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A PROPOS DE:

CHRISTOPHER CROSS (28 MARS 2012)


TYPE:
INTERVIEW
GENRE:
ROCK

Quand l'opportunité de rencontrer Christopher Cross - l'auteur de tubes sublimes tels que "Ride Like the Wind" ou "Sailing"- se présente à MusicWaves, il est certain que quelque chose de spécial va se passer ! Morceaux choisis d'une rencontre magique...
STRUCK - 01.06.2012 - 3 photo(s) - (0) commentaire(s)
Je travaille pour le site français MusicWaves anciennement ProgressiveWaves, qu’évoque pour toi la musique progressive ?
Christopher Cross : Mes liens avec la musique progressive sont Alan Parson et David Gilmour que je connais mais je n’ai jamais été un grand fan de sa musique et c’est la même chose avec Yes et Jon Anderson… je n’ai jamais été un grand fan de ce type de musique, j’étais plus attiré par la musique basées sur l’écriture des paroles. Ce qui n’empêche pas que je respecte énormément ce qu’ils ont fait pendant toutes ces années et personnellement, j’ai été très proche de Alan Parsons, je le connais très bien.

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Tu as notamment chanté sur un de ses albums.
Ouais, sur son album "On Air" je crois (NdStruck : sur le titre "So Far Away").

Exactement.
Tu remarqueras que sur tous les albums d’Alan, il y a des invités parce qu’Alan n’est pas vraiment un chanteur. Il m’a demandé d’enregistrer une chanson et nous sommes devenus des amis proches, c’est un mec super qui est une sorte d’icône également.

Quelle est la question qu’on t’a trop souvent posée ?
La question qu’on m’a trop souvent posée est liée à mon succès rapide et on me demandait souvent comment je vivais le fait de ne plus le connaître après l’avoir eu si rapidement.
C’est une question stupide parce que dans ma vision de la musique, tout succès est aléatoire, c’est très difficile de connaître le succès. Mais avoir celui que j’ai eu, avoir mon nom connu par tous a été un super départ pour ma carrière…
Mais c’est également une question vampirisante parce que la presse veut boire ton sang, elle veut te savoir malheureux… mais c’est comme un joueur de football qui est trop vieux pour jouer : il a eu une super carrière, il a maintenant des enfants, une famille… c’est une sorte d’équilibre entre les âges et tu apprécies chaque chose à sa juste valeur. Tu comprends ce que je veux dire ?
C’est une question qu’on m’a trop souvent posée et c’est du bla-bla parce que je ne sais pas trop quoi dire : ça vraiment été super au début d’avoir eu cet énorme succès mais ça a également été écrasant et maintenant, je fais ce que j’aime faire et ma vie est plus calme et simple.

Tu vas jouer dans quelques jours à Paris, comment te sens-tu ?
C’est exactement ce que je te disais, c’est fantastique d’être à Paris, ma ville préférée et jouer pour les français ! L’an dernier, j’ai joué à La Cigale et cette année, c’est le Trianon : nous allons nous seulement y faire un concert mais nous allons enregistrer un Dvd live !
C’est cool pour un américain de pouvoir enregistrer un Dvd live à Paris parce que pour les américains voir "Live in Paris" c’est quelque chose de très sexy (Sourire) parce que beaucoup n’ont pas eu la chance de venir ici ! Donc c’est très excitant !

A l’inverse, un "Live in New-York" est tout aussi sexy si ce n’est plus pour un auditeur non américain.
C’est vrai ! Mais je pense que le marché mondial est si grand que nous optons pour être sexy pour celui des Etats-Unis.

Ton actualité est ce nouvel album tant attendu "Doctor Faith". Tu es conscient que plein de fans se demandent pourquoi tu n’as pas enregistré d’album studio depuis 1998. Ce n’est pas un manque d’inspiration ?
Non ce n’est pas le cas ! Ce qui s’est passé c’est que j’ai été marié pendant longtemps -18 ans- et j’ai divorcé ! Et émotionnellement, la partie business d’un divorce plus les enfants… bref... donc j’ai passé du temps avec eux, j’ai dû reconstruire ma vie en tant que célibataire… c’est une des raisons ! Mais pendant ce temps, j’ai fait un album "A Christopher Cross Christmas". Et je ne sais pas. Je n’avais pas de maison de disques à ce moment-là, j’ai également changé de manager qui me suivait depuis le début… Il y a eu beaucoup de changements qui ne m’ont pas aidé pour enregistrer un nouvel album.

D’un autre côté, d’autres fans peuvent penser que le retour n’a qu’un but commercial : que souhaites-tu leur répondre ?
Oui je comprends mais c’est assez clair que ce n’est pas le cas ! Tout le monde sait que les ventes de CDs ne seront pas bonnes en raison du téléchargement illégal et différentes autres choses en provenance du milieu. Mais l’album a été très bien accueilli par les critiques. Cet album n’est pas une tentative de refaire "Ride Like the Wind", je pense qu’avec mon partenaire Rob Meurer nous avons fait en sorte que cet album soit très intelligent et très bien écrit. Je l'ai également produit et c’est la première fois que je fais ça : je suis très content et fier de cet album !
Les chansons sont assez abstraites, ce ne sont pas juste des chansons d’amour ou de la musique commerciale pour danser, c’est un album très artistique : je me fous du reste !

Concernant l’aspect commercial, as-tu déjà ressenti de la pression de la part de ton label afin que tu sortes un nouveau tube ?
Tu vois ça fait partie des questions que je n’aime pas trop. Tous ces gens ressentent cette pression et te la font supporter mais je me fous de ça ! Même aujourd’hui, quand quelqu’un me demande en France, d’écrire une chanson énergique comme « Ride Like the Wind » avec ses sentiments positifs en raison des évènements économiques peu réjouissants, j’ai essayé de lui expliquer que je n’écris pas une chanson à propos d’un arbre juste en regardant un arbre ce n’est pas ainsi que je fonctionne.
Clairement pour moi, je n’entends pas ces personnes... Un artiste très connu m’a appelé après la sortie de mon premier album, il était très connu pour faire des ballades et aurait aimé que je lui écrive une chanson avec une touche « Ride Like the Wind » et je lui ai répondu que si j’étais capable d’écrire une autre chanson comme ça, je ne la lui donnerais pas (Rires) !
Je veux dire que "Ride Like the Wind" est une super chanson mais c’était à un moment donné de ma vie. Toutes ces chansons proviennent d’un moment de ma vie et à ce jour, j’aime plus les chansons du nouvel album que "Ride Like the Wind" ou "Sailing". Elles viennent d’où elles viennent, je ne suis pas une personne très mystique mais elles viennent clairement d’un endroit mystique !

Tu m’as expliqué que ta vie a connu beaucoup de changements durant ces dernières années, penses-tu que ces changements ont influencé ta façon de composer ?
Bien sûr ! Toutes les expériences, les influences musicales de ma jeunesse qui sont Brian Wilson, Mc Cartney, Buddy Holly… toutes ces personnes ont créé un langage musical ! Et ton langage émotionnel, ton langage musical viennent de tes émotions, de choses qui se sont passées dans ta vie : comme je le dis, je n’écris pas une chanson aujourd’hui sur ce qu’il s’est passé hier, c’est plus vieux que ça mais définitivement, elles le sont !
Sur le nouvel album, la chanson "November" traite d’une relation qui prend fin parce qu’ils sont trop vieux et que la relation est trop vieille et ils se quittent au Novembre de leur vie. Certaines personnes pensent que ça parle de mon mariage, ça pourrait être le cas mais c’est difficile de le dire. Ce qui est sûr c’est que toutes les choses viennent d’expériences personnelles ! Ca me rappelle une chanson sur mon cinquième album "Rendez-vous" qui s’appelle "Deputy Dan" et qui parle de nous, écoutant du Steely Dan et espérant devenir comme eux... Toutes ces chansons sont très liées à l’expérience mais elles viennent d’une façon que tu ne contrôles pas, ce n’est pas évident !

La place du clavier est moins importante que précédemment : pourquoi ?
Michael Omartian -le producteur des quatre premiers albums et un vrai frère pour moi- est un brillant claviériste, il a joué sur tous les albums de Steely Dan. J’ai énormément appris de lui en tant que producteur et en tant qu’homme mais après cette longue pause j’ai décidé de produire l’album moi-même. C’était déjà le cas de l’album de Noël. Et parce que je suis guitariste, j’ai considéré cet album sous un angle guitare. Les gens pensent que je joue du clavier mais ce n’est pas le cas. Je suis un grand fan de Crowded House, Tom Petty qui ont ce type de sonorité !

Cela peut expliquer la présence d’Eric Johnson sur le solo de "Hey Kid"? Peux-tu nous expliquer la rencontre avec Eric Johnson qui est un guitar hero !
C’est vrai ! Je viens de San Antonio au Texas et j’ai rencontré Eric quand j’étais adolescent puis j’ai déménagé à Houston où j’habite encore. J’ai grandi avec Eric mais aussi Billy Gibbons et Stevie Ray et j’ai développé mon propre style après avoir eu un jeu très typé rock texan au contact de tous ces gens. Je suis toujours proche de ces gens, je suis très proche d’Eric, je vois beaucoup Billy, Stevie nous a quitté depuis. Nous avons toujours été en contact avec Eric et nous voulions faire quelque chose, un projet ensemble. Ce sont vraiment mes racines musicales et les gens ne pensent pas que je suis un guitariste parce que mes chansons sont mélodiques et sonnent plus comme des chansons de Brian Wilson.

Tu sembles un peu déçu de constater que les gens te voient plus comme un compositeur mélodique qu’un guitariste, c’est une idée ?
Et bien, tu vois, je ne peux pas être déçu de quoique ce soi, je suis si chanceux. Mais dans le même temps ce qui est intéressant c’est de constater qu’Eric aimerait avoir plus de reconnaissance en tant que compositeur ! Eric écrit les chansons, chante… et les deux artistes qu’il voulait rencontrer étaient Joni Mitchell et Stevie Wonder alors que les gens pensent qu’il aurait voulu rencontrer Jeff Beck ! Donc c’est vrai ! Ca me rappelle qu’Eric a demandé à un magazine de guitares pourquoi il ne consacrait pas une page à Christopher Cross, ils lui ont répondu : "Non, ce n’est pas une bonne image pour nous !" et ce, même si je joue bien !
Mais ce n’est pas bien grave qu’on ne me reconnaisse pas pour mon jeu de guitare, l’essentiel est que je sois reconnu pour mes chansons ! Pour les artistes, c’est toujours la même chose et c’est amusant, c’est comme pour Brian Wilson, je pense que c’est un génie parce qu'à chaque chanson, il fait sauter la banque !

Un autre invité est le dorénavant traditionnel Michael McDonald présent dans quasiment tous tes albums. Quelle est ta relation avec lui parce qu’il chante sur le titre éponyme de ton dernier album "Doctor Faith" et enfin, comment expliques-tu que chaque titre dans lequel il chante avec toi soit un tube ?
Je ne pense pas que "Doctor Faith" soit un tube (Rires) ! Michael est un de mes meilleurs amis, je l'ai rencontré en 1977 quand j’ai fait mon premier album et c’est Michael Omartian qui l’a invité en raison de ses liens avec Steely Dan. Puis, nous sommes devenus amis parce que sa femme Amy Holland est une chanteuse et nos enfants sont nés et ont grandi ensemble… nous sommes devenus très, très proches. Mais je ne le fais pas chanter sur mes chansons, juste pour le faire chanter. Je pense que les thèmes collent parfaitement à sa voix comme sur la dernière chanson "Doctor Faith" où il chante le titre avec sa voix grave si particulière, c’est génial !
En fait, je ne prends pas des invités, histoire d’avoir des invités : sur le nouvel album "Doctor Faith", il y a seulement deux invités qui sont Michael et Eric ! Pour ce dernier, je devais mettre un solo mais rien de ce que je faisais ne semblait assez bien pour la chanson donc je lui ai demandé de jouer quelque chose parce qu’il est incroyable et son solo est super !

Comment expliques-tu que tu sois si doué pour composer de si belles mélodies qui sont encore dans les mémoires collectives ?
Merci, ça me touche beaucoup ! Et bien, comme je te l’ai dit, ce sont toutes les influences que j’ai récupéré au début de ma carrière : Everly Brothers, Boddy Holly… et ensuite, l’invasion anglaise avec Paul McCartney, Brian Wilson. Brian est une énorme influence comme Carl Wilson d’ailleurs, ce sont de grands compositeurs mélodiques. Mais ma plus grande influence est bien entendu, Joni Mitchell, mon dernier album lui est d’ailleurs dédié.
Toutes ces personnes sont des compositeurs si humbles et mélodiques, j’ai tellement écouté leur musique qu’elle est devenue une partie de mon vocabulaire mais heureusement, elle sort avec mon propre style ! Je crois que c’est Jackson Browne qui a dit que : "nous sommes tous un peu des autres" mais heureusement, cela sort avec ta propre voix et tu ne sonnes pas trop comme un autre. Il y a eu tellement de compositeurs qui sont sortis et ont sonné comme James Taylor : ils étaient tellement influencé par James qu’ils sonnaient exactement comme lui !
Je ne veux pas être un "Mini-moi" (Sourire), je voulais être moi-même. Et par chance, même vocalement, je ne sonne pas exactement comme Carl Wilson des Beach Boys, une autre influence. D’ailleurs j’ai chanté quelques chansons de Carl avec les Beach Boys, et Mike Love qui jouait à mes côtés m’a dit quelque chose après le concert qui m’a énormément touché à savoir qu’il avait l’impression que Carl était présent ! C’est un énorme compliment de la part de Mike de me dire une telle chose parce que c’était un rêve de devenir Carl !

De façon générale, quel a été l’accueil du public pour ce nouvel album "Doctor Faith" ?
L’album a été très bien accueilli par les critiques et les personnes du public qui ont écouté l’album l’ont beaucoup aimé ! Les personnes qui viennent au concert me disent à la fin de chaque concert qu’ils aiment beaucoup les nouvelles chansons même si ils ne les connaissaient pas avant de venir. C’est toujours la même chose, les gens viennent parce qu’ils aiment "Sailing" mais après qu’on leur ait joué certaines chansons de "Doctor Faith", ils constatent qu’ils aiment beaucoup ces chansons et vont se procurer l’album pour l’écouter.
Les gens doivent être exposés à cet album et c’est tout l’intérêt de tourner, nous ne jouons pas juste des chansons de ma vieille discographie et les gens sont surpris de voir qu’ils aiment les choses nouvelles.
Concernant les chroniques, j’ai été très chanceux parce qu’elles ont été très enthousiastes. Et les deux choses sont cools, les critiques en général dans la presse écrite et plus spécifiquement dans les pays étrangers - comme toi - comprennent mieux les mots, le concept des chansons parce qu’elles sont très abstraites ce qui n’est pas toujours le cas du public normal.

A quoi doivent s’attendre les fans de Christopher Cross pour le futur ?
Eh bien étrangement, je suis en train de travailler sur un nouvel album, je suis très prolifique actuellement. A ce jour, Rob avec qui je travaille et moi-même avons 16 chansons en cours. Donc, je pense que vous devriez voir ce nouvel album l’année prochaine probablement. J’ai l’habitude de plaisanter en disant que les 13 chansons qui composent "Doctor Faith" ont été composées en 12 ans, c’est à dire plus d’une année par chanson ce qui est énorme (Rires) ! Mais je pense que le prochain album sortira l’année prochaine c’est à dire en 18 mois parce que nous écrivons beaucoup !
C’est amusant car il aura fallu être plus âgé, être dans la dernière partie de notre carrière pour être si énergisé… mais cela n’a rien à voir avec un quelconque succès commercial, nous ne sommes pas au sommet des charts mais nous sommes plus enthousiastes que jamais à l’idée d’écrire, c’est une bonne chose d’une certaine façon !

A propos d’écriture, même si tu es plus prolifique que jamais, quand tu commences le processus de composition, n’as-tu pas le sentiment que tout a été dit dans un style musical que tu arpentes depuis plus de 30 ans ?
Non, non, non, pas du tout ! C’est de plus en plus difficile d’écrire au fil dans années parce que tu as déjà fait du bon travail et tu estimes que tu dois faire mieux ! Et c’est la même chose avec d’autres artistes que j’apprécie comme Randy Newman, Tom Waits… j’aimerais écrire des chansons aussi bonnes que les leurs. Quand j’écoute "Real Emotional Girl" ou "I think its gonna rain today" de Randy Newman, c’est le genre de travail que je voudrais faire !
Et comme je l’ai dit à Joni Mitchell, je n’imagine pas que ma musique puisse apporter autant de choses que sa musique a pu m’apporter. Il m’a répondu qu’il comprenait mais que c’était le cas parce que plein de gens préféraient ma musique à la sienne ! Donc, j’ai ce but, celui de m’améliorer ! C’est cool parce que j’ai toujours un but, un objectif et je dois me battre pour y arriver !

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Quel est ton avis sur l’industrie musicale actuelle ?
Je suis assez ignorant. Je ne connais pas trop les jeunes groupes, il y a définitivement des personnes de talent quand j’écoute certains titres à la radio ou au restaurant comme les Smashing Pumpkins. Ce n’est pas un groupe récent mais même si je ne les connais pas plus que cela, je les aime beaucoup ! Je suis triste parce que je ne prends pas le temps pour dénicher de nouveaux groupes alors qu’il y en a énormément de talentueux que j’aimerais si je les entendais !
Actuellement, il y a beaucoup de rap. Je respecte vraiment la forme artistique de ce genre de musique mais je dois admettre que ce n’est pas quelque chose que j’écoute beaucoup : ce n’est pas mélodique donc ça ne m’attire pas.
Donc je ne sais pas trop ce qui se passe en termes de nouvelles musiques ! Le dernier artiste que j’ai vraiment adoré et acheté l’album est Imogen Heap qui est un groupe anglais de techno-pop. C’est assez étonnant parce que peu de monde les connait !

Quel est ton meilleur souvenir d’artiste ?
Hum… Mon meilleur souvenir de musicien ? Mince, c’est une question difficile. Je pense probablement qu’écrire des chansons : quand une chanson sort, quand une chanson commence à prendre vie… c’est un sentiment assez extraordinaire. Si je prends l’exemple de "Sailing", quand je l’ai sortie sous sa forme basique pour la première fois, c’était assez excitant parce que tu te dis que cette chanson est née et qu’elle est bonne : elle n’est pas terminée pour autant mais tu sais qu’il y a quelque chose !
Après, tu as l’aspect jeu. Quand j’ai eu à chanter pour la première fois en studio avec Carl sur mon second album, ça a été un sacré frisson de chanter avec lui. Avant mon succès, au tout début, je faisais des premières parties pour Led Zeppelin, des groupes comme ça, c’était dingue !

Tu as évoqué tes meilleurs souvenirs, au contraire quel pourrait être le pire ?
Le pire souvenir de musicien ? Et bien, laisse-moi réfléchir… Le pire souvenir de musicien a été quand je parlais à un journaliste pour un magazine de variété à Los Angeles qui m’a dit que la presse pensait que les deux pires récompenses des Grammy étaient Milly Vanilly et… moi !

Je comprends qu’on puisse penser que Milly Vanilly puisse l’être parce que tout le monde sait que ce n’était pas un vrai groupe mais toi ?
C’est ce qu’il m’a dit !

Mais c’est son opinion et celle d’une presse en particulier mais c’est loin de représenter l’opinion majoritaire.
Et bien, je respecte beaucoup la presse et en particulier la presse écrite comme je te l’ai dit ! Et le fait que cette affirmation vienne d’un journaliste de presse écrite m’a beaucoup touché ! J’ai écrit et chanté toutes ces chansons et même si je n’ai pas gagné face à un album comme "Sergent Pepper’s", j’ai quand même gagné une récompense cette année-là en face des plus gros albums jamais enregistrés par des artistes comme Pink Floyd ou Sinatra… Mais c’est surtout que je pense que c’est injuste parce que au-delà du succès que j’ai pu avoir par la suite, j’ai quand même ces chansons, ce n’est pas le cas de Milly Vanilly !
C’est vraiment le moment le plus sombre parce que je disais : "Mince, les gens de la presse pensent ça !". C’était déprimant !

Que voulais-tu faire gamin ?
Quand j’étais gamin ? Et bien, avant d’avoir 10 ans, je ne me souviens de rien. Mais mon père jouait de la musique quand il était jeune et même s’il est devenu docteur, on passait beaucoup de jazz à la maison ! Il m’a fait découvrir très tôt la musique jazz, le jazz contemporain comme Dave Brubeck et à 10 ans, j’ai demandé une batterie à Noël ! J’ai eu cette batterie et j’en ai joué pendant 6 ans !
Donc, dès l’âge de 10 ans, tout ce qui m’importait, tout ce que je voulais faire était de la musique !

Et y-a-t’il un lien entre le fait que ton père soit docteur et qu’il t’ai donné en quelque sorte la foi dans la musique et le titre de ce nouvel album « Doctor Faith » ?
(Visiblement surpris) Ah ? C’est très intéressant ! Je n’y avais jamais pensé mais j’aime beaucoup cette idée !

Alors c’est peut-être inconsciemment ?
Peut-être ? Mais c’est très intéressant parce que "Doctor Faith" n’est pas un thème religieux mais traite de spiritualité ! Mais c’est quelque chose d’intéressant ce que tu viens de soulever, c’est la deuxième fois qu’un journaliste me dit un truc étonnant ! La première fois c’était en Allemagne, sur mon album "Window" il y a une ligne qui dit : "arriver à maturité avec un sens de dignité" et le journaliste m’a dit que c’était comme ma carrière, plus je vieillissais plus mes chansons étaient dignes !
Et j’aime beaucoup cette idée que mon père puisse être "Doctor Faith" parce qu’il n’était pas une personne heureuse dans sa vie, il y avait plein de tristesse en lui… mais il m’a dit que quand il jouait de la musique, c’était les meilleurs moments de sa vie. Cela a eu un énorme impact sur moi : "La musique te rend heureux !". Dès lors, c’est ce que j’ai voulu faire ! Parce que je voyais bien qu’il n’était pas heureux mais je savais qu’il l’avait été une fois dans sa vie et je pense que c’est la raison pour laquelle j’ai voulu faire ça !

Il devait donc être très fier de ce que tu es devenu !
Il l’était ! Il nous a quitté depuis parce qu’il fumait et buvait trop. Quand j’ai reçu le Grammy, il était malade mais je pense qu’il était fier de moi ! Il n’était pas trop expansif, il ne partageait pas comme nous le faisons actuellement : en tant qu’homme, nous montrons plus notre affection ! Les pères de notre génération n’étaient pas très bons dans l’étreinte et l’affection et c’est quelque chose qui est nécessaire…

On a commencé avec la question qu’on t’a trop souvent posée, au contraire quelle est celle que tu souhaiterais que les lecteurs de MusicWaves te posent ?
Et bien, je pense que la meilleure question est celle qui parle des chansons afin de savoir de quoi elles parlent. J’aime qu’on me questionne sur les nouvelles, leur signification, les sentiments qui s’en dégagent. On ne me pose pas assez ce genre de questions ! Mais quand c’est le cas, c’est cool, c’est pourquoi j’ai beaucoup aimé ta remarque sur "Doctor Faith" !
J’aime parler des chansons, je n’en parle jamais assez !

A l’inverse, certains artistes ne veulent pas vraiment donner la signification réelle d’un titre préférant que l’auditeur se fasse sa propre idée.
Je pense que les vrais compositeurs doivent savoir de quoi leurs chansons parlent mais il y a des perspectives différentes comme celle de « Doctor Faith » à laquelle je n’avais jamais pensé : c’est vraiment une belle déduction que tu as faite sur ce titre, je vais en parler à Rob parce que c’est vraiment cool !
Je suis sûr que Walter Becker doit être fatigué d’expliquer ses chansons parce qu’elles sont très difficiles à comprendre, la plupart venant de la littérature ! Franchement, ça ne me dérange pas de parler à des gens assez curieux et attentifs qui me demandent de quoi parlent mes chansons parce que mon intention quand je fais une chanson est bien de la partager !

Et en fait, que souhaites-tu partager avec ton public ?
Et bien, les sentiments qui sortent et la révélation d’une chanson quand tu l’écris ! C’est comme pendant toutes ces années où j’ai écouté Joni Mitchell des centaines de fois. J’ai eu plein de révélations, compris ce qu’il voulait dire ! Ce genre de découvertes c’est génial ! Je préfère parler des chansons que de ma célébrité, les Grammy ou ce genre de conneries…
Quelques fois, les gens sont quelques fois surpris de constater quels sont les artistes que j’aime vraiment comme Randy Newman, Joni Mitchell… Je n’ai pas fait beaucoup de reprises mais je travaille actuellement sur une reprise de "She Belongs to Me" de Bob Dylan que j’adore… Il a fait tant de chansons extraordinaires !

Et pourquoi celle-ci ? elle a une signification particulière pour toi ?
J’adore particulièrement deux chansons de lui qui sont "Don’t Think Twice, It’s All right" et "She Belongs to Me". "She Belongs to Me" est formidable, elle parle d’une femme qui est inaccessible : elle est fascinante mais tu ne l’auras jamais parce qu’elle est trop étrange et belle !

Et y-a-t’il un lien avec ton expérience personnelle ?
Ouais parce que quand j’ai grandi, ma mère n’était pas trop dans l’effusion. Ca m’a beaucoup marqué et je comprends ce qu’être avec une femme avec qui tu n’as pas trop de connexions. Et dans cette chanson Dylan dit que tu peux tout lui acheter, tout lui donner, au final, ce que tu as, c’est un trou vide. Dylan est un incroyable génie, il a une façon à lui de dire les choses… et il y a toujours un lien avec quelque chose, c’est pourquoi certains artistes me parlent tant à moi et à Rob : Randy Newman, Don Henley, Paul Simon…
Il n’y a pas tant d’artistes que ça capable de dire autant de choses avec de simples mots et c’est sûrement la raison pour laquelle je ne m’intéresse pas à la dance, le r’n’b… ce sont peut être des morceaux extraordinaires mais je suis plus attiré par les textes qui ont des choses à dire : je pense que c’est le plus dur en termes de composition. La composition est dure mais ça constitue un tout avec les paroles. Michael McDonald disait : "Si tu ne peux pas t’asseoir avec une guitare ou un piano acoustique et jouer la chanson en communiquant : ce n’est pas une chanson !".

On pourrait faire le rapprochement avec scène metal qui fait passer un message, une critique de notre société
Il y a une énergie dans cette scène et une anarchie qui est importante. Mais comme pour le rap, le metal est une forme d’art que je respecte mais personnellement en tant que compositeur, je gravite dans une certaine sphère : c’est comme la peinture !
Pour moi, j’essaie de travailler de la meilleure façon et mes professeurs ont été Joni Mitchell, Bob Dylan… ces gens-là !

C’est la fin de cette interview, souhaites-tu dire le mot de la fin aux lecteurs de MusicWaves et peut-être en français ?
Non mon français n’est pas très bon sorti de (en français dans le texte) "Merci beaucoup !" (Rires) ! C’est un rêve qui devient réalité de jouer au Trianon et de faire ce Dvd Live. Je pense que c’est le dernier enregistrement live que je vais faire et ce sera un Dvd dans la ville dans laquelle je voulais le faire, dans cette très belle salle.
C’est spécial de pouvoir capturer ces moments, je suis avec un super groupe maintenant : j’ai 60 ans maintenant, qui sait pendant combien de temps je pourrais encore faire cela… donc c’est un grand moment d’archive dans ma carrière de pouvoir faire ce Dvd live à Paris dans cette belle salle… Le concert est complet ! Donc, je pense qu’il y aura plein de fans qui vont aimer la musique que l’on va jouer et c’est difficile de ne pas être trop excité parce que je ne veux pas manquer ce moment !

Et pensais-tu que tu serais si excité en 2012 quand tu as commencé ta carrière en 1979 ?
Non ! En fait, c’est amusant parce que je suis plus excité que jamais ! Et je pense que la raison est que je suis plus âgé et j’ai un sens de la mortalité : tu es plus jeune mais quand tu auras mon âge, tu réaliseras comme moi que j’ai perdu beaucoup d’amis, les choses ne durent pas éternellement ! Donc, tu apprécies tous les jours de la vie aussi bien ton travail, ta famille… les choses précieuses que tu dois apprécier ! J’ai un ami à Los Angeles, un guitariste de jazz de 60 ans et il y a deux semaines, il est devenu aveugle subitement : il a deux enfants… Il tient le coup avec beaucoup de courage… Il ne peut plus voir ses enfants, c’est devenu très dur pour lui de jouer… Donc nous devons être heureux pour chaque jour qui passe parce qu’il y a tant de gens qui n’ont pas cette chance. Et vivre aux Etats-Unis, en France, des pays sophistiqués qui ont des lois, une médecine sociale… c’est une grande qualité de vie, nous aurions pu naître et vivre en Afrique ! J’ai voyagé à travers ces pays et certains endroits d’Afrique sont dévastés et de voir comment les humains naissent et vivent dans la pauvreté et ne pourront pas s’en sortir : c’est une véritable tragédie ! Et j’essaie de trouver du sens dans tout cela, pourquoi sommes-nous ici à Paris et eux, là-bas : la meilleure chose que tu puisses faire est d’aimer ton travail et contribuer à la société de la meilleure façon qu’il soit et être la meilleure personne que tu peux. Tu dois vraiment être responsable parce qu’il y a tant de personnes qui n’ont pas cette chance !

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Et c’est ce que tu fais en donnant de l’émotion à tes fans ?
La dernière chanson dans "Doctor Faith", "Prayin’" est une chanson spirituelle qui dit merci et c’est ma prière préférée !

Merci.
(En français dans le texte) "Merci beaucoup !" (Rires), j’étais vraiment content de te rencontrer !


Merci à Sylvie Durand et Valérie Genries de Veryshow pour avoir rendu possible cette belle rencontre...


Plus d'informations sur http://www.christophercross.com/index2.html
 
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