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TITRE:

LUCAS FOX (11 MARS 2021)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

HARD ROCK



A l'occasion de la réédition du premier album de Motörhead "On Parole", Music Waves a rencontré le dernier des créateurs du groupe légendaire porté par Lemmy Kilmister...
STRUCK - 06.08.2021 -
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Pour le grand public Motörhead se résume à Lemmy Kilmister et pour beaucoup, le line-up originel est complété par "Fast" Eddy Clarke à la guitare et Phil "Filthy Animal" Taylor à la batterie. Sauf que cette version légendaire est la version II du combo, les membres fondateurs étant Lemmy Kilmister, Larry Wallis et... Lucas Fox que nous avons eu l'honneur de rencontrer chez lui à Paris. Une rencontre placée sous le signe de Motörhead et de Lemmy, de leur obsession pour la Seconde Guerre Mondiale et... les amphétamines ! Mais résumer de notre interlocuteur à son bref passage chez Motörhead serait extrêmement réducteur tant sa "vie" est d'une richesse qu'il va nous détailler dans cette interview...





Quelle est la question qu’on a trop souvent posée et à laquelle tu aurais marre de répondre ?

Lucas Fox : Il n’y en a pas vraiment ! Inévitablement les questions ont tendance à être : "Comment se fait-il qu’un bilingue biculturel au lycée français de Londres arrive dans Motörhead à l’âge de 22 ans ?".


Et concernant Motörhead, ton passage au sein du groupe a été relativement…

… (il coupe) court !


Je ne suis pas un bonhomme qui vit dans le regret : j’ai toujours avancé !




… même si la réédition de "On Parole" permet de réhabiliter ta contribution au sein du groupe, tu n’en as pas assez de devoir répondre continuellement à des questions concernant Motörhead ?

Non, non ! Je ne suis pas un bonhomme qui vit dans le regret : j’ai toujours avancé ! Je suis né avec pas mal de handicaps, notamment un asthme très grave : je suis mort cinq fois et je me suis réveillé à chaque fois avec une seringue d’adrénaline dans le cœur…


Les fans de Motörhead se sont intéressés à moi à la mort de Lemmy.





Si tu es comme les chats, tu as fait un peu plus de la moitié de ta vie…

Oui, c’est ça ! Exactement (Rires) !
Et pour toutes ces raisons, je suis toujours dans l’avancée ! Et c’est seulement avec le bouquin que je suis en train d’écrire et ces interviews que je me plonge dans mon passé : c’est une première ! Avant ça, si tu cherches des interviews de moi depuis 45 ans, tu n’en trouveras pas !
Les fans de Motörhead se sont intéressés à moi à la mort de Lemmy. Tout le monde s’est réveillé à ce moment : "Putain, il y a encore un survivant !" (Rires) !


Tu sembles très humble sur le sujet mais c’est étonnant quand on sait que tu es un des membres fondateurs du groupe. A savoir que si Motörhead a existé, si Lemmy est une légende… tu es un des éléments déclencheurs de cette légende !

Oui ! Apparemment, c’est vrai ! Mais je ne me suis pas posé la question jusqu’à récemment le 18 novembre 2014 précisément quand le mec qui gérait les backstages pour Lemmy du concert au Zénith m’a dit qu’il était ravi de ma présence, Lemmy savait que j’étais là, bla, bla… qu’il fallait que j’attende un peu et que le barman allait me servir ce que je voulais… et il est revenu vers moi en disant : "Est-ce que tu te rends compte qu’il n’y aurait pas eu de Motörhead si tu n’avais pas été pas là pour Lemmy en 1975 ? Il aurait joué dans un autre groupe…"


… eu une autre trajectoire…

Tout à fait, il aurait eu une autre trajectoire !


Mais tu n’avais pas réalisé ça avant ?

Non parce que je connaissais très bien Lemmy avant Motörhead. On traînait beaucoup ensemble : nous étions très complices ! Je ne suis pas un bonhomme qui a peur ou qui a besoin d’être en compétition : ce n’est pas mon genre ! Même s’il aimait les gens -mais pas tout le temps- c’était un solitaire absolu ! Et on traînait bien ensemble parce que moi aussi je suis un solitaire : je ne suis pas comme les autres, je suis différent ! Ce n’est pas de ma faute : je suis né différent, j’ai été balancé dans un lycée français sans le vouloir mais je suis ravi d’y avoir passé 13 ans : je parlais français bien avant ta naissance (Sourire) !
Je montais à cheval, il montait à cheval ! Peu de gens voient Lemmy ainsi.
Son père était vicaire -un homme d’église-, mon grand-père aussi. On a tous les deux été bassinés par les sermons, pas seulement sur Dieu mais également sur l’Empire…
Sans compter notre obsession sur la Seconde Guerre Mondiale. Lui, parce qu’il était à côté de Liverpool les Beatles… plus le Blitz avec un tiers de Liverpool détruit. De mon côté, ma mère était dans le Blitz, dans les bases aériennes raison pour laquelle j’étais dans le lycée français parce qu’elle était sur la base qui envoyait tous les résistants en Europe. A 23 ans, elle était la chef de la base côté femmes et on supposait jusqu’à très récemment qu’elle n’était là que l’administration jusqu’où dans un documentaire récent où on la voit donner les missions.
C’est toute une panoplie de choses qui faisait qu’on s’entendait bien ensemble ! Et quand on s’est retrouvés en 2014, c’était comme la première fois…


Et pourquoi il y a eu tant de temps avant ces retrouvailles ?

(Rires) Il a fait son chemin et j’ai fait le mien !
Malgré tout, on s’est croisés au dixième anniversaire. Et avant ça, pendant huit- dix ans, il était dans le public à tous les concerts des groupes dans lesquels je jouais après Motörhead, Et on allait boire un coup après. Il a bien aimé les groupes dans lesquels j’étais : Warsaw Pakt, White Lightning…


Mais avant Motörhead tu as eu une vie bien remplie. Tu as notamment croisé Keith Moon, Ringo Starr ou Charlie Watts…

… Je vois que tu as fait tes devoirs (Rires) ! Mais ils étaient inconnus à l’époque (Rires) et moi aussi, j’avais 9 ans !


Motörhead n’a pas duré que six mois mais ça a laissé des séquelles notamment amphétaminiques !




… malgré tout, ne regrettes d’être catalogué comme le batteur qui n’est resté qu’un temps dans Motörhead ?

Il faut savoir que Motörhead n’a pas duré que six mois mais ça a laissé des séquelles notamment amphétaminiques (Sourire) !


Et puis auparavant tu as eu ta formation WH Pierce Band produite par d’autres inconnus : Roger Waters et Nick Mason. Tu as été produit par les membres de Pink Floyd prouvant une nouvelle fois que tu as certes lancé Motörhead mais tu as une carrière conséquente !

Carrière… Je parlerais plutôt de vie ! Je n’ai jamais considéré ça comme une carrière…
Pendant toute cette vie, les fans ont toujours solidaires pendant 45 bientôt 46 ans mais les débuts ont été difficiles parce qu’il n’y avait rien comme ça en tous cas en Europe aux Etats-Unis il y avait MC5, Mitch Ryder’s Detroit Wheels, The Stooges qui commençaient à apparaître, Flamin Groovies éventuellement… mais ils étaient quasiment inconnus.
Avant ça, mes favoris étaient les Birds, le groupe anglais avec Ron Wood, Them avec Van Morrison bien entendu The Early Beatles, toute la carrière des Beatles. On oublie que l’obsession de Lemmy ne s’arrêtait pas quand ils jouaient dans des clubs à Hambourg autour des prostituées qui faisaient la fête et la Pervitine l’amphétamine des Allemands pendant la Guerre et qui expliquait aussi les Who et tous ces groupes anglais de l’époque qui faisaient deux/ trois concerts par soir dans des villes différente : c’étaient des bosseurs hallucinants !


Ca me rappelle l’effervescence de cette scène musicale anglaise qui est contée dans toutes les bonnes biographies comme celle de Jethro Tull "Madness in the Spring" d’Adrian Michenet-Delys… et on se rend compte que tous les groupes légendaires anglais se sont tous croisés et joués ensemble dans les mêmes clubs…

Complétement ! Cet arbre généalogique ne concerne pas seulement l’Angleterre mais le Royaume-Unis jusqu’à l’Irlande du Nord avec Van Morrison et Them, jusqu’à Newcastle avec The Animals… ça ne se cantonnait pas seulement à Liverpool, Manchester ou Birmigham… C’est une effervescence explosive de talents et de non-compromis même dans la pop : comme les Kinks et ‘I’m not like everybody else’. Tout le monde se considérait différent !


Puis, tu as fondé Motörhead avec Lemmy et Larry Wallis juste après le renvoi de Lemmy d’Hawkwind…

(Rires)


On veut que les légendes restent intactes comme des Dieux qui n’ont jamais soufferts. Non, on n’arrive pas à être un Lemmy sans être passé par des passages difficiles.


… L’histoire dit que c’est toi qui as récupéré Lemmy à l’aéroport après son renvoi, n’est-ce pas paradoxal quand on sait que tu as été viré par la suite… Ma question finalement est de savoir si Lemmy t’a reconduit chez toi après ton renvoi ?

(Rires) Je l’ai raccompagné chez lui après son renvoi d’Hawkind. On est restés ensemble pendant deux ou trois semaines qui ont été horribles pour lui… Il était au plus bas ! Quelque part, on veut que les légendes restent intactes comme des Dieux qui n’ont jamais souffert. Non, on n’arrive pas à être un Lemmy sans être passé par des passages difficiles. Et j’ai vécu avec lui probablement le passage le plus difficile de sa vie quand il a été viré d’Hawkwind.


Quand on a commencé ce truc, c’était un peu un rêve qu’on avait en commun




Mais toi comment as-tu vécu ton renvoi ?

Ca a été dur surtout après tout ce temps à trainer ensemble et que quelque part quand on a commencé ce truc, c’était un peu un rêve qu’on avait en commun. Pour lui, Hawkwind, c’était son groupe, sa vie idéale -il était la star du groupe sans les responsabilités- mais il y avait un décalage musical et de… drogues (Sourire) et de personnalités quasi-total avec Hawkwind.


Hawkwind, c’était son groupe, sa vie idéale -il était la star du groupe sans les responsabilités- mais il y avait un décalage musical, drogues et de personnalités quasi-total avec Hawkwind.


Dès lors, il rebondit en fondant Motörhead votre rêve commun, comment en arrive-t-on à se séparer d’un des membres fondateurs ?

Amphétamine !


Avec le recul, comment perçois-tu cette séparation ? Etait-elle inéluctable : tu ne pouvais plus continuer avec eux ?

Il y a deux questions et donc deux réponses potentielles à ta question.
La première : que serait devenu Motörhead si j’étais resté au sein du groupe ? C’est une question intéressante et pertinente. Comment ce Motörhead-là aurait été accueilli quelques mois plus tard dans le punk ? Si on écoute les deux bootlegs qui restent des lives Roundhouse et Blue Öyster Cult -il y en a peut-être d’autres mais je ne les ai pas trouvés (Sourire). Si tu demandes à mes copains Brian James de The Damned ou Generation X avec Tony James pourquoi ils ont commencé un groupe, ils te répondront qu’ils ont vu Pink Fairies, Hawkwind et ensuite Motörhead et ils se sont dit qu’il fallait qu’ils fassent ça !


Mark II est également mon favori comme la plupart des fans avec Fast Eddie et Philthy.




On parle bien de ton Motörhead…

Oui, le premier mais après ça, ils ont vu Mark II bien sûr avec "Philthy" et c’était génial ! Et Mark II est également mon favori comme la plupart des fans avec Fast Eddie et Philthy.


Ta réponse prouve ta sagesse et mature sur le sujet en ayant l’honnêteté de nous dire que ta version préférée de Motörhead est celle qui a suivi ton départ…

Oui, absolument ! Mais cette version n’aurait pas existé s’il n’y avait pas eu la version I ! La version I est un pont entre le rock progressif avec toute sa splendeur très alternative avec Hawkwind et Pink Fairies -nous sommes d’accord que ce n’est pas le rock progressif de Yes, Genesis, ELP… qu’on aime aussi mais ça n’est pas la même chose- Hawkwind et Pink Fairies étaient plus alternatifs et très anti-establishement. Motörhead était encore plus radical et Mark I était vraiment le pont où tous les deux nous avons créé l’image avec nos obsessions : j’avais acheté des brassards SS qui étaient en noir et ma copine a fait la broderie.





J’étais présent mais est-ce un talent d’être au bon endroit au bon moment ?



Tu dis avoir été non seulement à l’initiative de la musique de Motörhead mais également son image…

J’ai participé… Nous étions tous les deux obsédés : j’ai des bouquins de référence sur la Seconde Guerre Mondiale et notamment des visions SS parce que l’image nous fascinait.
J’étais présent lorsque le Snaggletooth est apparu avec Joe Petagno. J’étais assis sur le sofa comme actuellement avec Joe Petagno et Lemmy. Joe a sorti d’une enveloppe craft les deux versions de Snaggletooth et Lemmy en a désigné une en disant qu’il voulait celle-ci mais en plus méchant, beaucoup plus méchant : avec de la salive comme dans "Alien" et une croix de fer et des pointes comme dans le film "Rollerball".
J’étais présent mais est-ce un talent d’être au bon endroit au bon moment (Sourire) ? Je n’en sais rien : c’est le hasard de la vie (Rires) !
Mais c’est vrai qu’on peut titiller le hasard !

On m’a demandé pourquoi j’avais choisi la batterie et Motörhead. J’ai choisi la batterie parce que ma grand-mère qui voulait me faire apprendre le solfège me tapait sur les doigts avec une règle : j’avais 7 ans et ça ne me plaisait pas ! J’ai vu la batterie comme un échappatoire et une manière de communiquer sans avoir à apprendre ce putain de solfège et toute cette disciple que je détestais. Quelque part, sa règle est devenue mes baguettes.
A l’âge de 9 ans, je lavais des voitures pour m’acheter mes premiers futs et c’est le jour où j’ai acheté mes premières vraies au King Street Music Store que j’ai croisé ces trois petits bonhommes que tu as cités en début d’interview qui sont devenus après (Rires) !


Keith Richards et Lemmy ont des métabolismes extraordinairement différents, ce sont des ovnis venus de l’espace. Pouvoir fonctionner normalement avec de telles doses d’amphétamines, ce n’est pas normal ! Je ne suis pas normal non plus mais je ne suis pas aussi anormal physiquement qu’eux !




Ensuite durant ses six mois au sein du groupe tu as travaillé sur "On Parole", cet album a tout de l’album maudit, qu’as-tu ressenti quand ses parties ont été refaites par Phil Taylor ? T’es-tu senti dévalorisé ?

Oui et non ! Parce que les amphétamines qui sont arrivées dans le studio étaient redoutables, tellement fortes qu’on a découvert Dave Edmunds HS sur la table de mixage. On l’a réveillé, il est allé vomir et on a recommencé la séance.
Les amphétamines à ce moment-là étaient redoutables ! On en a tous souffert. C’étaient des amphétamines beaucoup plus pures que d’habitude, avant elles étaient coupées avec je ne sais quelle lessive (Rires) !
Keith Richards et Lemmy ont des métabolismes extraordinairement différents, ce sont des ovnis venus de l’espace. Pouvoir fonctionner normalement avec de telles doses d’amphétamines, ce n’est pas normal ! Je ne suis pas normal non plus mais je ne suis pas aussi anormal physiquement qu’eux !


Tu ne pouvais pas suivre ?

Et pourtant j’ai essayé et pendant longtemps, toute la tournée en fait, on a tenu bon. Tout ce que j’ai pu faire dans le groupe, j’en suis fier : quand on arrive dans le studio avec ces amphétamines encore plus ravageuses que d’habitude, j’ai joué safe ! Philthy a fait des "re-re" sur ce que nous avions enregistré mais ça veut dire que la batterie était suffisamment droite pour pouvoir le faire.


Tu étais son métronome…

Plus que son métronome, j’étais son Charlie Watts ou Ringo. J’ai joué droit plus qu’un Keith Moon et toutes ses fioritures.
Dans ma tête, je me disais que j’allais pouvoir faire des "re-re" pour pouvoir ajouter ce qu’on a fait sur scène : on a fait quatre ou cinq jours comme ça et petit à petit, les amphétamines ont pris le dessus.


Lemmy insistait que tout le monde autour de lui prenne des amphétamines.



Nous savions que tu avais essayé de suivre mais l’as-tu fait sous la contrainte pour être au même niveau d’euphorie ou d’énergie que les autres ou éprouvais-tu un certain plaisir ?

Oui, oui et oui pour tes trois questions ! Il y avait une contrainte : Lemmy insistait que tout le monde autour de lui prenne des amphétamines.


Pour partager ce voyage…

Plus que partager un voyage, pour lui, c’était quasiment une mission : il fallait prendre de la drogue !
Mais il faut super gaffe quand on parle de ça aujourd’hui parce que je ne veux pas encourager qui que ce soit, vraiment pas… Parce que c’est très dangereux !
J’ai fait des concerts caritatifs dans des hôpitaux psychiatriques et quand on voit les dégâts sur toute une série d’ex-fans sourds parce qu’il avait la tête dans les enceintes complétement dingues parce que des portes se sont ouvertes et ils n’ont pas pu les refermer sous l’effet d’acide, amphétamine, MDMA, ecstasy… En tout état de cause, je ne peux pas encourager ça, bien au contraire. Il n’y a rien de pire que de se retrouver par terre, blanc et ensuite direction l’hôpital pour ne plus en ressortir… C’est con mais c’est la vérité !

Donc ces bouquins avec Keith Richards et même Lemmy qui ne parlent pas de ça, c’est comme la série "Breaking Bad" où on ne voit pas l’effet de la drogue -il me semble qu’il n’y a qu’un seul épisode où on voit tout d’un coup un appartement avec plein de camés- et le reste ne fait que glorifier le fait qu’il fait de l’argent ! J’adore cette série, j’adore l’acteur mais il y a une responsabilité qui n’est pas assumée par la série et les écrivains.

Je vais en parler dans mon bouquin parce que oui on peut boire, oui on peut prendre tout ça mais avec parcimonie… il ne faut surtout pas faire le con parce qu’on a vu que son idole pouvait le faire ! Des hommes comme Lemmy, il y en a très peu voire quasiment pas (Rires) ! Et la plupart qui ont suivi cette voie sont déjà morts à l’âge de 23 -27 ans.


Après Motörhead il a eu pas mal de projets avec diverses formations mais aucune n’a vraiment explosé ou duré, comment l’expliques-tu ?

Warsaw Pakt c’était marrant parce que comme Motörhead, nous étions "born to lose" (Rires) ! L’idée géniale de faire l’album le plus rapide du monde et l’enregistrement direct du disque sans avoir de mixage… était totalement cohérente avec l’époque punk.


Ça revient d’ailleurs à la mode…

Jack White qui a fait un essai qui est très bon également. C’est une forme d’enregistrement magnifique, très frais !


Mais comment expliques-tu comme tu l’as dit que c’était perdu d’avance ?

Regarde : le parallèle est marrant : 1975, Motörhead et deux ans plus tard en 1977, Warsaw Pakt. En 1975, United Artists refuse de sortir l’album "On Parole" parce qu’ils n’avaient pas compris ce qu’ils avaient entre les mains. Warsaw Pakt : ils vendent 5.000 albums en une semaine quand même pour un groupe inconnu du grand public mais avec une certaine notoriété puisque nous trainions avec The Clash, Dr Feelgood, Siouxsie and the Banshees dont on avait fait les premières parties… le milieu nous connaissait et tous les fans du milieu connaissaient Warsaw Pakt. Pour la petite histoire, un autre groupe dont le nom était Warsaw a changé de nom à cause de Warsaw Pakt : ils sont devenus les Joy Division…


En 1979, le premier album de Motörhead sort quatre ans après son enregistrement : United Artists n’avaient pas compris ce qu’ils avaient entre les mains parce que c’était bien en avance !




… qui sont devenus New Order par la suite… le groupe caméléon !

(Rires) C’est ça !
Islands Records avait donc refusé de sortir ou même rééditer parce que toutes les maisons de disques et les labels se sont dit que si tout le monde faisait comme nous, ils n’arriveraient plus à faire en sorte que les groupes s’endettent auprès d’eux et donc ils perdaient le contrôle, en clair, ils ne les tenaient plus par les couilles et tous les studios qui gagnent beaucoup d’argent parce que les albums prennent quatre ou cinq mois à être enregistrés, tout d’un coup, tu passes à une journée…

En 1979, le premier album de Motörhead sort quatre ans après son enregistrement : United Artists n’avaient pas compris ce qu’ils avaient entre les mains parce que c’était bien en avance !


C’est agréable d’être un catalyseur !



Que ce soit avec Motörhead ou Warsaw Pakt, on a le sentiment que tu es à l’initiative de projets extraordinaires mais finalement trop en avance sur leur temps…

Peut-être mais c’est agréable d’être un catalyseur !
Et je suis encore en vie, merde (Rires) ! Mais la vraie question est de savoir ce qu’on veut comme vie ?


Ce n’était pas une vie pour moi ! Et j’ai vécu tellement d’autres choses plus riches selon moi…


Et quelle est ta réponse ?

Avant de revoir Lemmy, j’ai regardé tous leurs concerts : 43 ans de concerts de Motörhead que j’ai lus en détail, mécaniquement page après page… Ce n’était pas une vie pour moi ! Et j’ai vécu tellement d’autres choses plus riches selon moi…


Justement tu as produit des albums, dont des formations parisiennes, Les musiciens du métro…

… mais aussi A Wedding Anniversary -un groupe gothique de Vienne qui est génial- Ekaterina Velika un groupe gothique de Serbie qu’on a enregistré en Yougoslavie…


Tu es donc passé derrière les manettes et bossé avec des formations indépendantes, en plus d’être en avance sur ton temps, ne peut-on pas dire que ce qui te caractérise c’est un esprit punk qui se dégage, libre à tout prix ?

Oui, libre, absolument ! C’est typiquement british, oui (Sourire), mais pas seulement parce que quand je suis au Royaume-Uni, on me fait comprendre que je vis en France et que je parle français. Tout le monde a ce regard : la Perfide Albion cachée derrière ce francophone britannique ! Tout est éduqué avec Jeanne d’Arc, Azincourt, Waterloo… on a ça planté dans le cul plutôt que de regarder la vraie Histoire ! Et c’est là où Lemmy et moi étions complétement raccord parce que nous regardions derrière l’Histoire et qu’est-ce que la vraie Histoire ? Ce sont des hommes et des femmes, ce ne sont pas des pays avec des drapeaux manipulés !


Passer de l’autre côté de la glace était devenu plus passionnant !




Récemment, en 2018, tu as retrouvé Pink Fairies avec l’ex-bassiste de Hawkwind pour un album, quel effet cela fait-il de revenir aux affaires comme musicien ? L’état d’esprit là aussi est farouchement anarchiste et indépendant, ça peut expliquer le fait que tu ne sois jamais devenu une rock star ?

Oui et non ! Mon ambition à 9 ans jusqu’à une trentaine d’années était de devenir une star.
C’est facile de regarder en arrière. Même si je ne l’ai jamais fait, c’est facile de le faire aujourd’hui en me demandant si ça m’aurait plu… peut-être pas ? Mais à l’époque, si, l’idée était de le devenir !
Mais ensuite, j’étais tellement concentré sur le faire et le faire faire et donc réaliser d’autres groupes que passer de l’autre côté de la glace était devenu plus passionnant !


Justement, c’était un peu le but de cette rencontre et nous ne sommes pas déçus de constater que certes tu n’es resté qu’un temps au sein du cultissime Motörhead mais finalement en suivant le chemin de ta vie, on se rend compte qu’elle est super riche en passant par Pink Fairies qui sont précurseurs et ont inspiré Motörhead…

Et bizarrement, Pink Fairies dans lequel tu retrouvais Larry Wallis qui était dans Motörhead et Alan Davey qui était dans Hawkwind après Lemmy. Quelque part, on se retrouve tous "à la maison" (Rires) !


Es-tu content que quelque part, ta carrière soit réhabilitée de la sorte aujourd’hui ?

Ouais ! Bof ! Oui et non encore une fois ! Réhabilité…


Je ne regrette rien.


C’est l’occasion de le faire…

Oui, c’est l’occasion de le faire mais je prends mon pied à présent mais quelque part, j’ai toujours pris mon pied (Sourire) ! Je ne regrette rien. "Non, rien de rien, non, je ne regrette rien" (Rires) !
Mais bien sûr, ça aurait pu être différent…


Mais ça aurait été mieux ?

Je n’en sais rien : je serais probablement mort et pas là pour en parler. Je n’aurais pas eu mes enfants que j’adore, je n’aurais pas eu la vie que j’adore : "I love my life !" (Sourire) !


J’ai tout fait sur ma carte bleue !



Vie d’autant plus riche qu’à la fin des années 1980 tu as bossé pour le Midem et a côtoyé nombre de stars. En 1989, tu as même travaillé avec Jack Lang autour d’un projet sur la Révolution française et as aidé en parallèle des groupes français à percer à l’étranger.

Oui, c’est mon idée ! Je me souviens très bien à l’âge de 10 ans, j’étais sur ma batterie que je m’étais achetée en lavant des voitures, et ça sonne à la porte. C’étaient des amis américains de mes parents et l’Américain à la porte me regarde jouer et me dit : "C’est vachement bien mais oublie, les Anglais ne sauront jamais faire du swing comme les Américains !".
C’était en 1962 ou 1963, je me souviens toujours de ça et je me dis : "Fuck you !"… et derrière, c’est l’invasion britannique aux Etats-Unis. Et quand j’ai travaillé avec Ray Charles, je lui ai demandé ce que ça avait changé. Il m’a répondu que ça a permis de faire des concerts mixtes alors qu’ils ne faisaient que des concerts afro-américains.
C’est la même chose pour les groupes français, j’en avais marre d’entendre les Britanniques et Américains dire que les Français savent faire du vin mais ne savent pas vraiment jouer de la musique. Ils ne savaient pas de quoi ils parlaient quand on parle de Mano Negra, les Satellites, Pigalle, Niagara dans la pop… qui sont d’excellents groupes, Kassav’ dans le zouk… et j’en passe comme les Gipsy Kings dans leur genre, Mory Kante, Cheb Khaled… j’ai amené tous ces artistes là-bas. J’ai appelé Emmanuel Legrand qui était le rédac chef de Show Magazine de l’époque qui lui-même a appelé Bernard Batzen qui manageait Mano Negra et les Satellites et qui était le représentant du New Music Seminar à Paris.

Pour moi, le Midem c’était fini, le concept était vendu aux Anglais et Bernard Chevry qui avait créé le Midem estimait que comme il avait vendu aux Anglais et qu’en tant qu’Anglais, j’étais un traître. J’étais utilisé comme un pion dans les deux camps mais finalement sans boulot parce qu’après ça, rien…
Et je me vois regarder Télé Matin avec William Lemergie qui évoquait le bicentenaire de la Révolution Française : la France entière allait être nombriliste sans avoir besoin d’un rosbif même bilingue (Sourire) parce que ça allait être un évènement franco-français !
J’étais totalement déprimé mais je reçois dans ma boîte aux lettres une invitation pour les New Music Seminar qui se tenaient du 12 au 16 juillet et (Rires) en plein centre, il y avait le 14 juillet. Ca allait devenir ma cible : ça a commencé ainsi… Après ça, j’ai donc appelé Emmanuel Legrand et on a monté la chose avec Emmanuel et Bernard Batzen avec toutes les maisons de disques, le Ministère de la Culture, la SACEM, Spedidam, l’ADAMI, le FCM nouvellement fondé… C’était fascinant de monter une telle opération !

Ce qui était marrant, c’est qu’il était clair que tous ces gens étaient prêts à financer mais on ne savait pas quand ils allaient lâcher l’argent. J’ai tout fait sur ma carte bleue ! J’ai financé l’opération dans sa totalité que ce soient les vols de tous les groupes, tous les hôtels, les locations, les locations de backline, les taxis… J’ai pu tout financer sur ma carte bleue car j’avais un banquier sympathique (Sourire) !


Tu as eu un retour sur investissement ?

On a fait ça trois ans de suite et on a fini avec 35.000 personnes à Central Park : 35.000 personnes pour un concert français !


C’est une fierté ?

Oui, bien sûr ! Pour moi, c’est le retour de flamme et mon retour sur investissement ! J’avais la hargne contre tous ces connards qui disaient qu’il n’y avait pas de talent en France. Finalement, 35.000 personnes à Central Park : j’avais gagné le point ! "Fuck You ! That’s what France can do !".
8.000 personnes au Palladium à guichet fermé avec Kassav’, Mory Kante, Cheb Khaled, Niagara et Jean-Paul Gautier (Sourire) !
Les afro-Américains venaient me voir en larmes en me disant : "Putain, Lucas, la France, c’est génial ! Les Etats-Unis ne feraient jamais représenter leur pays avec des Africains ou des Mexicains…".


On a commencé par la question qu’on t’a trop souvent posée au contraire quelle est celle que tu souhaiterais que je te pose ou à laquelle tu adorerais répondre ?

C’est une bonne question ! C’est une super question !
Hum, c’est vraiment une très bonne question…  
Quelque part, c’est "What’s next ?". Sincèrement, toute ma vie, j’ai vécu dans "What’s next ?".


C’est effectivement ce que tu as répété dans cette interview à savoir que tu regardais toujours de l’avant…

Toujours ! Mais ce qui est marrant, c’est que je suis actuellement en plein dans mon livre que j’écris en français ! Il sera édité chez Les Arènes.


C’est un défi typique que j’aime me lancer mais ça s’appelle "se tirer une balle dans le pied" de rédiger deux bouquins pour le prix d’un !




Tu écris ton livre en français et il sera traduit par un fucking british…

Ce sera moi (Sourire) !
C’est un défi typique que j’aime me lancer mais ça s’appelle "se tirer une balle dans le pied" de rédiger deux bouquins pour le prix d’un (Rires) !


C’est donc la prochaine étape.

Oui, c’est mon obsession !


Ce ne sera pas un bouquin pour les âmes sensibles



Et quand est prévue la date de publication ?

Quand je l’aurai fini, à mon avis, en 2022.
Mais il y a encore du taf mais ce sera pas mal de Motörhead bien sûr mais vu de l’intérieur, de mon intérieur, pas une biographie comme Keith Richards ou Paul McCartney où c’est écrit de l’extérieur. J’ai un grand respect pour les journalistes mais je ne peux pas écrire comme un journaliste : je vis avec mes tripes…
Ce ne sera pas un bouquin pour les âmes sensibles : ce sera Sex c’est-à-dire que ça sera graphiquement décrit, je n’ignorerai pas ce passage en écrivant qu’il y avait quelques groupies… Non, non, non ! Ce sera du sexe avec tout le respect que j’ai pour les femmes : j’ai une merveilleuse sœur, une merveilleuse maman et je sortais avec des filles bien plus grandes que moi qui m’ont éduquées.
Drugs également en parlant comme dans "Las Vegas Parano", vécu de l’intérieur : dans quel état on est, qu’est-ce que ça te fait dans la tête…


Ce que tu as voulu évoquer dans cette interview…

Quelque part, oui !
Et Rock’n’Roll bien sûr ! Quel sentiment tu as quand tu es scène à l’Hammersmith Odeon avec Blue Öyster Cult. Le concert était un désastre complet : les fans ont adoré mais Blue Öyster Cult a détesté parce qu’ils ont saboté le concert. Cette même scène où j’avais vu les Beatles en 1964 mais également Chuck Berry… J’ai vu tous ces gens au Hammersmith Odeon et finalement, j’étais sur scène dans des conditions pourraves (Rires) !


Mais tu l’as fait…

Oui, je l’ai fait et c’était génial ! Et dix ans plus tard, on l’a refait pour le dixième anniversaire de Motörhead. On m’a filé une guitare (Rires) !


Si j’étais une autre personne, j’aurais pu me sentir insulté mais ce n’est pas mon genre : j’étais là et je me suis amusé !



Oui, nous avions connaissance de cette anecdote : une guitare alors que tu es batteur ?

Si j’étais une autre personne, j’aurais pu me sentir insulté mais ce n’est pas mon genre : j’étais là et je me suis amusé (Rires) ! Je me suis amusé à faire du Adrian Belew en passant mon médiator tout le long du manche (Rires) !





Et tu as un titre pour le livre ?

Non pas encore mais ça va venir mais tu auras la puanteur des squats, les speakeasys…  


Nous nous donnons donc rendez-vous en 2022 pour parler de ce livre…

Oh, avec plaisir parce que vous aime bien tous les deux, c’est bien ! Partie remise !


Merci beaucoup

My pleasure !


Merci à Noise pour sa contibution...


Plus d'informations sur http://www.imotorhead.com
 
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