’arrêter, même si quelquefois c’est compliqué, c’est exactement ce que raconte la chanson 'Never Give Up'...





Globalement avec la crise que l’on traverse comment envisagez-vous le futur ?

C’est une période extrêmement compliquée, même si nous avons un label solide qui nous suit : financer la production de l’album, la promotion sans concerts derrière pour assurer une rentrée d’argent …
Nous sommes en pleine promo mais sans pouvoir donner de showcase ou des ITV en live. Nous avons de très bons retours des médias spécialisés et notre objectif est d’atteindre les médias grand public mais toutes les rédactions sont aussi impactées par la situation sanitaire et c’est vraiment compliqué d’atteindre les journalistes … alors merci à vous pour cette ITV
Nous discutons sur la possibilité de sortir un deuxième titre en clip.


Est-ce que les concerts en streaming comme on les voit se multiplier sont une solution que vous envisagez ?

Ce point est constamment en discussion avec le label mais une fois de plus cela représente de gros budgets pour produire un live de qualité. Nous sommes en discussion pour essayer de trouver des solutions, mais nous ne voulons pas que la prestation ne soit pas à la hauteur au niveau du son et de l’image...


Pendant cette crise qui continue de durer, un certain rythme (pour ne pas dire une inertie) nous est imposé. Est-ce que vous profitez de ces moments pour composer davantage ou pour vaquer à des occupations que nous ne pouviez pas faire en temps « normal » ?


Clairement oui, on essaye aussi de maintenir l’endurance en ce qui concerne le live, nous faisons rien qu’avec Gnô une session de répétition de trois jours par mois pour maintenir et perfectionner le nouveau set live, il faut être prêts... Puis chacun en profite pour avancer sur d’autres projets. Plus d’enregistrements et de videos du coup, confinements oblige...


Quels sont vos projets individuels en dehors de Gnô ?

Gaby a enregistré un premier album et tourné un nouveau clip de son nouveau projet Elefant Talk, un duo Rock Stoner basse-batterie-chant, qui sortira le 19 mars 2021 chez M&O Music.

Djul a composé, enregistré et sorti son deuxième album solo de rock instrumental "Bright side of the sun" avec Peter Puke à la batterie, et Gaby à la basse sur un titre, il fait aussi beaucoup de réalisations d’albums pour d’autres groupes dans son studio en Bourgogne.

Puke a enregistré les batteries de l’album de Djul et divers projets en tant que sideman.


Un dernier aux lecteurs de Music Waves ?

Stay rock, stay true, stay motivated, never give up !!!


Plus d'informations sur http://www.gno-music.com/
 
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