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FIREMASTER CONVENTION (23 FEVRIER 2021)


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A l'heure où l'incertitude règne concernant l'organisation des festivals et autres conventions, le Firemaster se maintien du 30 avril au 02 mai 2021 et dévoile son programme et son objectif.
CALGEPO - 01.03.2021 -
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Pendant 3 jours, Firemaster Convention à Châteauroux propose un rendez-vous en plein cœur de France autour de la culture rock/metal. Fans et metalhead pourront fêter des décennies de transgression dans un lieu unique spécialement conçu pour eux. Rencontre avec les organisateurs.

Comment avez-vous réussi à passer cette année particulièrement compliquée pour le monde du spectacle vivant ?

C’était une année terrible que nous venons de passer, en effet. Je ne peux pas encore en parler avec du recul, car nous sommes encore dans la crise, mais lorsque l’on a appris le confinement en mars 2020, nous avions été choqués. Pour nous le COVD-19, c’était une crise sanitaire lointaine au départ. En regardant un peu derrière nous nous avons été très chanceux d’avoir pu organiser la première édition de la convention en février 2020. Si nous avions manqué de chance et pas pu organiser cette première mouture de l’événement, le projet serait sûrement mort dans l’œuf comme tant d’autres… une fois remis de ce choc, nous avons décidé de nous remonter les manches et de prendre les problèmes à bras-le-corps et ne surtout pas baisser les bras. Nous avons connu tant de crises (attentats, politiques…) que nous sommes prêts à remonter sur le ring pour en découdre. Alors nous avons « profité » du temps du confinement pour revoir l’organisation interne de l’association, assainir les comptes, prendre le temps pour réfléchir. En quelque sorte, nous avons décidé de tout repenser et surtout de ne pas s’apitoyer sur notre propre sort, car bon nombre d’autres acteurs et opérateurs sont bien plus en difficulté que nous.





Après une année 2020 pour le moins sombre pour la culture et les festivals de musique, l’heure est encore aux incertitudes et pourtant vous entamez cette nouvelle année avec l’annonce de la seconde édition de la Convention pour fin avril, pourquoi une telle annonce dans ce contexte, n’est-ce pas un peu optimiste ?


Comme dirait le directeur du Paleo festival « Je préfère être un optimiste qui a tort, qu’un pessimiste qui a raison ». J’ai trouvé cette phrase magnifique et tellement représentatif de notre état d’esprit. Bien sûr que c’est optimiste, mais les projets se montent parce qu’il y a aussi des challenges et des difficultés, c’est comme ça que l’on en tire une satisfaction intense. Au pire, nous échouerons et nous en tirerons des enseignements et nous n’aurons fait de mal à personne. Au mieux, on aura créé une belle chose. Quand nous avons annoncé la programmation, nous savions que c’était très ambitieux, mais nous savions aussi que nous aurons la force de trouver une alternative si le programme ne pouvait être assuré en présentiel. Alors nous voici sur la route de l’adaptation !


Peut-on voir cette annonce comme une réaction au fait que la musique au même titre que tout ce qui est loisirs (culturels, sports amateurs…) a été considéré comme « non essentielle », une forme de résistance ou de provocation face aux gouvernants ?

Oui et non, nous ne faisons pas cela pour prouver quoi que ce soit, mais surtout pour prendre du plaisir et le partager à d’autres. Depuis bien longtemps la culture des Musiques Actuelles n’est pas une priorité des collectivités, en tout cas sur l’Indre. A l'échelle de l’État il y a une politique culturelle mais elle passe bien entendu après les fonctions régaliennes prioritaires. Sur l'Indre, nous n’avons pas de SMAC, nous n'avons que très peu de festivals et de moins en moins de caf'conc'. Alors nous sommes au fait que nous sommes « non essentiels ». Néanmoins, je ne peux que dire la vérité face à la crise : ce sont bien les dispositifs des collectivités notamment la Région Centre-Val de Loire et de l’État qui ont sauvé notre structure du dépôt de bilan, via le Fond de Solidarité et l’Activité Partielle notamment. Là où nous rentrons en résistance, ce serait plutôt auprès des acteurs publics locaux où nous devons prouver chaque jour que nous existons et que nous portons des projets d’intérêt général. Au national avec notre syndicat le SMA, nous faisons pression sur le ministère de la Culture mais nous le savons faible en ces temps de crise et encore en France, nous avons l’exception culturelle française, qui fait que nous avons une histoire forte avec la culture que n’ont pas d’autres pays.


Nous sommes à la croisée du festival de concerts et du salon thématique.




Qu’est-ce qui distingue la Firemaster Convention des autres festivals de metal ?


Le fait de ne pas être un festival justement. Nous sommes à la croisée du festival de concerts et du salon thématique. Je dirais que notre programmation musicale est diverse comme la plupart des festivals metal, mais que nous ajoutons une dose d’activités, non pas annexes mais aussi de premier ordre. En effet, nous donnons autant de valeur aux conférences et ateliers qu’à nos concerts, car l’idée est bien de parler de la culture metal dans sa globalité de son ADN, de ce qui la compose dans ses plus petites fibres et donc cela ne passe pas que par le son metal, mais aussi par ses inspirations comme la littérature, les arts plus largement, par son environnement politique et social, etc... Donc, pour cela, nous essayons de faire venir les meilleurs intervenants ici à Châteauroux. Nous ne sommes pas les premiers à faire cela bien sûr, il y a Fismes par exemple ou la regrettée Metalhead mais la différence, c’est que l’on le fait à notre manière, voilà tout.


On sent qu’il s’agit d’une Convention qui met en avant la proximité entre les groupes et le public, c’est important pour vous de conserver cette proximité et n’avez-vous pas peur de la perdre au fil du temps ?

Nous sommes une petite convention et nous n’avons pas de prétention de devenir un de ces mastodontes du metal français ou international contrairement à ce que certains pourraient croire. Grandir, bien sur que ça nous intéresse, mais jamais au prix de la qualité de l’accueil du public ou de la programmation. Je pense que l’on peut être un grand événement sans pour autant être une grande jauge. La proximité entre groupes et artistes est primordiale et elle sera toujours garantie. Nous réfléchissons cet événement comme si nous devions nous-même l’expérimenter en tant que public et jamais nous ne tolèrerons de voir un groupe avec des jumelles. Déjà, nous sommes dans un établissement couvert donc la jauge est bien plus petite par définition.


Déjà en temps normal organiser un festival est complexe alors en ce moment ça doit être encore plus délicat, quel a été le plus grand défi dans cette organisation ?

Sans hésiter, c’est garder la tête froide, les muscles détendus et le ventre abreuvé de bonne bière (Rires). Plus sérieusement, il suffit d’être un minimum préparé et d’anticiper au mieux les difficultés. Parfois, c’est impossible et les éléments sont non anticipables et irrésistibles et c’est la catastrophe mais, parfois on peut les prévoir. C’est un peu le principe de mon métier. Le plus important réside surtout dans la capacité à s’adapter à son environnement et comme nous évoluons dans un monde de l’immédiat, il s’agit d’être réactif et dynamique. Depuis les annonces et les non-annonces perpétuelles du gouvernement nous avons compris qu’il fallait garder un cap général et modifier au fur et à mesure les paramètres jusqu’à pouvoir porter un projet cohérent, mais qui ne bougera plus beaucoup. Bien entendu, il y a des choses que nous ne maîtrisons pas et que personne ne peut maîtriser ; ainsi nous fixons des limites à l’organisation  et si ces limites sont dépassées, on stoppe tout. Mais de là à tout annuler sans recours à de nouvelles idées, c’est vraiment que l’on aura épuisé toute notre créativité. On utilise cette période pour se réinventer, car de tout temps l’homme a été ingénieux grâce aux périodes difficiles : dans les années 60 la conquête spatiale a créée des technologies incroyables et presque par obligation.


Les tarifs proposés sont très attractifs, comment arrivez-vous à proposer ces prix ? Comment vous êtes-vous organisés financièrement ? Parce qu’il n’y a pas de financement participatif sur ce projet, il me semble ?


Sur le projet initial, non, il n’y a pas de financement participatif. Le budget est fait de telle sorte que ce soit le public qui finance sur place pour 80% l’événement et 20% par des partenariats privés et des subventions publiques. Donc, il repose sur la satisfaction des gens. Bien entendu, nous sommes sur les premières éditions d’un nouveau projet donc il faut se construire un réseau, bien que nous ayons organisé de nombreux concerts depuis 15 ans mes amis et moi avec des groupes comme Napalm Death, Kiemsa, Tagada Jones ou d’autres, nous n’avions jamais organisé sur le metal d’événement aussi majeur et engageant un budget de presque 90 k€. Alors pour être honnête avec toi, c’est un projet à perte et il le sera encore sûrement encore pour 1 ou 2 ans car les metalleux ont besoin d’être convaincus par une organisation, par un nouveau projet. C’est pour cela que l’on ne lésine pas sur l’accueil du public. Alors, oui, il y a beaucoup de défauts, mais nous travaillons dessus et nous serons au top tout bientôt, je l’espère en tout cas financièrement. Ce que j’appelle au top, c’est équilibrer l’événement et pouvoir rémunérer tous les professionnels. Je nous connais assez bien pour dire que si nous faisons des bénéfices un jour, nous réinvestirions immédiatement afin de proposer un environnement encore plus abouti au public.


Nous essayons de transcender cela et donc nous composons notre projet en fonction des vibrations positives des groupes invités et conférenciers.




Comment s’est arrêté le choix des groupes invités et conférenciers ? Avez-vous rencontré des refus ou des grosses hésitations dans le contexte ?

Étonnamment, nous avons trouvé beaucoup de gens partants, déjà parce que beaucoup en ont marre et beaucoup veulent bouger ou apporter des choses positives. Nous avons aussi bien sûr eu des refus, mais très peu et parfois des confrontations, mais c’est anecdotique. Certaines personnes peuvent être crispées et je peux le comprendre car nous le sommes tous un petit peu. Nous essayons de transcender cela et donc nous composons notre projet en fonction des vibrations positives des groupes invités et conférenciers. Le choix des groupes et des invités s’est fait via un triptyque que je forme avec Kermhit de France Metal Asso et le l'anthropologue Corentin Charbonnier. Ce sont des personnalités remarquables avec une puissance créative forte. Je suis heureux de travailler avec eux. Ils peuvent apporter leurs réseaux et avec celui de Tonnerre Productions nous créons quelque chose d’homogène et de cohérent - et qui peut nous refuser une invitation (Rires) ?


Plus qu’une Convention de musique qui attire les fans, l’organisation laisse une place à la pédagogie et à la découverte d’un style souvent décrié et qui a une mauvaise image auprès du grand public et des médias mainstream, pensez-vous que les gens sont encore suffisamment curieux pour ça avec l’évolution de l’industrie musicale de plus en plus marketing ?


Je pense que la technologie a rendu plus accessible la musique et donc le metal aussi. Je pense que les médias, même généralistes, qui ont permis la connaissance et la reconnaissance de ce courant musical auprès du grand public y sont pour quelque chose. Le côté pervers du stream et de l’industrie musicale c’est qu’aujourd'hui, ils sont là pour vendre du consommable et puis passer rapidement à autre chose. Le hard rock et le metal, bien qu’underground à l’origine, sont devenus populaires et beaucoup de formations ont fait le top des charts et ont cassé les records de vente de disques. Les gens sont toujours très curieux, mais de nos jours pour les convaincre, les rassurer, il faut leur donner des choses de qualité. On en revient du tout gratuit, de choses de mauvaise qualité sous prétexte que ce n'est pas cher. Avec l'explosion des home studio et d'Internet, il est plus facile de créer et de diffuser sa musique, ce qui fait que nous sommes saturés par les informations.


Est-ce que le festival entend organiser un tremplin pour les jeunes groupes comme le font souvent d’autres festivals comme le Motocultor ou le Hellfest ?


Nous n’avons pas la prétention de faire cela pour le moment. Des petits festivals ou petits événements proposent cela mais quel est l’intérêt de le proposer quand ont est encore réduit ? Un tremplin porte bien son nom, il doit être un vrai levier et donner une grande visibilité à un groupe, proposer quelque chose de concret. Sur la convention, la choses que l’on propose, c’est de jouer devant un public. Nous ne sommes pas le Wacken. Le Motoc et le Hellfest ont une force de frappe importante et c’est très logique qu’ils fassent cela. Derrière les groupes peuvent avoir de vraies belles opportunités. Nous préférons nous concentrer sur des activités ou des programmes qui servent et laisser de côté ce qui pourrait nous flatter mais qui ne servirait pas la cause générale.


Quel serait l’artiste ou le groupe que vous aimeriez avoir ?

Il y en a tellement… Pour ma part j’aime le heavy, le thrash et le death, je serais juste comblé en tant que directeur que de pouvoir faire venir la légende Black Sabbath mais c’est un peu tard (Rires), sinon bien sûr Megadeth, Gojira, Dark Tranquility. Je regrette de ne pas avoir vue Dio sur scène ou même Dimebag.


Quelle est votre ambition à long terme pour la Firemaster Convention ?


Déjà pouvoir continuer à faire notre événement serait une chose formidable et ne pas avoir à se soucier de comment boucler le budget ! Je dirais que notre ambition serait aussi de pouvoir proposer 3 jours sur divers sites et créer des environnements scénographiques importants pour mettre en valeur les sub-styles du metal et construire un vrai monde d’évasion pour notre public sans jamais oublier que nous sommes là pour le plaisir et le partage avant toute chose. C’est le metal qui nous réunit…


Qu’auriez-vous à ajouter pour les lecteurs de Music Waves pour les inciter à venir au Firemaster ?

Chers amies et amis, continuez de rêver bien sûr et évitez de vous faire submerger par la colère. Il faut être combatif mais serein et donc aussi soutenir vos artistes, vos labels, vos événements préférés et tous les autres acteurs de la filière musicale. Il faut continuer à soutenir tous les opérateurs du metal mais plus largement des Musiques Actuelles en attendant des jours meilleurs, qui vont arriver tôt ou tard.







Plus d'informations sur https://www.facebook.com/firemasterconvention
 
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