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TITRE:

ERIC MCFADDEN (24 MAI 2011)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

ROCK



A la veille de son concert parisien et dans le cadre de la promo de "Bluebird On Fire", Eric McFadden a évoqué ce dernier album ainsi que son parcours musical "exotique"...
STRUCK - 02.10.2011 -
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Premièrement, quelle est la signification de l'artwork de "Bluebird on fire"?
A l'origine, il devait être l’œuvre d'un autre artiste, mais il a pris du retard et n'a pas terminé dans les temps. Notre label a contacté le cinéaste Jan Kounen, qui s'en est chargé.

Peut-on dire qu'à l'image de l'artwork, l'album symbolise une sorte de renaissance ?
Oui, c'est clairement cela. Cet artwork symbolise le fait de renaître à travers la douleur. Quand tu as vécu des choses douloureuses dans ta vie, que tu souffres et qu'ensuite tu t'en sors, tu reviens, plus fort. L'idée est que tu renais de cette peine avec une meilleure compréhension et une meilleure connaissance, tu deviens une personne plus forte. De très bonnes choses peuvent jaillirent après toute cette douleur si tu t'en donnes la peine.

Puisque tu évoques cette douleur et de renaissance, y a-t-il un lien entre ta dernière expérience musicale et cette nouvelle ? Cette renaissance concerne-t-elle un événement de ta vie ou ta musique ?
Toutes les chansons évoquent une expérience de vie sauf deux titres qui évoquent des choses qui ne me sont pas arrivées littéralement comme "Hanging Moon" et "Two Graves" qui parle de tuer de nouveau deux personnes. Je crois que si j'avais fais cela j'aurais à l'admettre non ? Elle parle de quelqu'un qui aurait eu une liaison avec la femme d'un prêcheur et qui serait tué pour cela. Ces choses ne me sont pas arrivées mais elles présentent une vue métaphorique et titillent notre imagination. Qu'aurions nous fait à sa place ?

Quel est le thème général qui lie cet album, le Voodoo?
Je me souviens que lors d'une tournée un claviériste allemand croyait que nous pratiquions le Voodoo (Rires). Plus sérieusement, cette idée, ce concept fascinant, d'être capable de toucher le cœur de quelqu'un à des milliers de kilomètres de distance, avec une poupée, est intéressant et quelque soit la crédibilité qu'on veut bien donner à ce concept crédibilité reste une idée qui me fascine. Et si un jour, tu dois de venger de quelqu'un, prendre ta revanche sur lui c'est très pratique. C'est quelque chose d'effrayant en même temps, d'ailleurs tu ne voudrais pas avoir de soucis avec quelqu'un qui connait une femme Voodoo. Tu te dirais "Oh Fuck !", tu ne peux pas courir ni te cacher. Il lui suffit d'une mèche de cheveux de quelque chose de toi et où que tu sois elle aura sa revanche !

Concernant un concept peu utilisé dans le monde de la musique, que peux-tu nous dire de ta fascination pour les clowns et le cirque ? Comment en es-tu venu à utiliser ce concept dans des titres torturés alors qu'à l'origine ce sujet est plutôt léger et heureux ?
La vie des gens du cirque est bien plus torturée qu'il n'y parait. Ils sourient et vous apportent de la joie à travers cette belle expérience mais une fois le rideau tombé, ils reviennent à la réalité d'une vie plus difficile et une fois sur la route, dans leur caravane, se déroule un drame sans nom.

Tu creuses plus profond, en fait ?
Voilà, plus en dessous de la surface. Je vais là où les gens ne regardent pas. Je me dis que font les gens du cirque quand les yeux du public ne sont plus sur eux, que vivent-ils ? Tu dois savoir que les comédiens sont en fait les personnes les plus tragiques, ceux qui vous font rire sont en réalité torturées.

Tu as enregistré un album de reprise l'année dernière. Ce dernier a-t-il eu un impact sur la composition de ton nouvel album ?
(Il réfléchit)…Sûrement ! Cet album a dû exercer une influence sur les nouvelles compositions car j'ai passé pas mal de temps sur ces reprises, à les travailler, les enregistrer donc oui ! "Bluebird On Fire" sonnerait donc un peu différemment sans cela… Mais je ne peux pas dire spécifiquement où et en quoi, tu vois.

Comment t'est venue l'idée de proposer la reprise de “Ashes to Ashes” dans cette version latino?
J'aime beaucoup la version de Bowie mais je ne pouvais pas tenter de la reprendre comme l'original alors pourquoi cette version ? Je voulais garder la même énergie mais l'exploiter de façon différente et la meilleure solution était d'aller dans une toute autre direction. J'en voulais une version épurée, juste la guitare et les percussions, ainsi qu'une basse acoustique pour éviter la surenchère sonore et retrouver l'essence même de ce titre, la force du chant et de la guitare.

Tu joues aussi de la mandoline, quand et comment as-tu découvert cet instrument ?
A San Francisco en 1995 par le biais d'un ami, Ed Ivey qui jouait de la basse dans notre groupe Far Away Brothers. Avant un concert, il m'avait emmené faire une ballade en montagne et dans sa voiture, à l'arrière, traînait une mandoline. J'ai gratouillé pendant le trajet et c'est ainsi qu'a débuté mon affection pour cet instrument.

Sans transition, as-tu pensé à Jimi Hendrix durant la composition de "Filling A Hole" ?
Pas consciemment ! Mais tu sais, quand tu écris une chanson, elle est une réponse, une expression d'une émotion particulière que tu ressens à cet instant. Cette chanson est née d'une émotion assez vive et énergique mais je n'ai pas consciemment pensé à Jimi Hendrix… Mais si tu le dis c'est qu'il doit y avoir un lien, je pense que dans le fond, son influence doit faire partie de mon ADN.

"Voodoo Head" semble sonner comme du Living Colour, elle rappelle un peu le jeu de Vernon Reid. C'est délibéré ?
J'utilise sur ce titre un modèle de guitare et une amplification très proche de celle de Jimi Hendrix. Vernon Reid, avec qui j'ai beaucoup joué et qui est un ami et un très bon guitariste s'inspire également de ce son. D'où le lien qui peut être fait et cette impression que tu peux avoir à l'écoute de ce titre.

Comment parviens-tu à composer un album part an, ces derniers sonnant toujours frais et différemment les uns des autres sur quinze années de carrière ?
Cela me surprend souvent également d'y parvenir (Rires). Parfois je me dis "Je dois enregistrer un album la semaine prochaine et je n'ai aucune chanson !". Avant de débuter "Bluebird On Fire", je n'avais composé que trois chansons en un an et une fois l'enregistrement de ces titres débutés, je me suis approché d'une certaine ambiance mais qui ne me libérait pas et je me suis dit "Zut, je ne veux pas faire un album de merde!" (Rires). Les moments de peine et de fortes émotions que je vivais alors en tant que personne ont rejaillies au début du processus d'enregistrement et en ajoutant la pression qui s'installait devant les compositions à créer, tout cela a débloqué la créativité. Cette pression est une aide importante et la plupart des titres ont été écrits durant l'enregistrement. Cet album a finalement été écrit de façon spontanée et rapide. "Til The Medecine Takes" par exemple à été composé d'une seule traite en salle d'enregistrement. Deux jours plus tard, je l'ai réécouté et les paroles ont coulé de source. Par contre "It Takes A Man" m'a demandé plus de temps.

[IMAGE1]

Ce nouvel album est plus orienté blues Rock, avec moins d'influences tziganes et flamenco, qu'est-ce qui t'a poussé à changer de nouveau de formule ? Est-ce sciemment ?
Oui, tout à fait. Je ne voulais pas de trompettes, violons et autres cordes ce coup-ci.
Parfois, cela fait du bien de revenir à la formule basse/guitare/batterie, une musique directe et simple. C'est agréable ! Les titres ont été composés de façon simple et spontanée et enregistrés de la même manière. Les musiciens n'avaient jamais entendu les titres avant leur arrivée. Nous nous sommes tous réunis dans la même pièce, je jouais le truc, ils me suivaient et très vite nous faisions une prise. Cette ambiance d'interprétation sur le fil, très énergique et concentrée est magique. Cela change de cette trop grande aisance et connaissance des morceaux où l'on perd cette énergie.

Ta carrière est très diversifiée, mixant Blues, Flamenco, Tzigane…Tu as joué avec Living Colour, Joe Strummer, George Clinton, Les Claypool… Comment expliques-tu cette diversité musicale ?
Je n'ai pas de réelle explication. La meilleure réponse que je puis te donner c'est que quand j'étais jeune, mes parents avaient une grande collection de disques. Ils avaient tout de Bob Dylan, des Beatles et des Stones. On écoutait Led Zep, James Brown, Miles Davis, mais aussi Beethoven et Brahms, John Lee Hooker… J'ai grandi avec eux et j'ai toujours été fasciné par cette diversité.

Penses-tu que ta diversité puisse-être un inconvénient dans ta carrière ?
Oui ! Certainement. Beaucoup de gens peinent à comprendre ce que je fais mais, et je l'ai déjà dit, ça m'est vraiment difficile de me cantonner à un seul style. J'ai bien essayé mais je ne veux pas, ou plutôt je ne peux pas.

Que penses-tu des gens et des médias qui veulent classifier les artistes dans un genre bien précis ?
Cela ne sert que les médias et le business. L'artiste veut pouvoir s'exprimer sans barrière, limitation ou restriction. Mais le business l'y oblige. Cela ne tue pas la créativité heureusement. Bref, ce milieu est vraiment difficile et même si je comprends ce besoin de classifier, j'aurai toujours un problème avec ça !

Nous évoquions tout à l'heure les différents artistes avec lesquels tu avais travaillé. Lequel t'a influencé le plus, tout au moins dans ta façon de travailler ?
Les Claypool a eu une très grande influence. J'ai pu voir comment il créait et orchestrait son groupe et cette façon d'aborder la musique qui faisait du Funk Le Funk. C'était comme d'aller à l'école et apprendre. Ce fut un grand plaisir.

A une journée de la date française, qu'attends-tu de ce show ?
J'essaye de n'avoir aucune attente et de rester optimiste. C'est toujours une grande opportunité de jouer ici et je n'ai aucune raison de craindre que cela soit différent cette fois –ci.

Quelle relation entretiens-tu avec les auditeurs français ?
Beaucoup d'amitié car ils m'apprécient, moi et ma musique. Ils sont réceptifs et je leur en suis redevable.

Penses-tu que le fait d'être distribué par un label français (Bad Reputation) est une bonne chose pour ta carrière française ?
Sans aucun doute. Je suis avec eux depuis 2004. A cette époque Eric Coubard m'avait interviewé pas très loin d'ici. J'avais ma musique sur moi et je lui ai filé un CD, "Devil Moon" et c'est ainsi que notre relation a commencée.

Comment expliques-tu que des artistes comme Fishbone et toi êtes distribués par des labels français et non de gros labels internationaux ? Penses-tu que cela t'aurait permis une plus grosse carrière ?
Je pense qu'aujourd'hui que pas mal de labels permettent de distribuer de la musique à travers le monde. Ce n'est plus la spécificité des labels américains. Mon arrivée chez "Bad Reputation" a fait évoluer les choses pour moi. Ils me soutiennent beaucoup.

Toujours concernant ton lien avec la France, tu as joué avec Gov't Mule. Quelle est ta relation avec ce groupe ?
J'ai rencontré Warren Haynes par le biais de Dave Schools et nous avons joués ensemble plusieurs fois. C'est quelqu'un de très gentil et ouvert, un excellent musicien et un ami, tout comme le bassiste Allen Woody. Nous nous retrouvons parfois sur les mêmes festivals et c'est alors un plaisir et une opportunité de jouer ensemble.

Tu sembles plus à l'aise pour jouer avec un matériel acoustique plutôt qu'avec un tas d'effets électroniques. Est-ce bien le cas ?
J'aime l'électronique mais l'acoustique permet de développer un son et une approche de jeu unique. Jouer sur une guitare acoustique me permet d'obtenir une signature qui m'est propre et unique et cela me permet de mieux nuancer mon jeu, de pouvoir être parfois plus agressif avec des attaques plus lourdes. Mais j'aime toujours jouer avec une guitare électrique.

Si tu devais choisir une seule chanson afin de faire découvrir ta musique à quelqu'un, tu choisirais laquelle ?
Je ne sais pas du tout (Rires) ! Sur toute ma carrière ou sur le dernier album ?

Bon alors disons sur le dernier album.
"Filling A Hole" je crois, mais c'est tout personnel. Je ne sais pas si elle représente le mieux mon univers, certainement pas, mais elle m'est très personnelle et j'y suis attaché. Je dirais aussi "From Under Dow". Et toi, tu choisirais laquelle?

[IMAGE2]

J'aime beaucoup "Voodoo Head" pour son côté blues rock même si je sais également qu'elle n'est pas représentative. Sinon quel est ton meilleur souvenir de musicien ?
Question difficile (Il réfléchit)… Beaucoup de souvenirs me viennent en tête mais je me souviens surtout d'un super moment passé dans un petit bar de Barcelone. Mes parents étaient présents et c'était magique. L'endroit était rempli de monde, nous avions un gros son et l'ambiance est devenue magique.
Comment ne pas évoquer également les tournées avec Joe Strumer ? Nous passions des nuits à boire ensemble.
Ma première fois en studio avec George Clinton fut un grand moment également.

Et maintenant ton pire souvenir ?
(Rires)… Le plus vieux en tout cas c'était quand j'avais 16 ans. C'était pour une grosse fête dans laquelle je devais jouer. Derrière la scène, il y avait un tas de gens et au moment de monter pour jouer, je suis resté pétrifié, impossible de bouger. Il faut dire que j'avais fumé de la marijuana et j'étais honteux devant tout ce monde, je me sentais humilié.
Cela m'est arrivé à deux reprises et après je me suis juré de ne plus fumer de marijuana. Cela fait maintenant 30 ans que je n'y ai plus touché. Avant un concert bien sûr (Rires), sinon j'ai dû en fumer une fois en dehors mais cela fait bien longtemps. Mais il ne faut jamais dire jamais plus (Rires).

Quel était ton rêve étant enfant ?
Jouer de la musique.

Tu dois être fier d'y être parvenu, surtout de pouvoir le faire devant tes parents comme tu le disais tout à l'heure.
Oui, ils m'ont toujours supporté dans mon travail. J'ai également la chance d'avoir de nombreux fans et d'avoir fait des albums qui marchent bien.

Quelle est la question que l'on t'a trop souvent posée ?
Quel genre de musique joues-tu ?

Et à l'inverse, quelle est la question que tu aurais aimé que l'on te pose ?
Question intéressante ! (Il réfléchit longuement…). Tu me poses une colle ! "Quelle est mon parfum de glace favori ?"

Eh bien justement c'est lequel ?
Le meilleur !!! (Rire satisfait).

Quelques mots en français pour les lecteurs de Music Waves et peut-être en français ?
(En français dans le texte) Merci beaucoup d'écouter, je suis reconnaissant. Merci de votre support et de votre soutien !


Merci à Roger de Replica, Loloceltic pour ses questions et enfin et surtout Mr Blue qui a rendu possible la lecture de cette interview…


Plus d'informations sur http://www.ericmcfadden.com/
 
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