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TITRE:

GALAAD (25 MARS 2021)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

ROCK PROGRESSIF



Galaad revient rapidement de sa contrée jurassienne pour inonder le monde de son rock fusionnel et spirituel. Music Waves a rencontré les chevaliers du rock prog alternatif à l'occasion de la sortie de "Paradis Posthumes".
CALGEPO - 09.04.2021 -
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Si Sartre a écrit "l'enfer, c'est les autres", Galaad quant à lui évoque les "Paradis Posthumes" que l'on peut trouver en chaque chose et en chaque instant tout en prônant la vaine haine de l'ennemi. Le groupe fait le point sur ce 4ème album qui renoue avec la fusion des genres. D'une orientation plus agressive, il n'en demeure pas moins plus spirituel et onirique que le précédent. Quand Ange rencontre Faith No More....  Music Waves fait le point avec PYT, Sébastien, Gianni et Gérard  qui nous en dévoilent plus sur ces "Paradis Posthumes".


On avait terminé la précédente interview par la question de savoir ce que vous attendiez de « Frat3r » et vous disiez qu’il puisse toucher un maximum de gens (les pionniers mais aussi un nouveau public) et qu’il puisse vous ouvrir la porte à des concerts, êtes-vous entièrement satisfaits de la réalisation de ses attentes ?

(Pyt) Entièrement ? Disons partiellement, car l’aventure n’est pas finie. Mais « Paradis Posthumes » pourra enfoncer le clou un peu plus.





"Paradis Posthumes" est venu très vite après "Frat3r", c’était une volonté pour vous de vite vous remettre au travail pour éviter peut-être l’écueil ou le risque d’une nouvelle longue parenthèse ?


(Pyt) Il n’y avait pas ce risque, nous étions au taquet pour poursuivre immédiatement la création et donner lieu à un nouvel album. L’envie de composer et de présenter des nouvelles œuvres était si forte qu’on a réussi le pari de tout faire en 20 mois.


Pourquoi mettre un "s" à posthume, n'y-a-t-il pas un seul paradis commun à toute les Religions ou Spiritualités ?


(Pyt) Universellement, certainement. Mais si tu regardes au plus près du texte, il est question de plusieurs paradis, personnels, sociaux, religieux. En deuxième sens, ces paradis posthumes pourraient être le nom de baptême d’une constellation, ou d’un lieu de repos, de transition pour l’âme. Les Paradis posthumes… peut-être l’enfance, des moments de la vie privilégiés, des lieux de mémoire, de souvenirs heureux à l’empreinte forte dans nos vies, c’est peut-être tout ça "Les Paradis Posthumes". Le discours dans notre civilisation actuelle parle aussi de la « mort » de Dieu. L’auteur de la Création toute entière aurait réalisé alors une œuvre posthume.


Le souvenir de Vae Victis a pesé fort.



La direction prise par ce nouvel album est plus rock, plus agressive et plus fusionnelle entre le néo prog et le rock alternatif, qu’est-ce qui explique cette orientation alors de "Frat3er" était semble-t-il plus ancré dans des racines néo progressives plus « classiques » ?

(Pyt) Nous avons cherché l’amalgame entre plusieurs styles, genres, recettes musicales, comme d’habitude. Le souvenir de Vae Victis a pesé fort. Peut-être que les "Paradis posthumes" sont finalement une sorte de synthèse du contenu des deux albums précédents, en fusion. Peut-être…


Dans la précédente interview il était dit que Sébastien avait soulevé l’idée d’un épic géant pour le prochain album, Il y a beaucoup de longs titres sur cet album mais pas de long épique de 20 minutes par exemple. Cette idée a-t-elle été complètement abandonnée ou bien "Paradis Posthumes" dans son ensemble peut être vu comme étant cet épic géant ?


(Seb) L’écriture musicale est un processus un peu hasardeux et les titres se développent au fil des inspirations. C’est l’inspiration qui dicte en quelque sorte la durée des titres, et la longueur ne peut être à elle seule un critère de satisfaction. Ceci dit j’aime bien, dans le cas de "PP", l’idée que c’est la somme des titres qui constitue la fresque musicale.



La religion est paradoxe, c’est un élément somme toute personnel, qui à la fois permet de s’inscrire dans la collectivité et le plus grand que soi.


L’album semble avoir pour point central la Religion, pourquoi traiter d’une telle thématique toujours sensible et souvent détournée de son sens premier par certains adorateurs et avez-vous un rapport particulier avec elle ?


(Pyt) La religion est paradoxe, c’est un élément somme toute personnel, qui à la fois permet de s’inscrire dans la collectivité et le plus grand que soi. Je ne parle pas alors de dogmes, de dérives, de fanatismes et d’idiotie métaphysique la concernant, mais de la religion plus simple et plus illustrée de mon enfance, cette part de foi qui dès l’enfance devient une clé de transformation, de changement. La foi dans Galaad a un grand rôle. C’est en croyant en nous-mêmes avec détermination que nous sommes parvenus à nos réalisations. Et à leur (relatif) succès. Les paroles de Galaad, avec un pied dans l’art poétique, ont souvent eu une coloration mystique. Je sais que c’est à la mode de sortir de l’église, normal de décrier certains méfaits des clergés, cependant que je conserve cette foi en moi-même, laquelle apprécie aussi de réconcilier par exemple christianisme et bouddhisme.  Sans faire dans le zapping new age, garder le meilleur de ce qui nous parle et nous inspire en religion.






Dans cette thématique, vous suggérez que la haine de l’ennemi n’est pas la solution et qu’il faut aimer son ennemi - Matthieu 5.43 - (‘Ton Ennemi’) ce qui va l’encontre de la nature humaine, c’est un message que vous voulez faire passer notamment dans le constat qu’aujourd’hui les débats de plus en plus clivants et les opinions tranchées notamment sur les réseaux sociaux qui sont destructeurs (suicides d’enfants…) ?

(Pyt) Non, je veux dire que la haine de l’ennemi est une perte de temps et d’énergie. Le réel et plus puissant adversaire, c’est souvent le désamour de soi. A mon avis, le diable ressemble plutôt à une mise à mort de l’amour au nom du sens personnel, même si ce mythe-là, celui du diable, est plus vaste et ne s’arrête pas à ça.


Vous semblez dénoncer avec force la montée des extrêmes partout dans le monde, c’est important de témoigner votre implication dans cette alerte et de participer à la prise de conscience du risque d’un nationalisme qui grimpe, surtout avec la crise que l’on est en train de subir qui exacerbe les relents nationalistes ?

(Pyt) Les nouvelles formes d’opinions politiques reprennent le refrain facho mais en plus dilué, en plus nuancé. C’est pernicieux. Et on a beau balancer l’encyclopédie universelle à la tronche des gens, il y a encore une ignorance sur le danger des mécanismes politiques extrêmes. Ces gens sont persuadés que leur fierté est bien fondée, alors qu’elle se base sur une unité de corps illusoire dans les familles, groupes, et les nations. Perso, j’aime bien la Suisse, je la trouve belle, variée, mais le discours de la droite dure ici me fait l’effet inverse. Surtout quand les mêmes se reposent sur des valeurs évangéliques. Où se trouve la mansuétude envers nos semblables souffrants, l’ouverture altruiste au monde. En 2021, c’est effarant de voir ces Trump, Bolsonaro, Salvini et autres faire leur pain avec des idéologies aussi nazes.


Chez chaque artiste, je pense qu’il y a une tension entre une perception égoïste et narcissique, et un désir réel de communion


On se souvient que dans les années 80 et 90 les artistes pouvaient se mobiliser pour des grandes causes (Live Aids…) or aujourd’hui tout ceci a disparu et ils semblent moins enclins à s’engager, plus frileux à faire part de leurs sentiments dans leurs œuvres, comment expliquez-vous cela et pensez-vous que c’est aussi aux artistes de se sentir engagés et de participer à une prise de conscience en adressant des messages à leurs fans ?


(Pyt) On en est là aujourd’hui, les grands bastringues ne sont plus à la mode. Chacun niche dans son coin. La musique que le peuple réclame s’appauvrit, se simplifie pour toucher le plus de gens possible. S’engager, c’est parfois risquer d’être un bouc émissaire. Chez chaque artiste, je pense qu’il y a une tension entre une perception égoïste et narcissique, et un désir réel de communion. Galaad est surtout engagé dans sa création, plutôt que dans les grands mouvements sociaux actuels. Mais faire part de ses sentiments, balancer quelques visions, quelques messages, nous savons le faire. Cela fait partie du cahier des charges de l’artiste, il me semble. J’essaie simplement, à travers ces messages, de ne pas donner de crédit à des pensées toutes faites, de ne pas être moralisateur. Cela dit, nous venons de réaliser une version clip du titre « Justice » (de l’album « Frat3r ») avec plus d’une vingtaine de chanteurs jurassiens engagés, ceci en vue de la votation qui devra dire si Moutier, la ville de cœur de Galaad optera pour le OUI au Jura. Je suis bouleversé par ce que nous avons réalisé, le talent, la présence de ces artistes qui ont chanté notre titre avec un cœur – et des chœurs, d’ailleurs – incroyable !






‘Jour Sidéral’ est peut-être le morceau que l’on peut ressentir comme le plus émotionnel de l’album, qui parle sauf erreur, de la relation avec le Père et son absence qui, malgré elle, nous pousse à avancer dans la vie. Musicalement il varie avec une très belle introduction au piano pour se densifier ensuite jusqu’à l’explosion finale. Peut-on le voir comme un de vos titres les plus cathartiques au même titre que ‘Sablière’ pouvait l’être dans "Premier Février" ?

(Pyt) Un exutoire, oui. C’est vrai, je trouve aussi qu’il y a une parallèle avec ‘Sablière’. Un texte assez direct, réaliste, sans métaphores excessives pour dire l’amour du Père, le manque, le désir, l’envie, pour dire, saluer tout ce que mes parents, et mon père, qui est parti en 2006, m’ont donné de bon. C’est un texte personnel, pas très représentatif de l’effort de guerre Galaad. Aussi je remercie mes coreligionnaires de l’avoir accepté comme tel, et apprécié. Un grand moment d’émotion pour moi à chaque jeu.


Plus encore sur cet album, on sent vraiment que vous êtes allés plus loin dans la cohésion où chacun pris individuellement s’est fondu complètement dans le groupe, avez-vous conscience de cela notamment dans votre méthode de composition et de travail ?


(Gianni) Pour moi c'est un but de trouver un son commun et non des individualités qui se distinguent, on a encore de la marge
à bien faire évoluer notre son.


Des chansons plus « simples », certes, mais il faut garder à l’esprit les recettes musicales millénaires…avant de croire révolutionner la musique !


"Paradis Posthumes" contient également des titres plus immédiats comme ‘Divine’ et ‘Moments’, de quelle manière concevez-vous ces titres qui sont autant de portes d’entrée dans un univers plus dense ?


(Pyt) Il fallait un peu de respiration, de calme au milieu de ces tempêtes sonores. Des chansons plus « simples », certes, mais il faut garder à l’esprit les recettes musicales millénaires… avant de croire révolutionner la musique !



Par sa couleur globale, la rythmique est plus mise en avant, cela vous a demandé un travail particulier et êtes-vous conscients du défi notamment physique que cela représentera en live où vous finissez épuisés souvent ?


(Gianni) la musique d'aujourd'hui implique une rythmique très présente, par contre on ne réfléchit pas vraiment aux conséquences en live et c'est vrai vu notre grand âge on devrait y penser (rires)


(Gérard) Une pensée toute particulière pour Laurent et Pierre-Yves
qui ont le job le plus physique en live. Y’avait qu’à choisir le bon instrument, bon sang ! Après, la tendinite est le plus craindre que la déshydratation. Dave, notre roadie et homme à tout faire, s’assure qu’on s’hydrate tous bien en boissons maltées, avant, pendant et après les concerts.


Dans notre précédente interview, Sébastien nous avait dit que le temps du rock et du prog touche à sa fin. Pourtant la scène française (surtout en metal prog) voire internationale est toujours très vivace, pourquoi une telle pensée ?


(Seb) Une étude faite entre 2016 et 2020 sur les genres musicaux écoutés sur les plateformes de streaming annonce le podium suivant : 69% des écoutes pour le Hip Hop, 17% pour la musique pop, 8.8% pour l’électro et 1.3 pour le rock. Ce qui n’empêche pas l’existence de scènes musicales rock riches et appréciées.


(Gérard) Il dit la même chose pour la fin de la neige en hiver.






Vous êtes désormais bien lancés après deux albums en peu de temps, n’avez-vous pas peur que la pandémie qui nous touche ne vous coupe dans votre élan ?


(Gérard) J’ai plus peur pour l’avenir des clubs et salles de concert à l’heure du bilan de cette pandémie. Si 2021 venait à être déclarée année morte pour la culture, je pense qu’on embrayera sur…un 5ème album ?



L’album a été composé sauf erreur rapidement après la tournée pour "Frat3r", est ce que la situation actuelle vous a emmené à modifier ou compléter ses compositions ?


(Gianni) La situation actuelle nous a surtout permis de mettre toute notre énergie dans la composition et non de devoir jongler entre les lives et le studio, pour cela c'était plus agréable,
en tenant compte aussi que nous avons tous une vie professionnelle et une famille à côté


Quel est votre sentiment à l’occasion de la sortie de ce nouvel album, on sent que vous prenez plus de plaisir qu’il y a 25 ans ?


(Gianni) Très satisfait, il est un travail de groupe, nous sommes conscients qu'il faut aussi apprécier ces moments quand ils se présentent   



Avec cette période arrivez-vous à vous projeter pour des futurs live ?


(Gianni) A l'instant c'est difficile de se projeter mais on y croit fort.


(Gérard) Les concerts du printemps ont déjà reporté à…une date ultérieure. On garde l’espoir que les dates pour cette automne (notamment un retour sur Paris en septembre) puissent être maintenues et que les contraintes en salle ne soient pas trop lourdes.



On vous laisse une nouvelle fois le dernier mot pour nos lecteurs.


(Gianni) Continuez à être curieux, restez à l'écoute de Galaad et j'espère que notre univers musical vous apporte un peu d'évasion en cette période.


(Gérard) On se donne rendez-vous cet automne ! Portez-vous bien d’ici là.



Plus d'informations sur http://www.galaad-music.ch
 
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