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TITRE:

TIM CHESLEY (22 NOVEMBRE 2021)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

POP



Music Waves rencontre le franco-américain Tim Chesley pour nous parler de son second EP sous le label Revolver Records.
CALGEPO - 09.12.2021 -
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Tim Chesley est tombé dans la musique dès son plus jeune âge débutant par le piano, versant dans le metal puis dans le rock australien et la pop. Tous ces styles ont enrichi sa musique. Après un EP "Rain", il revient avec son pendant "The Last Blue Sky" aux mélodies plutôt lumineuses et avec des textes profonds. Tim se livre à Music Waves sur son parcours et ses projets.

On entrevoit -avec toujours autant d’incertitude toutefois- la fin de cette pandémie et c’est le moment où tu choisis de nous gratifier de ton nouvel EP "The Last Blue Sky", comment as-tu traversé ces presque deux ans où tu as mis donc à profit la suite de "Rain" ?

En fait j’avais commencé à travailler sur les démos de "The Last Blue Sky" pendant l’année 2019, avec un total de 7 démos. Fin 2019-début 2020 je suis rentré en contact avec les musiciens de Music Factory (Julien Vonarb, Aurel Ouzoulias) qui m’avaient aidé à enregistrer et produire "Rain", et je leur ai présenté mes nouveaux morceaux. La pandémie nous a touchés au moment où je commençais à me rendre régulièrement au studio de Music Factory pour enregistrer les versions définitives de ces morceaux. Du coup, nous avons fait pas mal de choses à distance, avec des visios sur Zoom qui ont parfois duré des heures ! Dès qu’il y avait un relâchement au niveau du confinement, je me rendais au studio. Je crois que j’ai rencontré les mêmes galères que pas mal de musiciens à cette époque-là.






La culture a été mis au ban pendant des mois qui ont été difficiles et encore plus pour les musiciens moins médiatiques peut-être (et encore), comment as-tu appréhendé cela ?

Pour être honnête cela ne m’a pas trop touché dans le sens que cela fait un certain temps que je ne donne plus de concerts. Mais peut-être que d’ailleurs ça va changer et je vais remonter sur scène dans les prochains mois… je l’espère ! Après, cela m’a quand même touché pour les artistes que je connaissais et qui ne pouvaient plus se produire sur scène et qui ont galéré pendant cette période. J’ai aussi raté des bons concerts à ce moment-là qui ont été annulés pour cause de COVID (par exemple, Dead Can Dance à Paris, reprogrammé au Grand Rex en 2022 : j’y vais d’ailleurs !)


D’où te vient cette persévérance ? De ton parcours initiatique dans la musique (tu as commencé par le piano vers 6 ans sous l’égide de ta maman, fondé un groupe de metal par la suite notamment avec celle qui allait devenir Mademoiselle K, voyagé en Australie…) ?


Je me souviendrai toujours du jour où ma mère est venu me chercher dans ma chambre quand j’avais 6 ans, j’étais en train de jouer aux voitures, et là elle vient me voir et me dit : « mon fils, désormais tu vas apprendre le piano avec moi, on commence tout de suite et tu joueras une heure par jour, et ça tous les jours »… Le choc.
Cela a été des années fastidieuses à apprendre les bases de solfège, d’harmonie, etc. J’en ai bavé avec ma mère qui était assez sévère avec moi. C’est un peu par rapport à ça qu’il y aura toujours une volonté en moi de ne jamais laisser tomber la musique, en hommage à l’enseignement que m’a donné ma mère (« Chesley » était d’ailleurs son prénom, d’où mon nom d’artiste) et à ces années d’apprentissage.


Le metal exige la même persévérance, la même virtuosité que pour le classique


Lors de tes cours, tu as sauf erreur appris un peu de musique classique, comment es-tu passé au metal, en réaction avec ce que tu as répété pendant des mois ?


E
n fait, étrangement, il n’y a pas une distance si grande entre le classique et le metal ! Le metal exige (notamment pour les as du manche !) la même persévérance, la même virtuosité que pour le classique, il n’y a qu’à voir la superbe version qu’avait faite le guitar hero suédois Yngwie Malmsteen des Quatre Saisons de Vivaldi à l’époque…



Justement, en quoi tes années d’apprentissage ont nourri tes projets présents ?


On se nourrit de nos expériences passées pour ne plus répéter les mêmes erreurs. J’ai enregistré un certain nombre de CD autoproduits, soit en solo, soit en groupe, et commis toutes les erreurs possibles… J’ai fait le panel complet je crois ! Cela m’a donné une maturité qui fait qu’au moment d’enregistrer mes deux derniers EP "Rain" et "The Last Blue Sky", je savais exactement ce que je voulais faire, et quelles erreurs je voulais éviter. Après, on apprend toujours, et chaque jour.


Je suis un fan absolu de rock progressif depuis mes 15 ans, mais je n’aime pas quand le côté progressif est trop exacerbé.


Tes chansons possèdent une ossature plutôt pop là où d’autres aujourd’hui accentuent d’autres aspects plus extrêmes, metal voire progressif, qu’est-ce qui explique cette volonté de conserver ce côté accessible tout en l’équilibrant avec ces éléments notamment progressifs, un peu comme Steven Wilson avec dernièrement "To The Bone" ?


Parce que cela représente ce que j’aime le plus dans la musique. Ce léger côté progressif, mais qui reste accessible. De la musique intelligente et recherchée (progressif), mais pour tous (pop). Deux albums qui pour moi représentent vraiment cela sont par exemple 1) Yes  avec 90125 et 2) Anathema avec Weather Systems. Je suis un fan absolu de rock progressif depuis mes 15 ans, mais je n’aime pas quand le côté progressif est trop exacerbé. Par exemple, bien que je reconnaisse qu’il s’agit de musiciens exceptionnels, je n’ai jamais trop accroché avec Dream Theater. Leurs structures sont trop incompréhensibles pour moi. Je m’y perds complètement, et je n’arrive pas toujours à comprendre leur logique. D’autres groupes comme Yes ou Pink Floyd dans leurs premières années avaient des morceaux à rallonge et des structures à la « mords-moi le nœud», mais on comprenait la logique et on voyait ou ils voulaient en venir.



Que penses-tu du regard que l’on porte envers la pop, trop souvent dénigrée ? On l’a vu notamment avec Wilson qui a reçu des retours négatifs de la part des progueux suite à ces deux derniers albums ?

J’ai écouté ses deux derniers albums, Steven Wilson pour moi est un génie, une référence absolue, et pour moi ce n’est pas de la pop, c’est du Steven Wilson. On ne s’ennuie jamais (ou presque) avec lui, ce ne sont peut-être pas ses meilleurs albums, mais au moins il se passe quelque chose. Mais j’attends plus du prochain album de Porcupine Tree (enfin !), le premier single est déjà incroyable…


Est-ce qu’on n’a pas tendance à confondre pop et variété ?


Bonne question. Pour moi ce n’est pas la même chose, mais oui peut-être que certains font la confusion. A l’étranger, je ne crois pas qu’il y ait le terme de « variété ».







Est-ce que plus difficile d’écrire une bonne chanson pop qu’une chanson metal ?


Je n’ai pas vraiment écrit de chansons « metal » dans ma vie, mais j’ai été dans des groupes qui ont fait du metal. Je dirais que c’est difficile d’écrire une bonne chanson, en pop comme en metal. En metal, j’ai le mot « titre » qui me vient à l’esprit, plutôt que le mot « chanson », qui pour moi colle plus à la pop. Ce n’est pas la même chose, ce n’est pas la même philosophie.



Tu as sorti deux EPs qui forment finalement presque un album, pourquoi ne pas avoir choisi ce format album ?


J’ai préféré à chaque fois me concentrer sur un nombre plus réduit de titres (5 titres pour chacun des EPs), pour des raisons de temps, et pour privilégier la qualité à la quantité.
Quand j’ai enregistré des albums autoproduits avant, il y avait toujours un ou deux morceaux qui faisaient « bouche-trou », des fillers comme on dit en anglais, mais pas sur ces deux EP, je suis fier de tous les morceaux. Par contre j’ai bien prévu (je vais valider cela avec mon label Revolver Records, mais à priori pas de soucis) que je combine ces deux EP en un seul album qui s’intitulera "Rain & Blue Sky".


Est-ce qu’on prend encore le temps d’écouter un album en entier aujourd’hui ?



Est-ce que ce format d’EP est amené à remplacer les albums à une époque où on n’écoute plus la musique comme avant et est-ce que ça n’amène pas une sorte de pression pour composer plus vite, être visible tout le temps pour gagner en visibilité dans une industrie musicale qui exige beaucoup pour sortir du lot ?


Oui c’est clair. Je trouve ça très dommage, qu’on ne prenne plus le temps dans cette société… Je vais faire un peu mon vieux réac ici, mais j’ai connu le XXème siècle (sic !) et une époque, où quand on achetait le nouvel album d’un de nos groupes/artistes préférés, on se posait avec nos amis en soirée le weekend, tranquillement assis sur le canapé avec quelques bonne bières, on ouvrait religieusement le CD, et on écoutait, toutes oreilles concentrées. On prenait une ou plusieurs heures de notre temps pour simplement écouter de la bonne musique et parler de la vie avec ses potes. Est-ce qu’on fait ça encore aujourd’hui ? Est-ce qu’on prend encore le temps d’écouter un album en entier aujourd’hui ? C’est vraiment une évolution que je regrette, mais c’est comme ça.



L’album s’ouvre sur 'Rainbow Song' une chanson plutôt lumineuse, c’était important pour toi de commencer par cette vision plutôt optimiste et apaisée, surtout après cette période que l’on a traversé ?


Je ne sais pas si 'Rainbow Song' est véritablement une chanson optimiste… En fait la mélodie l’est, mais les paroles sont bien plus sombres Life… Why do I see its darkest colors...” Un peu, si je puis me permettre cette comparaison élogieuse pour moi, un peu comme avec The Police qui nous faisait danser sur des titres comme 'Can’t stand losing you' et ses paroles suicidaires…Ou encore 'So Lonely'…



Dans cet EP trois chansons dépassent les 5 minutes notamment la très belle ‘Dreamers’ tout en progression où on sent vraiment une influence plutôt blues jazz où l’expression instrumentale prend tout son sens avec cette progression vers une conclusion lumineuse avec beaucoup de chœurs à la Peter Gabriel (qui me rappelle ‘Don’t Give Up’ notamment), cela traduit pour toi un fil rouge cet recherche d’équilibre ?

Oui, il y a définitivement un fil rouge dans cette chanson. J’ai eu très tôt la structure en tête, quand les deuxièmes guitares viendraient, quand les chœurs arriveraient (inspirés de loin par la chanson 'Souvenir' du groupe Boygenius avec notamment Phoebe Bridgers), etc. etc. Oui, j’avoue pour 'Dreamers', je savais exactement où j’allais, notamment pour la fin. Après, il y a eu quelques coupes dans le morceau entre la démo et la version finale.


Il semble que l’inspiration te vienne du piano, cela reste toujours ton instrument de prédilection ?


Le piano, et la basse aussi. Mais aujourd’hui 90% de mes idées, inspirations, je les travaille sur le piano. Alors qu’il y a quelques années, j’utilisais bien plus la guitare (électro-acoustique ou électrique)
.


On perd par contre effectivement la liberté que l’on a quand on s’autoproduit. On ne peut pas tout avoir…



Tu as signé chez le label Revolver notamment pour 5 années supplémentaires, qu’est-ce que t’apporte cette signature et n’as-tu pas craint de perdre un peu de liberté ou te mettre plus de pression ?

Jusqu’en 2018, je n’avais pas de label, je faisais des disques autoproduits. Le fait d’être signé par un label est déjà un réel accomplissement pour moi, une fierté. Si je n’avais pas signé avec Revolver, je n’aurais probablement pas enregistré "The Last Blue Sky", donc c’est très positif. Pour ces 5 années supplémentaires chez Revolver, je vais devoir encore continuer à produire et enregistrer des albums, c’est donc une bonne source de motivation. On perd par contre effectivement la liberté que l’on a quand on s’autoproduit. On ne peut pas tout avoir…





Les pochettes de tes albums rappellent presque des peintures ou des tableaux, est-ce que c’est quelque chose que tu conceptualises également ?

Pour les pochettes des albums je suis passé par une graphiste (Stéphanie Dargent), qui a fait un super boulot, notamment à partir des photos que je lui ai passées (la pochette de "The Last Blue Sky") ou des superbes photos de mon frère qui est photographe ("Rain"). C’est lui qui a réalisé le clip de 'Dreamers' que l’on peut trouver en ligne sur YouTube, et avec ses propres photos.


Est-ce qu’avec ton expérience et ton parcours tu serais amené à plus accentuer les contrastes dans un prochain projet notamment metal et en rupture (faire un parcours à l’envers de Steven Wilson par exemple) ?


On ne sait pas trop de quoi est fait la vie… J’ai plusieurs projets en tête, dont un de morceaux minimalistes au piano (des sortes de sketches), et un autre plus standard qui pourquoi pas pourrait intégrer des éléments de metal. Pour moi on peut écrire des choses assez violentes avec un simple piano : un morceau au piano peut parfois être plus violent qu’une guitare électrique avec un gros son. Tout est dans la tension des notes et de la mélodie, comment les notes peuvent frotter entre elles, les dissonances, etc… Enfin bon ici, je fais une petite digression.



‘When Love Will Reign’ commence par des notes de piano avec une belle ambiance à la Beatles, qui semble être très personnelle, tu as toujours baigné dans la musique, c’est la forme presque de catharsis pour toi de composer ?


Attends je re-regarde sur internet ce que ça veut dire « catharsis »… un lien avec les cathares ??? Non, plus sérieusement oui évidemment c’est une forme de catharsis, chaque morceau est une forme de catharsis, et je pense que chaque songwriter aurait la même réponse. 'When Love Will Reign' a été écrit le lendemain d’un moment très difficile pour moi, et souvent les plus belles chansons de nos artistes favoris ont été écrites suite à des moments douloureux.


Sur ces deux EP, un seul titre est chanté en français, ressens-tu plus de difficulté à chanter et écrire dans cette langue comme beaucoup d’artistes qui nous font part de cette difficulté à faire sonner les mots avec la musique ?


Clairement ! D’ailleurs une partie des paroles de 'La Pluie' a été écrite par mon cher cousin et ami Cyrille Latour qui a de multiples talents dont celui d’être écrivain (je vous invite à checker ses livres, ils sont superbes)
. Je suis franco-américain, et de fait j’ai été élevé et j’ai baigné dans une culture américaine et anglo-saxonne, donc les mots me viennent beaucoup plus facilement en anglais.


Qu’attends-tu de cet EP ?


J’attends surtout qu’il ne soit pas mon dernier album, malgré son titre, et qu’il m’ouvre la porte à d’autres projets et la possibilité d’enfin pouvoir vivre de ma seule musique, ça ce serait fantastique.



On te laisse le dernier mot pour la fin et nous te remercions pour tes réponses.


Merci à Music Waves pour cette interview, les questions étaient challenging comme on dit en anglais, je vous souhaite une très bonne continuation, et n’hésitez pas à checker la vidéo de mon dernier single 'Faith Without You' sur YouTube, l’œuvre de deux sœurs graphistes qui ont fait un super job.

Encore merci et à bientôt.



Plus d'informations sur https://timchesley.com/
 
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"Rain & Blue Sky" est la fusion des deux précédents EP de Tim Chesley. Rien de nouveau à se mettre sous la dent, toutefois l'écoute de cet album pop-rock avec un soupçon de progressif reste appréciable.
 
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