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LOREENA MCKENNITT (06 AVRIL 2012)


TYPE:
INTERVIEW
GENRE:
AUTRES
Quand une artiste comme Loreena McKennitt est de passage à Paris à l’occasion de son unique concert en France, MusicWaves se devait de tout mettre en oeuvre pour rencontrer cette icone rare ne serait-ce que pour une interview éclair...
STRUCK - 30.05.2012
Quelle est la question qu’on t’a trop souvent posée ?
Loreena McKennitt : (Rires) On ne m'a pas posé si souvent la même question. Non, c’est même assez fascinant de le constater (Sourire) !

Malgré tout, les fans français doivent souvent te demander pourquoi tu te fais si rare en France ? Par exemple, tu ne fais qu’un concert ce soir à Paris, alors que tu joues 4 ou 5 fois chez nos voisins italiens ou espagnols ?
Oui, c’est vrai ! Mais je ne saurais pas répondre à cette question parce que ce qui se passe c’est que je parle à mon agent et nous déterminons une certaine durée de tournée. Nous savons que c’est un vrai travail de fond et je n’ai pas de réponse pour toi parce que c’est une cascade.

Ca ne dépend pas seulement de toi.
Non, non ! Non pas du tout ! En général, pour faire une tournée, il faut se tenir informé de l’argent disponible, des bonnes scènes disponibles et du trajet pour que tout cela prenne sens ! Mais c’est vrai, traditionnellement, nous faisons quelques rares concerts ici en France. Mais j’aimerais en faire plus et je vais me renseigner pour savoir pourquoi nous n’en faisons pas plus afin que vous vous rendiez tous compte que je ne m’en fiche pas (Rires).

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Malgré tout, comment expliques-tu que tu sois considérée comme une icone en France même si tu es rare dans les médias ?
Et bien, je ne sais pas (Rires) ! Je ne passe pas trop de temps à penser à ma perception vis à vis des autres personnes. Mais la question était de savoir si j’étais une icône qui était assez inconnue des médias ?

Oui, tu es une icône auprès de tes fans…
Hum, hum…

… mais les médias ne t’accordent qu'une place très limitée !
Eh bien, je ne sais pas. En fait, ça dépend, tous les médias sont différents aussi ! Je veux dire que nous parlons des médias (Rires) ! Je suis hyper-fascinée par les médias, et notamment Google avec cette technologie de la connexion. Bien sûr, j’ai toujours été plus connue en Grande Bretagne et bien sûr, dans les journaux comme The Guardian avec cette histoire de livre qui nous a rendu tristement célèbre (NdStruck : concernant un livre écrit par un ancienne collaboratrice de Loreena que la cour anglaise a jugé détenir des informations privées utilisées à mauvais escients : jugement qui a créé un précédent dans la juridiction du Droit à Vie privée des Célébrités). Mais pour répondre à ta question, je pense que pour les médias conventionnels en France, je ne remplis pas certains critères qui les intéressent, ou je n’ai pas une représentation assez suffisante ici. Je ne sais pas ! C’est délicat parce que je suis une personne très réticente à tout ça : je voulais être vétérinaire et je n’ai jamais eu d’appétit pour être très connue ou populaire. En bref, je pense que c’est un peu de tout ça qui explique la place qu’on m’accorde dans les médias (Sourire) !

Malgré tout, tu es consciente qu’au début des années 2000, la vague celtique a connue une sorte de…
… résurgence…

Exactement, et comment expliques-tu que tu n’ais pas fait partie de cette vague ?
Je n’ai jamais voulu être dans un wagon. Je marche sur mon chemin à mon propre rythme, je vais où mon intérêt me mène. Par exemple, pour cette tournée, c’est la première fois que j’utilise le mot "celtique" et je suis très réticente à l’utiliser parce qu’il y a plein de personnes qui font partie de cette mode et je ne suis pas intéressée par ça !

C’est vraiment ce qui te caractérise et ta façon de voir la musique ?
Ouais !

Ta musique est basée sur tes expériences personnelles, tes voyages pour découvrir de nouvelles cultures… On peut dire que tu es un sorte de musicologue, non pas dans sa définition littérale mais plutôt dans le sens où tes expériences, tes rencontres nourrissent ta musique.
Oui, oui, je suis totalement d’accord avec ce que tu viens de dire ! Quand j’ai réalisé que je ne pouvais pas être vétérinaire, j’ai étudié l’histoire celte. C’était une sorte de quête subconsciente pour ma propre éducation de l’histoire celte. Et comme j’avais quelques talents musicaux, cela a, en quelque sorte, poussé mon éducation, mes informations à se déverser dans ma musique. C’est un peu comme ça que ça s’est passé et que j’ai pu en faire carrière et bien en vivre (Rires) !

Cela rejoint tout à fait ce que tu disais, à savoir que tu ne suis pas les modes mais tu suis ta propre…
… curiosité !

C’est aussi pourquoi tu as commencé ta carrière en faisant une musique celte qui, au cours des années, s’est enrichie d’éléments d’autres cultures et plus particulièrement orientales. Ce n’est pas seulement de la curiosité ?
Eh bien, c’est essentiellement de la curiosité ! Les musiques que j’ai produites, que ce soit en suivant l’histoire des Celtes, en allant en Asie Mineure, ou en Turquie, je voulais également introduire des items indiens afin de fabriquer ma propre musique, mais j’ai également eu des cours classiques et travaillé avec des musiciens qui jouent du jazz ou du rock’n’roll, et toutes ces influences se fondent dans ma musique ! Ce n’est pas seulement une question de culture, c’est également une question d’attitude !

Peut-on dire que cette richesse explique que tu sortes si peu de disques ?
Je le suppose ! Mais je produis un disque tous les deux ans, même si les dernières années, c’était plus tous les trois ans (Rires) ! Mais il y a eu un grand vide entre 1998 et la sortie de "The Book Of Secrets", et "An Ancient Muse" qui est sorti en 2006, je crois. C’est aussi que les thèmes que je traite découlent de projets spéciaux, et cela me prend deux ans pour construire un de ces projets : à commencer par le temps pour faire les recherches, puis l’écriture, ensuite aller au studio, enregistrer, mixer, puis faire une tournée promotionnelle à travers les territoires, et rien que cela me prend 6 mois ! Donc, le temps passe très rapidement !

Tu as évoqué 1998 et "The Book Of Secrets". Cela m’amène à te demander comment tu juges tes premiers albums ? Changerais-tu quelque chose si tu devais les refaire aujourd’hui ?
Non, non, je ne pense pas ! Je pense que c’est intéressant de voir que les sujets qui sont évoqués dans ces albums ont fait ces albums. C’est intéressant pour moi de voir ce que je pouvais faire à l’époque. Des enregistrements typiques contiennent des morceaux traditionnels comme "She Moved Through The Fair" ou "Carrighfergus". Pour le Winnipeg Folk Festival, j’ai également travaillé dans un théâtre et la production de la musique d’un poème de William Blake sur mon premier album "Elemental". Cela a des effets sur ta façon de sonner ! Le fait d’avoir travaillé dans un théâtre avec les lumières, les effets sur le son, etc… rétrospectivement, je peux voir à quel point cela a eu un impact depuis, sur mon cycle créatif : je veux peindre des images, je veux peindre des chansons imagées !

Une sorte de musique cinématographique…
Oui, oui, oui ! Et cela ne m’a plus jamais lâché depuis !

Tu composes ta musique ainsi avec des images en tête ?
Oui ! C’est ce que font les voyages sur moi : voyager avec toutes ces images, ces sons… Je me souviens que je voulais peindre une image avec un désert et je me demandais comment réaliser le son créé par un mirage qui brouille ton image (Elle souffle). Ce son était parfait, mais quand je me suis rendu au studio pour évoquer cela aux musiciens, il fallait utiliser des couleurs, des images (Rires) !

A ta description de ta musique, on pourrait se demander si tu n’étais pas frustrée de ne faire passer tes émotions que par la musique et pour aller plus loin, ne souhaiterais-tu pas l’intégrer dans un grand projet dans lequel tu ajouterais des images, des films ?
J’adorais, j’adorais ! Mais il y a 7 ans, quand j’ai enregistré dans les studios de Peter Gabriel en Angleterre, Peter semblait vraiment intéressé quand je l’ai rencontré. Il y a eu un hommage à Toronto avec différents artistes comme Joni Mitchell et Peter Gabriel, et j’ai discuté avec Peter qui m’a présenté Robert Lepage (NdStruck : metteur en scène, un auteur dramatique et cinéaste québécois) qui est une personne très, très intéressante et j’adorerais travailler sur un projet multimédia qui mélangent les médias. J’y pense vraiment beaucoup maintenant parce que si je considère que ce concept est bon, mais j’aimerais vraiment revenir sur quelque chose de plus orienté théâtre ou des éléments plus tragiques et les intégrer dans mes concepts afin de faire quelque chose de plus 'upgradet' !

Tu as évoqué Peter Gabriel, dans un registre progressif, connais-tu le projet "Excalibur" d’Alain Simon ?
Non !

Parce que ce projet peut correspondre à ton univers musical et réunit des invités comme Roger Hodgson, John Anderson, Alan Parson…
(Visiblement intéressée) Ah bon ?

Les lecteurs de MusicWaves sont assez surpris de constater que tu n’es pas invitée dans ce genre de projet ?
Je veux dire que je vis dans une grotte (Rires) !

Il y a-t’il des artistes avec lesquels tu souhaiterais travailler ? De nombreux fans rêvent d’un projet t’associant à Mike Oldfield: est-ce un projet réalisable ?
Pourquoi pas ! Oui, j’adorerais, ça serait très intéressant ! Il y a certains artistes avec qui ça serait intéressant de travailler et lui en fait partie.

Connais-tu Carlos Nunez ?
Oui, oui…

Fait-il partie de ces personnes avec qui tu aimerais travailler ?
Oui, oui…

D’autant que vos orientations artistiques sont assez proches.
C’est vrai !

Mais ce ne semble pas être l’orientation que tu souhaites donner à ta carrière : travailler avec un autre artiste ?
Un des projets, sur lequel je suis en train de faire des recherches, concerne les Celtes au centre de l’Europe. Je suis en train de discuter avec des collègues pour savoir comment faire en sorte d’encourager ces noms à venir à collaborer avec moi aussi bien des gens de Scandinavie, des Britanniques, etc…

Sans transition, comment arrives-tu à garder une voix aussi belle après toutes ses années ?
Je ne sais pas. Mais quand je suis en tournée, je suis très stricte sur ce que je mange. Je fais de l’exercice : je cours tous les jours et en particulier le jour des concerts.

Quelle est ton meilleur souvenir d’artiste ?
Mon meilleur souvenir de musicienne ? Je dirais la communion que nous avons sur scène avec les autres musiciens. Ce sont des musiciens parfaits, c’est comme si on te donnait les clés d’une voiture et tu te rends compte au moment de la conduire que c’est une Porsche (Rires) ! Ce sont non seulement des fantastiques musiciens, mais également des personnes adorables et drôles !

Tu as évoqué ton meilleur souvenir, au contraire, quel pourrait être le pire ?
Oh, je ne sais pas ! Cela ne dépend pas des pays, c’est plus une question de malchance. En fait, je m’en souviens d’un où le son dans la salle était très dur et j’étais très anxieuse à ce propos (Rires) ! Nous avons travaillé énormément sur le son et je me souviens avoir bataillé pendant tout le concert, alors que c’est censé être assez basique de pouvoir délivrer un concert. Et je me souviens d'avoir quittée la scène en pleurant, descendant les escaliers en m’essuyant et je ne suis pas revenue pour un rappel. Je ne me plains pas, nous avons tellement eu des sublimes moments !

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Tu as souvent dis que tu voulais être vétérinaire, penses-tu que la vétérinaire que tu souhaitais être serait fière de ce que tu es devenue ?
(Rires) Oh, c’est un monde si différent ! Je vis toujours dans un monde entouré de fermiers. Je suis toujours en contact avec ce monde ! Quand je m’assois à une table avec eux autour d’une tasse de thé, ils me demandent quel coin du monde je vais visiter pendant ma tournée. Un peu comme si j’allais sur la Lune (Rires) !

En 1974, quand tu as joué pour la première fois au Winnipeg Folk Festival…
Oui, c’est vrai (Sourire) !

… pensais-tu que tu serais à répondre à cette interview ?
(Rires) Non, non, non ! Non, je n’avais aucune idée d'où ça me mènerait !

Malgré tout, es-tu fière de ce que tu es devenue, et de faire ce concert au Grand Rex ce soir ?
Oui, oui, oui ! C’est très gratifiant ! Outre le fait d’avoir travaillé avec des personnes vraiment excellentes, beaucoup plus que moi, et qui m’ont aidé à rendre tout ce que j’ai fait possible. La chose la plus gratifiante est que les gens viennent au Théâtre voir mon concert et me voir après le concert pour un autographe pour partager un moment…

… et te remercier pour ta musique qui leur donne tant d’émotions !
Oui, oui et je trouve ça très touchant !

On a commence cette interview par la question qu’on t’a trop souvent posée, au contraire quelle est celle que tu souhaiterais que les lecteurs de MusicWaves te posent ?
Oh (Rires) ! Je ne sais pas, je ne sais pas (Rires) !

Enfin, souhaiterais dire un dernier mot aux lecteurs de MusicWaves et peut-être en français ?
(Rires)Non, mais ce qui traverse mon esprit est que d’être sur scène est une technologie fantastique et toutes ces choses qui les rendent possibles… Mais je voudrais rappeler aux gens de revenir et profiter et ne pas complément oublier le monde analogique (Rires) : sentir les fleurs…

Merci pour beaucoup pour ce dernier mot, j’aime beaucoup !
Merci (Sourire) !


Un grand merci à Olivier de Replica, TonyB, Loloceltic et Sylvia pour leur contribution.


Plus d'informations sur http://www.quinlanroad.com/
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MR.BLUE - 30/05/2012 19:39:09
Un peu de douceur dans ce monde de brut ! Belle interview !
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