MW / Accueil / Articles / INTERVIEWS - ESPRIT D'AIR (03 NOVEMBRE 2025)
TITRE:

ESPRIT D'AIR (03 NOVEMBRE 2025)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

METAL ATMOSPHERIQUE



Nous avons rencontré le groupe de metal - progressif entre autres étiquettes - Esprit d'Air dans le cadre de la sortie de leur quatrième album studio au titre énigmatique "Aeons".
ADRIANSTORK - 10.11.2025 -
3 photo(s) - (0) commentaire(s)

Esprit d'Air... Curieux nom pour un groupe de metal alternatif japonais. Depuis leur premier album "Constellations" publié en 2017, Kai et ses acolytes ont prouvé que leur metal ouvert à tous les vents pouvait nous atteindre en plein cœur. En allant rejoindre d'autres groupes dont certains ne sont pas inconnus de nos lecteurs (Ghost, Pendragon, The Sisters of Mercy), ses membres ne se sont pas pour autant éparpillés et ces voyages en aileurs profitent également aux aventures vécues par la maison-mere. Nous avons rencontré Kai, son guitariste et chanteur dans le cadre de la sortie du quatrième album studio au titre énigmatique "Aeons". Une personnalité sensible, attachante et méticuleuse.
 


La plupart des membres font partie ou ont fait partie d'autres groupes glorieux . En somme Esprit d'Air était un supergroupe qui a réussi à perdurer en devenant un groupe à part entière et non un projet one shot. Comment réussissez-vous a travailler dans un bon esprit alors que vous provenez de différents horizons ? Rock, pop, hard, metal, prog, autant de cartes dont vous pouvez vous targuer de brandir et une richesse mélodique et harmonique de tout instant. Comment contentez tout le monde ?


Kai: En réalité, ce n’est pas vrai : Esprit D'Air a été formé bien avant que certains d’entre nous ne rejoignent des groupes comme Ghost ou The Sisters of Mercy. Nous avons toujours été un groupe à part entière — jamais un side project ou un supergroupe éphémère. Pour moi, Esprit D’Air est mon projet principal : c’est ce à quoi je consacre la majeure partie de mon temps et de mon énergie, et pour lequel j’ai tout risqué. La vision créative vient surtout de moi, ce qui permet de garder une direction claire et cohérente, mais chacun apporte quelque chose de spécial. Par exemple, Vincent est un batteur exceptionnel ; il élève vraiment la musique que j’écris, aussi bien en studio que sur scène. Ce n’est pas une question de faire plaisir individuellement à chacun : nous cherchons simplement à créer quelque chose dans lequel nous croyons tous profondément. Et le fait d’être généralement sur la même longueur d’onde facilite beaucoup les décisions créatives.


Est-ce que l'expression des talents est démocratique au sein du groupe ? 


D’une certaine manière, oui — mais c’est plutôt une démocratie guidée. J’ai une vision forte pour Esprit D’Air : je fixe donc la direction et j’écris la plupart des morceaux et des textes. Mais dans ce cadre, chacun est libre de s’exprimer et d’apporter sa touche personnelle. Quand quelqu’un compose une chanson, il gère généralement aussi les synthés, les guitares et la basse. Pour la batterie, même si je compose les parties, j’invite Vincent à y intégrer son propre style —ses fills, ses idées de patterns, etc. Sur notre dernier album "Aeons", Takeshi a écrit deux morceaux, et j’en ai coécrit deux autres avec Yusuke.


Contrairement aux précédents albums, vous avez décidé de tout produire vous-mêmes. Est-ce une façon de vous dire que vous êtes libres et que vous ne devez rien a personne (l'album de la maturité?) ?

Ce n'est pas exact non plus. Nous avons toujours tout produit nous-mêmes. Notre premier album "Constellations" était déjà entièrement autoproduit. "Oceans" et "Seasons" ont eu des collaborations — des invités au chant, des remixes — mais le cœur de la production a toujours été entre nos mains. Oui, cela signifie que nous restons fidèles à notre vision, sans compromis. Je n’ai jamais vraiment compris les groupes qui laissent des producteurs façonner leur son. Pour moi, la création est un processus personnel et émotionnel. Si quelqu’un d’autre dirige, ce n’est plus vraiment notre œuvre. Quand j’écris, j’enregistre et je produis moi-même, je sais pourquoi chaque son est là : chaque note, chaque couche a un sens. C’est quelque chose que je ne veux pas abandonner. Je respecte les artistes qui fonctionnent différemment, mais pour nous, la musique doit rester entièrement la nôtre, du début à la fin. C’est ce qui lui donne son identité.


Pour moi, la création est un processus personnel et émotionnel.


La pochette s'inscrit dans la lignée de "Constellations" et "Oceans". Comment concevez-vous l'artwork ? Est-ce que ces trois albums font partie d'une trilogie conceptuelle ?

"Aeons" est notre quatrième album. J’ai toujours été fasciné par des notions immenses comme l’espace, les océans, les saisons ou le temps. La pochette a été réalisée par Lewis-Jon Somerscales, qui a travaillé sur l’art et le merchandising des jeux "Final Fantasy XIV" et "Final Fantasy XVI". Ces concepts donnent une impression d’infini. J’aime cette idée d’étendue, qui nous pousse à voir notre propre créativité comme illimitée. Chaque album a sa propre histoire, mais tous s’inscrivent dans cette même vision de repousser les frontières. 





Vous avez sorti le single Chronos (avec Silver Leaf en Face B) avant la publication de l'album. Cet excellent morceau mouvementé, énergique et porté par plusieurs humeurs distinctes était non seulement un excellent choix de single, était-ce une volonté consciente de nous faire baver d'impatience en attendant la sortie de l'album ?


Chaque single est une opportunité de créer une connexion unique avec le public. 'Lost Horizon' , 'Shadow of Time', 'Chronos' ou encore 'Broken Mirror' ont chacun leur univers visuel et sonore. Plutôt que de sortir tout d’un coup, j’ai voulu laisser le temps à chaque morceau de briller. Ainsi, quand l’album arrive, ce n’est pas juste une playlist, c’est un voyage qui s’achève.


A contrario, révéler ces deux excellents morceaux ne mettait-il pas en péril l'album en lui-même, certains pourraient penser que comme dans le cinéma avec une bande annonce, vous aviez déjà tout dit dans le single (ce qui n'est pas le cas en ce qui nous concerne) ?

Pas vraiment. Il reste encore environ 50 % de l’album à découvrir. Sortir plusieurs singles, c’est aussi multiplier les chances pour quelqu’un de tomber sur notre musique, à différents moments. Sortir un album sans aucun single, c’est prendre le risque qu’il passe inaperçu.


En lisant vos paroles, nous décelons une sensibilités métaphysiques voire philosophiques. D’où vous viennent ces références ? Sont-elles la preuves d'une angoisse face à un monde moderne paradoxalement de plus en plus déconnecté de la réalité et pouvez-vous vous considérer votre musique comme l'un des moyens pour révéler les consciences ? 

Oui, vous avez raison. Nous utilisons notre musique pour exprimer la frustration, la résistance face aux systèmes qui structurent nos vies. Le monde est souvent fragmenté et isolant ; cela transparaît dans nos thèmes. La musique peut être politique sans slogans. Elle peut faire réfléchir, ressentir, éveiller quelque chose. Si ne serait-ce qu’une petite partie de notre public commence à voir le monde différemment ou se sente moins seule, alors le message est passé. 





Justement est-ce que le combat est perdu d'avance ? Qu'est-ce qui vous fait encore tenir bon ?

Le monde peut être accablant, oui. Ce qui me fait tenir, c’est justement de transformer ce chaos en quelque chose de porteur de sens. Créer, c’est ma manière de garder espoir.


Puisez-vous dans d’autres arts pour votre inspiration ? 

Absolument. Le cinéma, la littérature… mais surtout les jeux vidéo. J’aime cette capacité qu’ont les jeux à créer des mondes immersifs : ils combinent musique, narration et visuels d’une manière très puissante. C’est cette immersion que j’essaie de retranscrire dans notre musique.


L'album s'intitule "Aeons". L'aion est la durée de la vie, ce qui préside la destinée. Le fait de mettre ce nom au pluriel est-il une référence au jeu Honkai Stars Rail dans lequel les aions sont incarnés et est-ce une manière de dire qu'il existerait une destinée principale et une autre dissimulée parallèle dans laquelle chacun serait en fait maître de plusieurs destinées et non d'une destinée unique ?

Non, je n’ai jamais joué à ce jeu. Le mot “aeons” évoque pour moi plusieurs vies, plusieurs ères. Il reflète l’idée que notre existence n’est pas limitée à un seul instant ou une seule destinée, mais façonnée par une infinité de choix et de chemins possibles.


Votre musique nous fait traverser des champs brûlants (les guitares, la section rythmique) sur lesquels souffle un vent énergétique (le shamisen), entre modernité et tradition. Comment trouvez-vous cet équilibre ? 

Comme avec le temps, j’aime naviguer entre passé et futur, entre ce qui est familier et ce qui semble venir d’ailleurs. Je ne cherche pas à forcer une fusion : elle se fait naturellement. 





L'opus s'ouvre sur 'Tempus' avec sa délicate introduction au piano et son chant parlé avant que les guitares et les claviers ne prennent l'ascendant sur 'Chronos' (ces deux morceaux signifient tous les deux temps en grec et en latin donc nous sommes invités a penser qu il s' agit d'un seul et même morceau). Est-ce que c'est une façon de débuter dans un Eden perdu et de nous plonger dans le chaos ambiant tout en saupoudrant quelques touches délicates de piano en guise de commémoration ?

C’est une très belle interprétation. Oui, ils sont profondément liés. 'Tempus' et 'Chronos' ont été conçus pour s’enchaîner parfaitement : leurs mélodies et leurs atmosphères s’emboîtent comme deux parties d’une même histoire. 'Tempus' est une sorte de prologue. 


Les Aztèques semblent vous avoir intéressés avec un Quetzalcoalt, le dieu serpent. Ce morceau aurait plutôt mérité de s appeler Tlaloc, le dieu de la pluie car nous recevons une pluie de notes et d'émotions. Quel est le secret de cette énergie contrôlé, dans quel état d esprit es-tu derrière le micro au moment d enregistrer ce morceau ou de l interpréter ?


La culture aztèque me fascine, et c’était surréaliste de visiter le temple de Quetzalcoatl après avoir écrit une chanson à son sujet. Leur vision du monde était poétique et en avance sur son temps. Quand j’ai composé le morceau, je voulais quelque chose de monumental. C’est la première chanson que j’ai écrite pour l’album, mais j’ai longtemps buté sur les paroles : la musique était si dense que je l’ai mise de côté pendant presque un an. Puis Yusuke est venu avec des idées de texte qui ont débloqué la mélodie vocale, et tout s’est aligné. C’est devenu l’un des titres les plus intenses de l’album.





Stardust nous révèle un aspect lumineux que vous avez déjà exploré précédemment. Ce n'est pas vous montrer vulnérable en dévoilant une sensibilité à fleur de peau ? 

Oui, 'Stardust' a été écrit par Takeshi. Ce morceau est profondément humain, et honnêtement, j’ai pleuré en essayant de l’enregistrer. Pour moi, montrer cette sensibilité n’est pas une faiblesse : c’est important de l’assumer. La musique est là pour ça. Broken Mirror et Like A Phoenix sont aussi nés d’une période très sombre. Écrire, c’est ma thérapie.


« L’enchaînement Machina / Lost Horizon est un grand moment de l'album. Son intro électro gluante laisse la place à une furie de guitare. La forme de labyrinthe vous sied elle pour définir votre musique imprévisible ?


Après 'Stardust', il aurait été trop abrupt d’enchaîner directement avec un riff sombre et lourd. J’ai donc voulu créer une sorte de transition électro avec Machina, comme une porte d’entrée vers la seconde moitié plus sombre de l’album.


Sur Broken Mirror et sur le dixième titre, vous vous essayez a intégrer un chant dans le style de Faith No More, System of A Dawn. Il est dommage que vous n ayez pas pu pousser plus loin l'expérience mais était-ce une façon aussi de ne pas trop vous éloigner de votre identité ?

Oui, c’est la première fois que j’intègre ce type de flow rapé dans ma musique. J’adore System of a Down, donc c’était assez naturel d’explorer ça à ma manière. Maintenant que cette porte est ouverte, j’aimerais aller encore plus loin à l’avenir. C’était grisant de sortir de ma zone de confort.


Vous avez un nom français mais votre plan de tournée européen ne passe par la France. Pourquoi ? 

Nous avons joué à Paris en avril 2025, à guichets fermés au New Morning. C’était notre troisième concert en France, et nous comptons bien y revenir. 


C’était notre troisième concert en France, et nous comptons bien y revenir. 


Que signifient les titres 10 et 12 ? 

Le titre 10 (Zetsubou no Hikari) signifie « Lumière du désespoir », et le titre 12 (Habatake) signifie« Prends ton envol ».


Par ailleurs, Kai, tu joues dans The Sisters of Mercy, est-ce que les fans verront un jour un nouvel album studio. Le dernier a été publié il y a 35 ans, peux-tu convaincre Andrew Eldritch de retrouver le chemin des studios ?  

Kai : Ne retenez pas votre souffle… (rires) Mais je suis heureux que nous puissions continuer à créer de nouveaux morceaux en live. Si un album voit le jour, ce sera entièrement la décision d’Andrew.
 
(0) COMMENTAIRE(S)  
 
 
Haut de page
 
Main Image
Item 1 of 0
 
  • 26624
  • 26625
  • 26626
Haut de page
EN RELATION AVEC ESPRIT D'AIR
DERNIERE CHRONIQUE
ESPRIT D'AIR: Aeons (2025)
5/5

Quatrieme album studio du groupe de metal japonais Esprit d'Air, "Aeons" nous invite à découvrir un paysage tourmenté mais jamais dépourvu de grâce.
 
AUTRES ARTICLES
KYO (14 OCTOBRE 2025)
Malgré ses plus de trente ans de carrière jalonnée de désormais sept albums et "Ultraviolent" le dernier date, la popularité de Kyo ne faiblit pas...
LES ALBUMS D'OCTOBRE 2025 A NE PAS MANQUER
Music Waves vous propose désormais tous les mois la sélection mensuelle de la rédaction et les lauréats d'octobre 2025 sont...
 

F.A.Q. / Vous avez trouvé un bug / Conditions d'utilisation
Music Waves (Media) - Media sur le Rock (progressif, alternatif,...), Hard Rock (AOR, mélodique,...) & le Metal (heavy, progressif, mélodique, extrême,...)
Chroniques, actualités, interviews, conseils, promotion, calendrier des sorties
© Music Waves | 2003 - 2025