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A PROPOS DE:

STEVE VAI (19 NOVEMBRE 2012)


TYPE:
INTERVIEW
GENRE:
GUITAR HERO

"Il y aura donc toujours des différences entre Jeff, Joe, moi et les autres…"
STRUCK - 23.11.2012 - 3 photo(s) - (2) commentaire(s)
Beaucoup te considèrent comme un guitariste de légende, te considères-tu toi aussi de cette façon ?

Steve Vai : C’est très bien d’être reconnu ainsi, pour sa contribution et je te mentirais en disant que je ne respecte pas cela. Mais pour autant je ne base pas mon identité là dessus. Je continue à faire ma musique. Tu sais on parle souvent de légende à propos des personnes qui ne sont plus de ce monde donc seul le temps nous le dira. Mais à ce moment là cela ne me concernera plus… Car je serais mort (Rires) !

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Quelle est la question qu’on t’a trop souvent posée ?

Des questions concernant David Lee Roth ou mon passage dans Whitesnake, dans Zappa, bien que ça ne me gène pas de parler de Zappa…


Cela sous entend que ça te gène d’évoquer David Lee Roth ou Whitesnake ?

Ce n’est pas que ça me gène mais j’en ai assez… 20 ans après, certains me considèrent encore comme "le guitariste de", sans tenir compte de ma carrière solo, et c'est fatiguant. Enfin, cela n’arrive plus autant aujourd’hui donc pour répondre à ta question avec plus d’actualité, je dirais : "Quel est selon toi le meilleur guitariste ?". Je ne réponds plus à cette question car je ne suis pas un jury pour guitariste. Je trouve cette question stupide. Il y a, mort ou vivant, tant de grands guitaristes…


Concernant justement les grands guitaristes, et même les groupes en général, tu as plusieurs fois cité le groupe Animals As Leader. C’est un style que tu aimerais jouer, des choses plus heavy et violentes ?

Non ! J’aime ce groupe car, dans leur style instrumental, ils sortent des jalons classiques que sont Jeff Beck ou Joe Satriani. Leur musique possède un aspect intéressant et j’aime m’inspirer de ces choses nouvelles et fraiches pour renouveler et faire évoluer ma propre musique.


Et que penses-tu de ce que Billy Sheehan m’a dit il y a quelques temps te concernant. Il disait que tu étais un précurseur dans ton style, avant Joe Satriani même alors que c’est souvent lui qui est cité avant toi. De la part d’un tel artiste, cela doit être plaisant non ?

C’est toujours touchant quand ta contribution est reconnue ainsi mais il ne faut pas exagérer, beaucoup de gens jouent ce style de musique instrumentale. Beck, par exemple, fut le premier à mes yeux. Et il y en a bien d’autres que je ne connais pas car je n’écoute pas vraiment de la guitare instrumentale. Joe est forcément important dans le milieu et propose une belle formule, originale. Je suis donc prudent et cherche à sonner différemment, en développant mon univers personnel. Nous avons tous une sensibilité qui nous est propre et que nous infusons dans le style de la guitare instrumentale. Il y aura donc toujours des différences entre Jeff, Joe, moi et les autres…


N’est-ce pas justement difficile quand tu te mets à composer de te trouver coincé après ce que Jeff Beck a pu faire par exemple, ou ce que toi-même tu as déjà accompli dans le style ?

Heureusement non ! Beck est différent de moi et tu n’entendras jamais quelque chose qui ressemble à "Blow By Blow" dans mes albums. Tout comme tu n’entendras jamais de choses comme "The Story Of Light" sur un album de Jeff ou Joe. ’The Moon And I’ par exemple sonne très Steve Vai… et un peu Devin (Townsend) aussi (Sourire). Cette différence ne rend pas ma musique meilleure ou plus innovante pour autant, entendons nous, c’est juste un autre genre.


Quand tu composes, te mets-tu dans un état d’esprit particulier ? J’ai lu par exemple que tu ne mangeais pas durant ce processus

Oh là, je vais enfin clarifier tout cela (Rires). Etant plus jeune, j’ai découvert qu’on pouvait nettoyer le corps en jeûnant deux fois par an, sur une période de 10 jours. Et quand j’étais sur "Passion And Warfare", plus particulièrement sur "For The Love Of God", il s’est trouvé que j’étais justement en plein milieu d’une période de jeûne. Je l’ai mentionné durant une interview et voilà ce qui s’est produit ensuite.

Mais c’est vrai que quand tu te mets à composer quelque chose, tu entres dans un certain état d’esprit. Certains se mettent nu pour être inspiré, d’autres vont dans des endroits spécifiques… Même toi, quand tu dois te mettre à une tâche importante, tu te mets en condition, à ta façon, en laissant de côté certains divertissements. Tout est une question de personnalité.


Joe Stariani joue depuis quelques temps au sein de Chickenfoot. Aimerais-tu aussi un jour faire partie d’un super groupe ?

Etant plus jeune j’ai été dans de grand groupes et c’était super. J’y ai apporté durant un moment ma patte et ma personnalité, mais ce n’était qu’un aspect de ma personnalité. Joe n’a pas connu cela avant - à part un court moment avec Deep Purpl e- donc il en profite aujourd’hui et c’est cool ! Moi, je suis déjà passé par là et je suis maintenant mon propre chemin.


Donc tu n’envisages pas une suite à "Sex & Religion" ?

Si pourquoi pas mais il faudrait que cela ai du sens ! J’aimerai retravailler avec Devin un jour mais pour quelque chose de différent. Quand je l’ai connu il n’était qu’un ado et c’était mon groupe. Je lui demandais des trucs comme Whitesnake avait fait avec moi par exemple. Mais comme tu le sais, Devin est aujourd’hui très créatif et brillant donc si je travaille avec lui un jour, je veux ce large éventail et pouvoir travailler cela comme une collaboration, un partage.


Tu peux tout de même imaginer que beaucoup de fans attendent une telle suite.

Mais pourquoi pas, un jour ? Pourquoi pas (Sourire) !


[IMAGE2]


Concernant maintenant ton nouvel album, comment a-t-il été reçu par la presse, les fans ?

Très bien, j’ai même été surpris. Quand j’ai fait cet album, j’étais dans mon trip, très excité et motivé mais ce qui motive certains peut en excéder d’autres. J’ai fait la musique qui me convenait et au moment de l’exposer, j’étais un peu fébrile, ne sachant pas comment elle allait être reçue. Mais le résultat est plutôt positif, même au niveau de la presse et des critiques.


Comment expliques-tu cela ?

Je crois que les gens apprécient que je ne lâche pas et ne me soumet pas. Je continue dans mon style, mon univers en proposant des titres de qualité. Je reste aussi très varié et ne suis plus casé dans une boite avec l’étiquette "David Lee Roth" ou "Shredder des 80’s". Si je suis dans une boite aujourd’hui elle est bien plus large, telle une cours de récréation un peu bizarre... Large, belle, folle et ésotérique…


Mais n’as tu pas peur que tant de diversité ne destabilise les fans ? Ceux de "Passion And Warfare" par exemple.

J’en suis conscient tout comme je l’étais - en sortant "Passion And Warfare" - que certains fans de "Whitesnake" ou "David Lee Roth" ne l’aimeraient pas. Et quand "Sex & Religion" est sorti, je savais que je décevrais certains fans de "Passion And Warfare", et cela se répète pour chaque nouvel album. Je veux être différent à chaque fois car cela me fait du bien. Finalement, de nombreux fans aujourd’hui adhèrent à mon catalogue complet. C’est un peu pareil pour Tom Waits. Quoiqu’il fasse on le reconnaît, comme Led Zep, Devin Townsend, David Bowie. Et il y a des fans qui aujourd’hui aiment l’inattendu, et l’attendent.

Comme sur cet album par exemple, je sentais que je devais chanter sur des titres comme "John The Revelator" ou "Book Of Seven Seals". Je ne m’en suis pas privé et des fans n’ont sans doute pas acheté cet album car il y avait dessus des titres chantés alors qu’ils attendaient de l’instrumental de ma part. Pourtant, cet album contient des instrumentaux que j’estime parmi les meilleurs de ma carrière.

Je pense que chaque artiste possède un potentiel et si il ne suit pas son instinct, il fausse son potentiel… et en meurt, artistiquement.


En regardant tes débuts discographiques, comment juges-tu "Flexable" aujourd’hui, ou "Passion And Warfare" ?

Chaque album est un instantané d’une époque et quand j’écoute "Flexable", je me souviens de ce gars, très naïf, innocent et un peu idiot mais passionné. J’apprécie donc cet album pour cela. Pour "Passion And Warfare", je ressens le besoin que j’avais à l’époque de tout bousculer, de m’investir à fond et quand je l’écoute aujourd’hui, je me dis : "Comment ai-je fait tout ça ? On pourrait faire la même analyse avec "The Story Of Light"… Beaucoup de gens n’aiment pas les nouveaux trucs, il faut juste leur laisser du temps.


Quel est ton meilleur souvenir en tant que musicien ?

Au plus profond de moi, je me souviens que quand je devais avoir 4 ans, je me suis approché d’un piano, sans savoir ce que c’était et j’ai touché une note. Cette note s’est mise à résonner et à monter en puissance dans la pièce et là, j’ai ressenti la musique, très clairement. Depuis, chaque son entendu, je peux le voir et j’ai rapidement compris après cela le côté infini de la création musicale. Je me suis dit alors que ça, je pouvais le faire toute ma vie.


A l’inverse quel est ton pire souvenir ?

Pire est un mot assez suggestif car à chaque fois que j’ai vécu un moment déplaisant dans ma vie, j’en ai tiré quelque chose de positif. A un certain point de ma carrière j’ai eu beaucoup de succès... Je me suis mis à écouter des gens et à faire des choses que je ne voulais pas faire, qui ne me correspondaient pas. Mais je le faisais parce que c’est ce qu’on attendait de moi. Et je l'ai mal vécu. Mais je ne m’étendrais pas là-dessus, par respect pour ces personnes. Quoi qu’il en soit, je me suis alors promis que jamais, jamais je ne jouerais, ferais ou porterais des choses qu’on me demande, sans en avoir moi-même l’intime conviction.


En parlant de cela justement, je te pose la même question qu’à Billy Sheehan. Avec quel regard te souviens-tu de la période Glam qui vous voyait porter des fringues incroyables avec des coupes de cheveux exubérantes.

Nous étions à fond là-dedans avec deux amis à moi. C'était chouette, nous avions de beaux cheveux longs, des ensembles violets ou à fleur avec des vestes en cuir. Nous étions mignons et nous jouions comme des dingues en prenant des poses folles. C'était vraiment chouette ! Mais une partie de moi se disait toujours : "Qu'est ce que je suis en train de faire là ?" (Rires).


Je suis très surpris par la maturité que tu renvoies dans le contrôle et la compréhension de ta vie musicale. Tu semble très posé et réfléchi.

Je pense surtout que c'est avant tout ma vie et ma musique. C'est à moi de prendre les décisions. Peut-être que je n'ai pas toujours pris les bonnes décisions et certaines auraient pu me rendre plus célèbres, me faire vendre plus de disques, faire passer certains de mes titres en radio mais j'en ai décidé autrement. C'étaient les décisions que je me devais de prendre à l’époque. On en revient toujours au libre arbitre et au fait que chaque décision est conditionnée par notre expérience précédente. On ne se fait pas prendre deux fois à mettre sa main au feu (Sourire) !


Ta carrière semble construite autour de ta sensibilité.

J'en connais beaucoup qui ne pensent pas comme toi (Rires) !


Pourtant, je trouve qu'au-delà de la technique, tu mets beaucoup d'émotion dans tes morceaux, un titre comme "For the Love of God" en est la preuve parfaite.

Merci ! En fait, beaucoup pensent que ma musique ne renvoie aucune émotion. Tout ce que l'on créé est infusé de ce que l'on ressent dans le moment. En faisant, "For The Love Of God", je voulais exprimer une très profonde gratitude envers la vie, traiter de l'humilité la plus profonde. Une fois que je ressens ça pleinement, je me mets à jouer et voilà. La dynamique de ta création est basée sur ce que tu ressens.

Certaines personnes sont passionnées par la politique, le sexe, la violence, les voitures rapides… Je pense que ces gens là ne s'aiment pas et n'aiment pas les autres. On peut écrire là-dessus mais ça ne sera pas positif. Moi, je veux exprimer du positif, me sentir bien et le transmettre aux gens. J'ai la chance d'avoir un don au départ pour la musique et je fais tout pour en tirer le meilleur pour les gens. Nous travaillons pour les gens !


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Malgré ton don, continues-tu à t’exercer à la guitare ?

Je dirais plutôt que je joue. J’adore jouer et découvrir de nouvelles choses avec mon instrument…


Nous avons commencé avec la question que l'on t'avait trop souvent posée. A l'inverse, quelle est la question que tu aimerais que je te pose ?

Je n'ai pas de préférence ! Je veux que tu me poses des questions personnelles, pas des questions que tu pourrais poser à n'importe qui. Et je pense que tu l'as fait (Sourire) !


Merci d’autant que cette interview n’était pas prévue à la base…

Les meilleures interviews sont souvent celles-ci. J’ai vraiment eu plaisir à répondre à tes questions


Un mot que tu aimerais ajouter, en français peut être ?

J'aimerais vraiment pouvoir parler français mais malheureusement ce n'est pas le cas (Sourire) !


Enfin, tu vas jouer ce soir à l'Olympia, connais tu un peu l'histoire de ce lieu ?

Oui un peu… Mais je m'attache surtout à la rencontre qui va se produire dans ce lieu entre le public et moi. Tu sais j'ai joué dans pas mal d'endroits vraiment supers, pas encore à l'Opéra de Sydney mais j'aimerais bien. Bien sûr, j'y attache de l'importance mais le plus important pour moi est l'expérience unique qui va avoir lieu lors de cette rencontre. C'est vers ces gens que je concentre mon énergie.



Tout d'abord merci à Steve Vai dont la classe n'a d'égale que son talent de guitariste, Replica qui a permis de réaliser un rêve de gosse et Mr Blue pour sa retranscription...


Plus d'informations sur http://www.vai.com
 
(2) COMMENTAIRE(S)
Vous pouvez ici réagir au sujet de l'article, ajouter quelques anecdotes, quelques connaissances ou tout simplement raconter votre vie...
 
TORPEDO - 23/11/2012 16:19:25
1
Ce gars la respire l'intelligence et l'humilité...
NUNO777 - 23/11/2012 15:28:54
1
Génial!
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