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TITRE:

STERPI (16 MAI 2021)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

ROCK



Music Waves a de nouveau retrouvé Sterpi 2 ans après "Outlaws Solution For A Better World". Une interview où il sera question de rock progressif, de Santana et de nouveaux projets.
ADRIANSTORK - 02.06.2021 -
3 photo(s) - (1) commentaire(s)

Sixième album de Sterpi qui s'intitule "Number 6" et qui contient 6 titres ! Il est difficile de croire que Sterpi n'ait pas invoqué le nombre à trois chiffres préféré du Prince de ce Monde pour obtenir une cadence artistique aussi phénoménale. Un an après "Outlaws Solution For A Better World", le guitariste est déjà de retour et sans totalement tourner le dos au rock progressif, nous propose un album rock assez inspiré.


C'est la quatrième fois que nous nous croisons, ce qui veut dire que nous avons chroniqué ou allons chroniquer 4 albums (il nous manque donc 'Que Du Bonheur Groove' et 'Ce Monde'). A titre personnel, ça m'a fait plaisir d'avoir couvert presque intégralement cette aventure (qui est loin d'être finie) sur Music Waves.  D'avoir régulièrement de tes nouvelles, c'est comme lorsqu'on reçoit une carte postale d'un ami un peu éloigné ou une boîte de chocolats de Forrest Gump (voir la précédente interview). Depuis "Return To My Dreams", tu as sorti 3 albums en 3 ans, qu'est-ce qui explique cette cadence infernale et prolifique?

C’est toujours un plaisir pour moi quand vous acceptez de chroniquer un de mes albums !  Sans vouloir cirer les pompes,  je trouve génial que vous chroniquiez des groupes ultra-connus mais également des artistes peu connus comme moi. Partager sa passion avec d’autres passionnés, c’est top !  Et puis, on voit que vous bossez et maîtrisez le sujet !  Sinon, pour répondre à ta question sur ma « cadence infernale » ça vient simplement du fait que je me suis équipé pour pouvoir produire mes albums dans mon home-studio de A à Z… J’ai mis du temps à me mettre à la MAO, mais après '' Return To My Dreams'', mon ami Aymeric Artus (ingé-son de ''Bonheur en Stock'' et ''Return To My Dreams'') m’a énormément aidé à me servir des « nouvelles technologies ». Du coup, dès que j’ai une idée je l’enregistre ! J’adore mixer, bidouiller, chercher des sons et des façons originales de les utiliser. Je suis un peu comme un « savant fou » dans son labo et c’est un kiff énorme !   


N'as-tu pas envisagé un jour de faire comme tes collègues Laurent Voulzy et Michel Polnareff (enregistrer des albums en prenant bien ton temps) pour faire saliver les fans? Pourquoi à l'instar de Jean-Louis Murat, es-tu si généreux?


Ha ! Ha ! Là tu me parles d’artistes déjà bien « installés » au niveau (inter)national… Je n’ai pas un niveau de notoriété qui me permet de me faire oublier. Aujourd’hui, tout va très vite et, sans vouloir adopter une politique de matraquage, je pense qu’un artiste doit proposer de la nouveauté à son noyau de fans « sous peine de choir dans un oubli complet » comme chantait Brassens dans « Les trompettes de la renommée ».  En vrai, ça m’arrange vu que je suis en général assez pressé de faire découvrir mes nouveaux trucs. 


Comment as-tu défendu le dernier album malgré ce-que-nous-ne-devons-pas-nommer? Quels ont été les retours des fans sur cet album purement progressif? 

J’en ai principalement fait la promotion sur Internet et les réseaux sociaux. Je n’ai eu que 4 ou 5 concerts dans des lieux de petite capacité après la sortie de ''Outlaws…'' pour le promouvoir. Cela dit, il n’est sorti qu’en très peu d’exemplaires sous forme de pack USB, et puis sur les plate-formes, bien entendu.  J’ai reçu de très bons échos de cet album, même si le morceau-titre semble un peu trop alambiqué pour le public en concert, des titres comme 'Voices in The Night'' ou 'Rebel Girl' accrochent bien. 


Dans l'album précédent, tu avais des solutions pour changer le monde, malheureusement il est arrivé ce qui est arrivé. Malgré tout restes-tu optimiste?

Bon sang ! J’aurais tellement aimé changer le monde sur ce coup-là ! (rires) Mais oui, je reste optimiste. J’ose espérer que celles et ceux qui s’accrochent tiendront le choc et redémarreront avec une énergie décuplée une fois que « ce-que-nous-ne-devons-pas-nommer » sera derrière nous ou, en tout cas, devenu un bruit de fond. 


Tu nous avais dit que tu ferais un album mi-rock, mi-electro, on s'imaginait déjà entendre du Gary Numan mélangé à Santana mais finalement, nouvelle surprise, tu changes à nouveau de cap. Cher Chris Sterpi, pourquoi êtes-vous si imprévisible?


(Rires) Je n’ai pas l’impression de le faire consciemment, mais j’avoue qu’en musique, comme dans la vie d’ailleurs, ça m’ennuie quand ça devient trop prévisible. Même si j’ai besoin de rituels et d’habitudes, j’aime être (agréablement) surpris et surprendre. 


Cet album est tout d'abord sobrement intitulé "6ème album". Est-ce que tu serais devenu partisan de la doctrine "trop d'informations c'est tuer la magie"?

Tu n’es pas loin de la vérité (sourire) ! Je m’aperçois avec le temps, qu’en toute chose, il faut aller à l’essentiel. En musique j’ai désormais plus tendance à enlever des pistes qu’à en rajouter. Pour ''Number 6'' tout a été très vite, j’ai privilégié le ressenti par rapport à la « perfection » (de toute manière inaccessible). J’ai quasiment tout produit durant le premier confinement et, je ne sais pas pourquoi, mais c’est venu tout seul !   





Blague à part, en nommant ainsi cet album, était-ce une façon d'officialiser voire de fortifier une discographie officielle face à tes nombreux side projects (Conscience Tranquille)?

Oui, il y a un peu de ça. Je voulais que ça soit (pour une fois) concis, alors 6 titres m’ont paru suffire. Du coup : 6 titres, 6ème album… Je n’ai pas chercher le titre bien longtemps ! De plus, j’ai été fan d’une série des 70’s « Le Prisonnier » dans laquelle le héros (Patrick Mac Gohan) est prisonnier d’un village totalement contrôlé, avec une espèce de violence cachée derrière des propos doucereux… Le héros se nommait « numéro 6 ». Cette période de 2020 m’a un peu rappelé cette ambiance. 


Avec cet album qui met en avant la guitare, on retrouve un format plus proche des chansons pop-rock, était-ce une façon d'annoncer que tu as fait le tour du rock progressif?

Ho ! Non,  je crois qu’on a jamais fait le tour du Rock Progressif, on peut s’y permettre tellement de choses…  C’est juste que cette fois-ci, je voulais faire « plus simple ». J’ai composé les 6 titres à la guitare acoustique (habituellement je le fais aux claviers ou à l’électrique) ce qui m’a donné d’autres idées.  J’ai quand même voulu garder des structures rock et progressives pour ne pas tomber dans le traditionnel « couplet-refrain-couplet-refrain… ». Et puis je me suis amusé en sound-design pour saupoudrer le tout avec des (petites) pointes d’Electro. 


Pourrait-on dire que cet album prend plutôt la succession boostée de "Bonheur En Stock"?

De mon point de vue, non. Sur "Bonheur en Stock" j’ai vraiment essayé plein de trucs (trop de trucs ?) et j’avais la Funk comme ligne de conduite. C’était plus proche de la Chanson Française par moments, tandis que sur ''Number 6'' c’est vraiment le Rock anglais et américain qui m’ont guidé. Et puis ''Que Du Bonheur'' était un groupe, Nathalie Saprani, Matthieu Hue et Joslin Gaudinot apportaient leurs vibes.  Depuis ''Return To My Dreams'' je travaille en solo. Je vous rassure, ça s’est fait d’un commun accord, il n’y avait aucun problème d’égo, de drogue ou de sexe (rires) mais plutôt de temps et de distance kilométrique.  Du coup, c’est moi qui joue tous les instruments, ce qui donne évidemment un autre ressenti. Dans mes projets solos, présents et à venir j’ai vraiment changé d’optique. La Funk c’est cool pour porter des textes en français, mais au fond de moi, c’est vraiment la création musicale et l’évasion qu’elle suscite que j’aime ressentir. L’anglais est parfait pour ça et donc je ne conçois pas ma musique de la même manière qu’avec ''Que Du Bonheur''. Aujourd’hui c’est moins terre-à-terre et ça relève plus du domaine de l’imaginaire et de l’évasion. 


C’est vraiment la création musicale et l’évasion qu’elle suscite que j’aime ressentir.


Après un gong, l'album démarre par des arpèges lumineux de guitare acoustique. On se sent tout de suite transporté dans de nouvelles aventures en ta compagnie. Cette introduction ne pouvait pas n'être qu'une coïncidence, il y avait vraiment cette envie de nous tendre la main?

Effectivement la chanson 'The Fire, The Storm And The Rain' s’est imposée comme une évidence pour introduire l’album. Le gong et les accords de départ mettent une tension qui annonce « quelque chose » et c’est exactement ce que je voulais. 


On note toutefois les vrombissements de la guitare électrique qui finissent par alourdir (pas dans un sens péjoratif) le propos. 'The Fire, The Storm And The Rain' voire l'album en intégralité, serait-ce un combat électricité vs acoustique (dont l'issue n'est jamais claire)? Peut-on dire que l'échappée en solitaire acoustique finale résulte de l'action de la guitare éléctrique, en somme la lourdeur est nécessaire pour retrouver la légèreté?


Je ne dirais pas que c’est un combat, mais au contraire une synergie. L’acoustique c’est la mer calme et l’électrique la mer déchaînée : les deux facettes d’un même élément. L’alternance des guitares (ou superposition) peu effectivement traduire ce genre de nuances. 


Les paroles y sont plutôt rachitiques (le titre est répété plusieurs fois d'une voix un peu en retrait), en raison d'une compression de budget, n'y avait-il plus que trois éléments disponibles (feu, tempête, pluie)? Quelle symbolique ont-ils pour cette chanson?

(rires) Dans ce cas, les paroles ne revendiquent rien mais ont plus un rôle « symbolique » comme tu le dis très bien. Le morceau se décompose en trois parties et chacune d’elle est censée représenter ces trois éléments… Il manque, en effet la Terre pour que le rituel magique fonctionne, mais je n’avais plus d’encre dans mon stylo ! (rire) Dans la magie chinoise on compte aussi le bois dans les « Elémentaires » ce qui aurait fait un morceau en 5 parties… mais non, 3 je trouvais que c’était bien.  « The Fire, The Storm, The Rain, The Earth and The Wood » ça faisait un peu long sur une mesure en 6/8 ! (sourire)


'We Don't Have To Pay' se rapproche le plus du projet que tu avais esquissé électro-rock avec ses touches discrètes electro (qui rappellent aussi les claviers joués par Peter Townshend sur "Who's Next"). Est-ce un avant-goût de ce qui nous attendra?


Peut-être bien, car j’aime particulièrement ce morceau.  Au départ je n’avais que le riff de basse/guitare acoustique et en faisant des essais à la guitare électrique j’ai trouvé le riff limite hard rock qui paraissait farfelu mélangé au reste et puis finalement, en affinant j’ai trouvé des ajustements… c’est pour ça que je kiffe ce morceau, parce que je sais comment je l’ai construit… évidemment, pour l’auditeur qui prend le résultat, ça ne tombe pas sous le sens. 


Avec son solo de guitare rageur et son titre, est-ce que toute allusion à la réalité serait fortuit sur 'We Don't Have To Pay'?

Tout à fait fortuit, bien sûr ! (rires)





En général, écouter un album de Chris Sterpi permet de rencontrer quelques voix féminines, mais depuis 'Return To My Dreams', on les sent un peu en retrait (on peut en entendre dans les chœurs de 'We Don't Have To Pay')? Est-ce que c'était prévu au départ ou est-ce dû aux circonstances malheureuses qui nous affectent tous?

Comme je te le disais, pour des raisons logistiques, je bosse principalement en solo désormais (même si une collaboration épisodique n’est pas exclue), et donc je dois t’avouer que les chœurs féminins que tu entends, c’est moi ! Alors effectivement, vu que c’est de la voix de tête ils sont discrets, juste pour souligner la voix principale. Et malheureusement, les circonstances actuelles ne facilitent effectivement pas les collaborations.  Ceci-dit, j’ai tout de même mis sur pied quelques titres avec un ami guitariste de Flamenco-Jazz dans lequel le mot d’ordre est « moderne ».  On espère promouvoir les singles cet été ! Il s’appelle Kader Fahem et il est fabuleux (d’ailleurs en featuring sur 'Un jour… One Day' de l’album ''Bonheur en Stock'').   


'She's A Hero' semble être le morceau de choix de l'album, solo pluvieux de guitare et voix chaleureuse. Qui se cache derrière le “She”, une idée générale de la femme ou une femme de métier ou une personne bien particulière?

Une personne bien particulière à la base, Alex ma compagne qui est auxiliaire de vie et qui prend son travail à cœur même dans la période qu’on connaît ; elle faisait partie de ces personnes qu’on a applaudies à nos fenêtres durant des semaines. Et puis elle m’a suggéré d’étendre l’hommage à toutes les « héroïnes » de métier. 


Avec 'A Few Weeks To Save The World', est-ce que le Fantomas qui est en toi mettrait ses menaces à exécution?

Ha ha ! Non, c’est simplement un chanson sur le paradoxe de changer le monde en ne faisant « rien » ; il paraît que les confinements servent à ça… Non ? (Ha bon !)


Ce morceau est quelque peu insaisissable, on a l'impression d'entendre de nombreuses influences mais à la fin c'est du Chris Sterpi pur jus. Comment réalises-tu cette alchimie?

Alors là, je n’en n’ai aucune idée. Je l’ai fait comme je le sentais (sourire), ça me fait plaisir que tu me dises ça !


'Take A Breath' est également un grand moment de l'album, on a l'impression que tu sais te jouer des rythmes, que tu les accélères à ta guise et que tu vas tout droit là où tu veux aller, c'est peut-être le morceau le plus proche du prog du précédent album. Comme ton album préféré d'Uriah Heep, peut-on dire que 'Take A Breath' est sous influence du magicien?

C’est vrai qu’on entend souvent ce mélange de guitare acoustique et électrique (avec de l’orgue Hammond) chez Uriah Heep mais l’influence n’est pas volontaire… quoique, maintenant que tu me le dis… Mais bon, j’ai utilisé la pedal whammy-octaver pour le solo final et ça c’est plutôt un truc de Papy Gilmour ! Ou encore Joe Satriani ou Steve Vai, je n’ai pas souvenir d’avoir déjà entendu Mick Box l’utiliser.  A propos de Mick Box et Uriah Heep, j’en profite pour partager un souvenir inoubliable : j’ai eu l’occasion de les interviewer, en Allemagne il y a quelques années, dans le cadre d’une émission que j’anime sur une radio locale (Radio Aria). J’en avais profité pour poser à Mick Box une question qui m’avait toujours taraudé : « Comment vous est venu le solo démentiel de la chanson 'The Magician’s Birthday' ? » il m’a simplement répondu qu’ils avaient bu quelques bières et que Lee Kerslake est parti sur un rythme à la batterie, ils ont jammé et ça a donné ça… avec toutes les synchronisations entre la batterie et la guitare ! De l’impro ! Ces mecs sont incroyables !  Pour en revenir à 'Take A Breath For Your Soul', je le situerais entre la vague grunge des 90’s et Jimi Hendrix… C’est un peu comme ça que je l’ai ressenti. 


On y entend surtout cette voix où passe une myriade de sentiments, rage, désespoir, déception, solitude. Comment se prépare-t-on pour ce marathon émotionnel vocal?

Hé bien, je chante encore et encore en enregistrant chaque prise puis ensuite je pioche dans les meilleures pour créer une ligne définitive que je re-chante si besoin est. Il me faut parfois des jours et une multitude d’essais de placements différents pour trouver une ligne de chant qui me convienne… et plus rarement ça vient d’un trait ! 





Plus que sur tous tes autres albums, on ressent l'influence de Carlos Santana sur ton jeu de guitare (tu as dû te fâcher avec David Gilmour). Peux-tu nous parler de ta découverte de ce musicien et ce qu'il représente pour toi. Egalement pour nos lecteurs néophytes, ton album préféré pour appréhender son œuvre?


Alors là ! Si tu me lances sur Santana, j’en ai pour des heures ! Mais je vais essayer d’être concis : il est juste unique.  Bon, je développe un peu car je sais qu’il n’a pas que des fans. En fait, je suis tombé dedans quand j’étais petit. Mon père avait deux albums de Santana en vinyle et cassettes (''Abraxas'' et ''Moonflower''), je les ai gardés quand mes parents se sont séparés et je les ai beaucoup écoutés. La guitare et la batterie trouvaient vraiment un écho dans mon âme de petit gamin, sans pour autant que je m’imagine apprendre sérieusement la musique ; à cette époque j’aimais juste l’écouter.  Et puis ado, à l’internat j’ai rencontré des potes qui aimaient aussi Santana (et Dire Straits !) comme moi. Sauf qu’à l’époque Santana était « au creux de la vague » et je trouvais cool de me démarquer en écoutant une musique que peu de gars de mon âge connaissaient. Il devait y avoir aussi le côté affectif : ça me rappelait mon père…  Toujours est-il que quand j’ai commencé à faire de la musique (à la même époque) je cherchais à jouer comme Santana qui, au fur et à mesure que je découvrais son répertoire et sa personnalité, est devenu pour moi comme un « père spirituel ». Je l’ai écouté des milliers d’heures et j’ai souvent besoin d’en écouter pour mon bien-être ; sa musique est tellement positive et éloquente... Si j’avais trois albums de Santana à conseiller ça serait ''Abraxas'', ''Borboletta'', ''Milagro'' et en quatrième ''Moonflower'' qui contient des versions live démentielles ! Mais je connais tout son répertoire même ses collaborations les plus « honteuses » (rire).  


Je cherchais à jouer comme Santana qui, au fur et à mesure que je découvrais son répertoire et sa personnalité, est devenu pour moi comme un  père spirituel.


On te dit très bon guitariste mais on oublie souvent de louer les qualités de ta voix (en particulier 'Take A Breath For Your Soul'). Est-ce que celle-ci n'aura toutefois jamais l'avantage sur la guitare?

 Eh bien il se trouve que sur le prochain album (déjà bien avancé), il y a plus de place pour la voix, je suis justement en train de les enregistrer… Evidemment, la guitare tient toujours un rôle dominant mais davantage sur le plan rythmique que solo. Et voilà donc ce fameux album aux consonances electro ! Il devrait sortir d’ici la fin de l’année.  J’espère pouvoir encore surprendre, dans le bon sens, ma fan-base et l’équipe de Music Waves sur ce coup là !  


A l'heure de la mondialisation, le Sterpi nouveau chante exclusivement en anglais. Est-ce que le Sterpi ancien de "Bonheur En Stock" te menace parfois de reprendre sa place?

En vrai, je ne sais pas. Pour le moment je n’ai rien à déclarer en français. Ecrire et chanter dans notre langue implique une autre conception de la musique, avec l’anglais la voix devient un instrument et on peut évoquer des sujets de façon plus symbolique. En français, le texte prime et j’ai plutôt envie de me concentrer sur la musique.  Cela dit, rien n’est impossible. L’inspiration est tellement cyclique ! 


Toute musique doit secréter en elle une invitation au voyage. A l'écoute de 'Another Day' qu'on croirait une adaptation d'un air brésilien de bossa nova joué par Santana ou Steve Howe, en somme un musicien devrait être un excellent guide touristique, es-tu d'accord? 

Oui, j’adore la comparaison. Et j’adore la Bossa Nova ! Mais je ne l’avais pas vu comme ça…  Maintenant que tu me le dis… Il y a effectivement des suites harmoniques qui rappellent ce style. Mais comme souvent, c’est un morceau à rebondissements ; Comme la musique n’a pas de frontière, je me permets d’y mélanger tout ce que j’aime. 





Henri Vernes (102 ans), le père de Bob Morane et Bill Balantine a dit que les meilleurs voyages étaient ceux que l'on faisait dans sa tête. Est-ce que l'on pourrait ajouter, ceux que l'on fait entre nos deux oreilles et est-ce ton cas?

Ha oui, carrément !  Quand j’étais ado je voyageais en écoutant mon Walkman qui ne me quittait jamais. A chaque fois que j’enfilais le casque c’était le début d’un voyage… J’ai aussi passé des milliers d’heures, la tête bien centrée entre les deux enceintes de ma chaîne hi-fi, à écouter les albums de mes groupes favoris. Je le fais moins maintenant mais ça m’a beaucoup appris. Et c’est vraiment une facette importante de la musique d’après moi. Evidemment, selon le style, elle peut être stimulante, angoissante, émouvante ou relaxante mais c’est toujours un voyage imaginaire. 


Ce morceau conclut d'ailleurs un album mouvementé presque éprouvant (dans le bon sens du terme) sur une note de fraîcheur et d'optimisme. Mais tu ne peux finalement pas t'empêcher d'y ajouter un nouveau solo dévastateur avec quelques relents funk. La guitare qui te démange peut-être?


Ha ! ha ! Ce sont les rebondissements dont je te parlais plus tôt. Les morceaux trop linéaires ont tendance à me lasser alors j’aime bien ajouter des tiroirs… C’est mon côté prog. Quand je compose un morceau avec seulement deux ou trois parties distinctes,  certains y arrivent très bien, j’ai un sentiment d’inachevé. Je n’ajoute pas juste pour « ajouter » tu vois, mais pour aller au bout de mon idée. C’est comme ça que je fonctionne.  


Cet album a une durée de 28 minutes (6 titres), d'habitude toi qui est plus prolifique pourquoi as-tu raccourci ? Blague à part, j'espère que ce n'était pas parce que j'avais dit que "Return To My Dreams" était un peu long ?

Toute critique objective est bonne à analyser. Avec le recul, je concevrais ''Return To My Dreams'' un peu différemment aujourd’hui… j’ai quelques (petits) regrets sur cet album que je n’ai pas sur ''Number 6''. Il se pourrait que j’offre un dépoussiérage à RTMD un de ces jours… Mais, oui, je voulais montrer avec ce sixième album que je peux aussi être concis. C’est un exercice qui me plaît bien.  


Finalement on sent presque qu'avec le dernier morceau, tu n'as pas envie de tout lâcher et que tu aurais eu envie de continuer ton chemin, est-ce vrai ?

Oui, ça annonce que le voyage continu !  


Toi qui avais repris 'Lipstick Polychrome' sur "Bonheur En Stock", tu avais dit que tu avais connu personnellement Daniel Balavoine et que celui-ci avait été un mentor pour toi? Nous savons que la rencontre s'est passé à Meaux où tu es monté sur scène avec lui mais qu'est-ce qu'il t'a appris?

Quand j’étais gamin, je n’analysais pas la musique, je la ressentais et ça me plaisait ou pas. Pour Daniel Balavoine, il y a eu aussi l’amour du personnage. Humainement c’était un gars vraiment sincère avec un parler vrai qui a été une forme d’exemple pour moi. Je l’ai un peu renié quand j’étais ado pour y revenir à l’âge adulte. Là je me suis rendu compte qu’en fait, Daniel Balavoine était assez progressif dans sa façon de composer. Il a rarement utilisé 4 accords bateaux dans ses chansons, les structures harmoniques évoluent en suivant une mélodie parfois polytonale. J’ai réalisé qu’on pouvait composer de la musique « populaire » tout en offrant une vraie recherche. Il n’y a qu’à écouter son album ''Les Aventures de Simon et Gunther'' pour entendre à quel point il savait être prog (mais en français !). C’est d’ailleurs le premier album concept que j’ai écouté. 


On a souvent évoqué le cas de l'album-concept "Joe's Garage" de Frank Zappa en particulier du dernier disque où le personnage de Joe au plus profond de sa prison imagine des soli de guitare (c'est là qu'on trouve le fameux 'Music Is The Best'). As-tu pu écouter cet album, est-ce qu'il y aurait quelque chose à prendre, par exemple est-ce que le Sterpi nouveau cru pourrait être un album-concept avec un personnage de guitariste (toi qui écris des nouvelles et qui avait caressé un temps cette idée de faire un album-concept avec des personnages)?

Sur tes conseils, j’ai enfin découvert cet album. Il est tout à fait particulier ! (Comme beaucoup d’albums du mec, d’ailleurs !). L’idée est complètement séduisante… Je pourrais faire ce genre de truc à ma sauce et il est fort probable que ça ne ressemblerait pas du tout à ''Joe’s Garage''. Plus que guitariste, Zappa était un grand arrangeur et utilisait un tas d’instruments ; pour ma part je laisse toujours le rôle principal à la guitare, mais je ne désespère pas de lui faire cracher des nouveaux sons venus d’ailleurs sur le prochain album ! Qui sera d’ailleurs un album-concept. Ça va tourner autour du côté virtuel des relations humaines d’aujourd’hui. Je compte le titrer ''Algorithmic-Love''. Ce côté « sentiments et relations gérés par les robots et l’Intelligence Artificielle » va venir justifier le côté electro des arrangements. Donc, album concept il y aura ! Mais pas à travers des personnages, c’est une idée à creuser !  Petite parenthèse en passant : sur 'Music is The Best' on entend bien l’influence de Santana sur le son de guitare, je crois savoir que Zappa adorait Santana et était fasciné par le sustain de la guitare de Carlos. Les grands esprits se rencontrent (rires) ! Merci pour la découverte ! 


Alors pour la suite, est-ce que le prochain album de Chris Sterpi sera un hommage au rap new wave de Falco ou à l'inverse un album de metal-indus portés par une guitare flamboyante?

Je pense que ça va plus se rapprocher du Metal-Indus mais sans en être… ce sera plutôt du Rock-Indus, voire Funk-Indus mais en gardant toujours le côté progressif que j’aime. Cela dit, je me suis permis de rapper sur un titre ou deux, en alternance avec le chant ; c’est un truc que je n’avais encore jamais tenté.  Comme d’hab’ je travaille au feeling sans vouloir copier sur tel ou tel artiste, du coup les influences sont multiples et toute ressemblance avec des albums existants sera fortuite !


Avec le confinement, tu fais des lives at home, comment sont les retours sur cette nouvelle expérience que beaucoup d'artistes ont choisie ?

C’est spécial, surtout quand tu n’as pas le choix. Je veux dire : quand tu choisis de faire un live at home, tu sais qu’à la fin du morceau il n’y aura pas d’applaudissements donc tu acceptes.  Mais quand les concerts ne se passent qu’en vidéo et plus du tout sur scène, le retour et la chaleur du public en direct manquent cruellement.  Cela dit, ça entretient la flamme et ça donne une motiv’ aux répétitions. Dans ce genre de période invraisemblable, c’est quand même une chance de garder le contact avec son public.  Mais j’ai hâte quand même que reprennent les « vrais » concerts ! 


Tu as tourné récemment un clip pour "Outlaws Solution For A Better World". Cet album n'est donc pas finalement enterré. Etait-ce une façon de lui offrir la promotion qu'il méritait?

Eh bien, à mon niveau, comme on ne matraque pas mes news partout, un album reste une nouveauté à faire découvrir à de nouvelles personnes. Alors j’essaie de faire vivre mes différents morceaux au rythme où arrivent les idées…  L’idée du clip est venue en même temps que la sortie de l’album, mais le temps que tout se mette en place avec (encore une fois) mon pote Aymeric (oui, il fait aussi des clips !), ça n’arrive que bientôt !  Pour ce morceau titulaire de l’album "Outlaws… ça m’évoquait un trip en avion, en tant que pilote… Alors j’ai voulu tourner le clip en partie avec un drone et une petite histoire sous-jacente. Aymeric est sur le montage, ça ne devrait plus tarder. 

Est-ce que la Lorraine dont tu es originaire (de Longwy exactement) est une terre propice au rock (on pense bien entendu à Charlélie Couture, Kas Product, Chemical Sweet Kid, Atoll) que penses-tu de ces collègues, duquel te sens-tu le proche d'eux est-ce qu'il y a une Lorraine Power?

J’ai adoré Atoll ! La musique est une grande famille puisque, au sein de Purple Smoke (mon cover de Deep Purple)  j’ai le plaisir de jouer avec le claviériste qui accompagnait justement Chris Beya d’Atoll il y a quelques années. C’est vrai que la Lorraine regorge de talents et notamment en guitare.  J’admire particulièrement le travail de Monsieur Jean-Pascal Boffo (également patron des Studio Amper à Clouange), il a un jeu de guitare très mélodieux et une vision très imagée de la musique, certaines de ses compos m’ont mis les poils ! Mais là, on est en Moselle. En ce qui concerne la Meurthe-et-Moselle je crois qu’il n’y a que moi (rires). Non, je déconne il y a notamment Laurent Rinaldi, de Longwy également, qui vient de sortir un album de Metal Instru très réussi et bien d’autres dans des styles très différents. Comme Kader Fahem dont je te parlais plus tôt…    Comme scandait le slogan des sidérurgistes-manifestants : « Longwy Vivra ! ».  Merci encore pour cette interview et longue vie à Music Waves !   


Plus d'informations sur http://sterpi.e-monsite.com/
 
(1) COMMENTAIRE(S)  
 
 
MUSCARY
07/06/2021
 
2
0
Toujours si imprévisiblement excellent ce Sterpi !
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