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TITRE:

DE PENSÉES NOCTURNES


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

GUITAR HERO



Entretien réalisé par mails avec Vaerohn
CHILDERIC THOR - 19.06.2010 -
2 photo(s) - (0) commentaire(s)

Salut Vaerohn, peux-tu, pour commencer, revenir sur ton parcours musical ? Comment as-tu découvert la musique ? As-tu joué dans d'autres groupes avant Pensées Nocturnes ?

Je n’ai en toute honnêteté rien de bien palpitant à raconter concernant ma personne. A l’exception de quelques années de piano trop vite oubliées, je n’ai jamais suivi de formation particulière ce qui m’a poussé à « apprendre » la musique seul. La guitare est mon instrument de prédilection et n’est jamais bien loin lorsque je travaille. Son adaptabilité en fait la compagne idéale pour explorer toutes sortes de genre et m’a permis de ne pas m’embourber dans une fange stylistique spécifique. J’ai épisodiquement participé à quelques projets Black, Death et Blues sans grande prétention et j’évolue actuellement dans Valhôll (Black Metal Pagan), sans plus de prétention.

Question évidente : quelles sont donc tes pensées nocturnes ?

Le nom du projet n’est pas à prendre au premier degré. La nuit est une période de la journée durant laquelle nous revivons cette ère de l’humanité où nos ancêtres sur leurs quatre membres ne pouvaient bénéficier de la vue pour se prévenir du danger omniprésent. C’est une heure d’insécurité et donc de relativité. Prends le temps un soir de te coucher dans l’herbe d’un champ que tu ne connais pas pour écouter Grotesque du début à la fin. Aucune image ni son de l’extérieur. Tu comprendras ce que cela signifie.

Comment t'es venu l'idée de combiner black metal et musque classique ?

Tu penses de cette façon car il te semble usuel d’aller dans un supermarché pour acheter un album de Black Metal, de Classique, ou de Rock, alors qu’au final c’est la même chose : des vibrations interprétées plus ou moins différemment en fonction de notre conditionnement culturel et sociétal. Le Black Metal n’exprimera donc pas la folie de la même façon que la Musique Classique, comme il sera très difficile de s’en servir pour exprimer la gaité. Or un homme n’est pas un être de colère, de joie, de frustration, de folie, d’amour, c’est un peu tout à la fois. Une espèce de mélange complexe qui à travers le temps traverse ces différents états. Si, comme Hegel, on pense que la musique a ce don d’incarner l’ensemble des sentiments et émotions avec l’ensemble de leur degré, alors il me semble absurde de vouloir s’enfermer dans une catégorie précise à ne vouloir que la violence avec le Death Metal par exemple. Il s’ensuit un sentiment d’ennui et de détachement que j’ai toujours tenté d’éviter. Un morceau bien puissant d’Aborted va permettre de se défouler pendant dix minutes, un quart d’heure tout au plus. Mais sûrement pas 5 heures comme le temps d’un concert.


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Pensées Nocturnes est un one man band. Pourquoi un tel choix ? Pourrais-tu à l'avenir faire appel à des intervenants ?

La structure du one man band est indispensable ne serait-ce que pour les instruments utilisés : comment se prétendre innovateur en se limitant à deux guitares et une basse ? Je pense que la structure basique et reprise par quasiment tous les groupes de Metal Extrême, avec l’usage (souvent inconscient) de l’unique gamme harmonique mineure, est à l’origine de ce manège sans fin qu’est notre pittoresque scène aujourd’hui. Et cela est d’autant plus vrai pour un groupe parcourant les scènes : comment expliquer à un trompettiste que l’on a uniquement besoin de lui pour quelques mesures durant un concert ? De plus on ne crée pas un mouton à cinq pattes à bord d’un carrosse à cinq roues et je n’ai de toute façon pas la patience de défendre mes extravagances sans arrêt. J’ai la chance d’avoir un label qui essaie tant bien que mal de supporter ça. Donc je n’ai pour l’instant pas l’intention de faire appel à d’autres musiciens pour le moment.

Interpréter sur scène des compositions t'intéresse-t-il ?

Je n’ai pour le moment pas l’intention de tenter de retranscrire ces ambiances en concert car je n’ai pas envie de me limiter à l’aspect matériel lors de la composition. Pensées Nocturnes n’a pas la prétention d’être crédible, de pouvoir prendre vie sur scène et c’est ce qui permet toutes les élucubrations possibles et imaginables. Il me semble donc plus important de développer la discographie du groupe, sans me préoccuper d’une éventuelle retranscription sur scène, plutôt que réfléchir à la formation d’un line-up par souci promotionnel ou de mimétisme.

Avec Grotesque, quels sont les éléments, les défauts que tu désirait corriger par rapport à Vacuum ? Avec le recul, es-tu satisfait de ce premier méfait ?

Vacuum était pour moi et le label un premier jet. Tant au niveau de la production que de la composition, de l’artwork et de la promotion il s’agissait d’un travail de débutant qui je pense est bien mieux maîtrisé sur Grotesque. Je déteste Vacuum et j’ai du mal à saisir l’intérêt qu’il a pu susciter. Trop crédule, trop simpliste et bien peu réfléchi. Mais c’est sûrement aussi pour cela que certains le préfère à Grotesque

Tu dis détester Vacuum. Pour quelles raisons ? Sinon, penses-tu que dans un an Grotesque te satisfera toujours ?

Vacuum est l’œuvre d’un débutant en tout qui, avec le recul me semble ridicule sur de nombreux points, même si un auditeur lambda ne le réalise pas forcément (mais légitimement). Il faut juste être un minimum réaliste et capable d’autocritique pour pouvoir avancer car, preuve en est de l’ensemble des critiques élogieuses de cet album, les avis extérieurs sont souvent à côté de la plaque car n’ayant pas du tout la même ambition qu’un musicien. Le musicien cherche à édifier sa personne sur le plan de la technique, de la musique ou parfois de la renommée. L’auditeur cherche quant à lui à se plonger dans une œuvre qui lui est donnée comme telle et dont la seule liberté qui lui soit donnée reste de l’accepter ou non. Les ambitions ne sont pas les mêmes et les « critiques » et journalistes ont tendance à ne prendre en compte que leur point de vue, qui par conséquent n’intéresse pas vraiment les musiciens. Peut être que Grotesque ne me plaira plus dans un an, je n’en sais rien.


Vacuum était plus suicidaire que son successeur. Néanmoins, les deux développent une vision du monde assez crépusculaire et pessimiste. Qu'en penses-tu ?

Je pense que Vacuum était moins pensé ou plutôt faisait preuve de moins de recul. Grotesque est plus à l’image d’un Tchékhov avec son « Il faut bien vivre », qui pousse à porter un regard amusé sur notre condition sans pour ôtant perdre de sa lucidité. Une vision tragique plus que pessimiste donc.

Grotesque. Pourquoi un tel titre ? Qu'est-ce qui se cache derrière celui-ci ?

La vie n’a pas de sens profond, de vérité absolue, de but précis. Nous sommes condamnés à créer du vide, à frapper incessamment dans l’eau au cours d’une période imputée avant de retourner dans l’oubli. Une telle conception du monde permet de s’affranchir des liens qui nous sont imposés, de se créer soi-même, de façonner un moule finalement à notre taille pour quelques semaines, quelques mois tout au plus. Le combat est perdu d’avance, il faut rire de la vie et tourner le monde en ridicule. C’est un peu tout cela, Grotesque.


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Pensées Nocturnes possède-t-il une dimension philosophique ?

Philosophique est peut être un bien grand mot et je pense qu’on est tous un peu philosophe à notre manière de toute façon (ce qui n’est pas forcément un grand bien soit dit en passant). Disons qu’il y a évidement une par de réflexion derrière PN mais sans la cohérence et la précision d’une réflexion philosophique digne de ce nom. Pensées Nocturnes n’a pas la prétention de construire une interprétation du monde complète et consistante mais plutôt de montrer, de déconstruire les absurdités et d’expliquer sans développer de morale, sans prendre parti, sans dire c’est bien ou c’est mal à l’inverse de la plupart des groupes de Black qui pour détruire la morale chrétienne en deviennent dépendants... Une vision nominaliste à la limite du nihilisme donc même si observer et critiquer relèvent de la facilité je te l’accorde (les « journalistes » en savent quelque chose).

Il m'a semblé lire quelque part que tu vis à Paris depuis quelques années seulement. Crois-tu que le fait de vivre dans une ville comme celle-ci détermine en partie la direction tant musicale que textuelle de ton art ? PN pourrait-il exister si tu vivais dans un cadre plus "naturel" ?

Nos influences musicales et nos goûts sont, tout comme nos idées et notre façon de pensée, formatées par un environnement culturel et sociétal, un cadre de vie particulier. Néanmoins je ne suis plus un gamin et il est simplement impossible à l’heure actuelle de remonter dans le temps et résoudre le mécanisme de ce déterminisme qui fait que chacun de nous est ce qu’il est aujourd’hui. Si je n’étais pas monté à Paris je n’aurais peut être jamais touché une guitare… Je ne vais donc pas m’amuser à travailler sur des suppositions qui resteront des suppositions mais pour revenir au fond de Pensées Nocturnes, Grotesque dépasse cette focalisation sur l’accomplissement de l’instinct grégaire qu’est la ville. Peut être dû aussi au fait que j’ai pas mal voyagé ces derniers temps.

Comment se déroule le processus de composition ?

Je dirais que la trame du morceau est déjà définie par la place qu’il tient dans l’album et que les détails sont eux pensés secondairement, durant la composition. Un peu comme un peintre tracerait les gros traits de son tableau avant d’emprunter les pointes fines. Pour schématiser je sais où je vais mais je ne sais pas comment, le chemin se dessinant au fur et à mesure. L’expérimentation étant prédominante dans Pensées Nocturnes il est pratiquement impossible de savoir à quoi ressemblera un morceau et c’est d’ailleurs tout ce qui fait le charme du projet : le fond est déjà pensé, ne reste plus qu’à lui trouver la forme la adéquate. Il faut donc travailler et retravailler les morceaux sans arrêt pour obtenir un résultat acceptable.

Tes compositions sont toujours très longues. Pourrais-tu écrire des morceaux plus courts à l'avenir ?

La durée des morceaux n’est pas le résultat d’une volonté particulière et il y a d’ailleurs des morceaux beaucoup plus courts sur Grotesque… Ce n’est pas quelque chose que je garde vraiment à l’esprit durant la composition.

Je vois un caractère cinématographique dans Pensées Nocturnes, celui de l'expressionnisme allemand ou du cinéma de Tod Browning...

Les morceaux évolue selon un scénario précis correspondant à la position tenue dans l’album, d’où cette impression de développement et de narration que beaucoup ressentent au cours d’un titre. Quant au courant stylistique auquel rattacher Grotesque je laisse le soin à chacun de s’y retrouver sachant qu’il n’y a pas de limite chronologique précise, malgré un artwork peut être un peu trop précis et donc influent pour le coup.

Pensées Nocturnes a-t-ils des limites ?

Pensées Nocturnes a toujours eu pour ambition de dépasser les frontières en tout point mais il faut rester lucide : l’ensemble des musiques actuelles est le résultat d’un héritage historique et culturelle dont il est difficile de se débarrasser car incorporé de force dans nos esprit dès le plus jeune âge. On utilise tous les mêmes notes, les mêmes gammes, les mêmes instruments, la même théorie de la construction musicale, etc… Pensées Nocturnes n’invente rien en ce sens et même s’il s’agit d’expérimentation qui tâche tant bien que mal de s’en débarrasser, il serait bien trop présomptueux d’affirmer que le projet ne connait pas de limite.

Tu joues également dans Valhôll. Que t'apporte ce groupe ?

Ce que je ne peux pas faire avec Pensées Nocturnes : de la scène, penser et jouer à plusieurs, des soirées débordantes de bières… Il s’agit en fait d’une complémentarité et l’on est plus enclin à faire des concessions sur le plan artistique ou humain au sein d’un groupe lorsque l’on sait un projet sans limite qui patiente pour nous à côté. Les deux démarches ne sont pas contradictoires selon moi, elles se complètent.

Te sens-tu connecté à la scène Black Metal et quel regard portes-tu sur son évolution actuelle ? Tu sembles la trouver assez pauvre...

Pauvre au sens artistique du terme oui mais je ne pense pas choquer grand monde en affirmant cela. En tombant sous le joug de ce qu’il combat le Black Metal s’est embourbé dans un mécanisme pervers qui le poussera à revomir encore et encore les mêmes inepties, totalement dépassées par les évolutions sociologiques et culturelles que connait l’Europe aujourd’hui. Le conformisme est la nouvelle ligne de conduite du genre et ses puristes ne sont au final pas plus éclairés qu’un quelconque extrémiste religieux.

Pensées Nocturnes est signé chez les Acteurs de l'ombre dont tu fais partie. D'autres signatures sont-elles envisagées ?

Les moyens de Ladlo productions sont trop modestes pour pouvoir supporter trop de sorties et ils ont donc l’ambition de ne sortir que des coups de cœur, environ un par an. Je ne pense pas que d’autres sorties soient envisagées pour le moment mais cela viendra évidemment.

Pour terminer, quels sont les derniers disques qui t'ont marqués ?

Je dirais les derniers albums de Celeste et de Plebian Grandstand, le premier album de Soan (non je ne regarde jamais la télé), j’ai aussi découvert le premier album de HRSTA L'eclat du ciel était insoutenable et puis le dernier Watain mais pour sa platitude.



Plus d'informations sur http://leviwerstler.com/
 
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"Avalanche Of Worms" est à l’image des deux guitaristes qui l’ont composé, très puissant et terriblement dense.
 
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