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TITRE:

BILL DERAIME (28 FÉVRIER 2013)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

BLUES



"Aujourd’hui, je me sens plus comme un interprète des chansons que j’ai écrit en les changeant pour les rendre plus en adéquation avec le contexte actuel"
STRUCK - 27.03.2013 -
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Quelle est la question qu’on t’a trop souvent posée ?

Bill Deraime : Hum, je ne sais pas, je ne saurais pas te dire… Quoi que si, il y en a une qu’on me posait au tout début, on me demandait pourquoi je portais toujours un béret (Rires) !


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Je suppose qu’une question qui doit souvent revenir concerne ton tube "Babylone"... A ce titre, tu n’en as pas marre de voir la carrière de Bill Deraime résumée à ce titre ?

Non parce que pour moi, c’est une chanson qui résume très bien mon parcours. C’est une chanson qui était déjà engagée – certes pas comme aujourd’hui - mais qui résume ce que j’ai vécu avant : j’étais éducateur pour des personnes qui sortaient de la défonce… D’ailleurs le personnage de Babylone était une personne véridique mais romancée pour la chanson… C’est donc une chanson qui exprimait déjà cette attirance pour la rue, pour les gens qui vivaient dans la rue à l’époque Saint Germain des Prés…

C’est une chanson que je chante toujours parce qu’elle a un sens qui me convient toujours autant aujourd’hui… C’est une chanson que j’aime bien et lorsque je la joue dans les concerts, il y a quelque chose qui passe avec le public : c’est particulier. Et puis avec le temps, j’y ai mis de plus en plus de choses. A l’époque, je l’ai écrite avec une certaine conscience mais moins lourde qu’aujourd’hui…

Enfin, ce titre faisait une rupture avec "une idée Blues" que Bill Deraime représentait un peu le blues français, il ouvrait une voie qui n’est pas antinomique parce que le reggae vient du blues, Bob Marley voulait lui-même un guitariste de blues pour jouer avec lui…


A l’inverse, c’est une fierté que tant de personnes en France te considèrent comme une légende du blues français ?

Cette chanson a été un tube mais qui n’est pas devenu une rengaine à savoir que contrairement à d’autres, on peut encore l’entendre. La musique est toujours d’actualité et je l’ai fait évolué : maintenant, il y a une intro… C’est donc une chanson qui a vécu et qui vit encore mais peut-être que dans deux-trois ans, je la laisserais tomber : je ne sais pas (Sourire) !


A cet égard, te considères-tu comme une légende du blues hexagonal ?

Hum, tout dépend de ce que tu entends par légende (Sourire) ! Si c’est quelqu’un qui a marqué, qui a fait quelque chose de nouveau alors oui, c’est vrai que j’ai innové… Avant moi, certaines personnes ont essayé de chanter du blues comme Henri Salvador avec son "Blues du Dentiste" ou Claude Nougaro…

J’ai vraiment vécu tout un apprentissage aussi bien à travers Ray Charles au début que des bluesmen acoustiques comme Révérend Gary Davis… tous ces maîtres.
Contrairement à beaucoup de français, je ne suis pas venu au blues par Clapton. Très jeune, dès que j’ai entendu Ray Charles, ça a été un énorme flash qui m’a profondément attiré et j’ai toujours recherché ça dans la musique noire. C’est la musique noire qui m’a fait vibrer et qui a orienté ma vie.


A ce propos, lors de l’interview du guitariste Pat O’May, nous nous sommes interrogés sur le fait qu’en France, la scène blues se résume à toi et Paul Personne…Comment expliques-tu cela ?

(Rires) C’est à dire qu’il y a beaucoup de personnes qui jouent du blues mais qui chantent en anglais ! J’ai mis longtemps avant de chanter en français : j’ai commencé à écrire en français à 33 ans. Mon premier album français date de 1979. Si tu veux, je crois qu’il y a besoin d’un mûrissement. On peut faire le parallèle avec le reggae qui se joue beaucoup en France. C’est une musique qui a un côté exotique que le blues n’a pas. Donc, je pense qu’il est plus facile pour des jeunes d’aujourd’hui d’aller directement vers le reggae que de passer par le blues. Mais il y a plein de groupes de blues excellents comme par exemple, Malted Milk mais qui n’ont aucune couverture médiatique…


Et tu as une explication ?

Peut-être que les journalistes ne s’intéressent pas trop à la marge et le vivier de la musique. Aujourd’hui, comme c’est très difficile, ils se contentent de ce qui passe à la radio, à la télé. Je parle d’ailleurs dans une de mes chansons qu'il est compliqué d’être pigiste. En vérité, c’est vraiment dur, ils doivent parler de vedettes de télé - qui n’en sont pas vraiment d’ailleurs (Rires) - et ils sont obligés de le faire s'ils veulent garder leur gagne-pain.


Ton actualité est ce nouvel album "Après demain" : depuis "Bouge Encore", tu es à nouveau plus créatif que jamais. Est-ce en raison de l’époque dans laquelle nous vivons ?

Attention, cet album n’est pas de la création, c’est de la recréation, il n’y a que deux nouvelles chansons, toutes les autres sont recréées ce qui fait qu’on peut ne pas les reconnaître… Je considère que j’ai eu toute une période où j’ai beaucoup écris et je sortais des albums -j’en ai fait 17- et dans les cinq premières années, j’ai sorti 5 albums. Je me suis "grillé" d’une certaine façon parce que je composais et sortais tout très vite alors que ces morceaux n’étaient pas vraiment travaillés, vécus… En 5 ans, tu n’as pas le temps de vivre 50 chansons. Avec le temps, aujourd’hui, les chansons que je reprends de cette époque ont vécu sur scène et puis, on les recrée avec notre actualité, avec ce qu’il se passe musicalement, avec ce que je suis devenu, avec la voix que j’ai aujourd’hui et que je n’avais pas du tout à l’époque…

Aujourd’hui, je me sens plus comme un interprète des chansons que j’ai écrit en les changeant pour les rendre plus en adéquation avec le contexte actuel. A mon avis, c’est une chose intéressante du blues, c’est une musique qui évolue sans cesse…


Et qu’est-ce qui te poussent à le faire aujourd’hui : l’époque dans laquelle nous vivons ?

Ce sont les évènements ! Je suis un peu la muse.
La première chanson de cet album est la dernière que j’ai écrite : c’est "Il braille". C’est une histoire qui va de la naissance à la mort et cette chanson est d’actualité très profonde. J’ai 66 ans, ça se rapproche… j’ai rencontré des gens : le deuxième couplet parle encore d’un naufragé de la rue. C’est une chanson qui résume tout ce que j’ai vécu et tout ce que je vis.


Comme ton précédent album "Brailleur de Fond", tu continues de brailler justement sur cet album dès le 1er titre "Il Braille" : selon toi, est-ce le verbe qui résumerait le mieux ta carrière ?

(Rires) Oui, je ne sais pas pourquoi j’ai encore utilisé ce terme "brailler" d’autant que je l’avais déjà employé pour Gary Davis et la chanson "Plus la peine de frimer" où je disais qu’il "braille comme personne".

A l’époque, j’ai déjà la fibre contestataire mais aujourd’hui, je suis plus proche des gens et surtout des plus pauvres des pauvres : ceux qui meurent dans la rue. Suite à une maladie héritée de ma mère que j’ai et que j’aurais toujours à savoir la bipolarité maniaco-dépressive avec des moments proches du suicide, j’ai senti qu’il fallait que je me rapproche de ceux qui vivent dans la rue comme je l’avais été à mes débuts avant que le métier m’en éloigne.

Ca fait maintenant dix ans que je fais partie du collectif "Mort de la rue" dont le slogan est "En honorant ces morts, en interpellant, nous agissons aussi pour les vivants". Tous les 6 mois, nous faisons des célébrations dans la rue dans des endroits assez significatifs en lisant les noms de ceux qui sont morts dans la rue. Ce collectif est à l’origine d’un prêtre ami à nous aujourd’hui disparu qui disait qu’il faudrait élever à Paris un monument aux morts de la rue parce que ce sont des victimes de la guerre économique. J’y ai fait des rencontres qui m’ont vraiment marquées et à travers cette expérience, de nouvelles formes de chansons sont venues.


N’es-tu pas frustré de constater que ton message, ton investissement ne soient pas plus relayés ?

Si bien sûr ! Mais c’est aussi la condition de ceux qui vivent dans la rue et qui ne sont pas entendus !
Et c’est peut-être aussi pour ça que je braille (Rires) !


Est-ce que ce cri de colère bluesy emprunt de reggae pour l’espoir révolutionnaire n’a pas été un frein à la carrière couronnée de succès qui aurait dû s’ouvrir à toi ?

C’est certain que c’est quand j’ai commencé à vraiment à faire du reggae dans le début des années 2000 que j’ai disparu profondément.
Autant j’estime que c’est le meilleur album que j’ai fait mais ça n’a pas suivi… Après on a fait des erreurs assez grossières : quand tu présentes un single très contestataire qui dit que "le système tue", ça ne fonctionne pas au niveau des télés et des radios.
Ensuite, on était chez Sony à l’époque avec Yannick Noah qui sortait son album reggae (Rires) et j’ai vite compris que je n’avais aucune chance de sortir du lot…


D’autant que son message est nettement plus lisse…

Plus écologique comme "Ne gaspillons pas la Terre" (Sourire) !


Tous ces évènements ne rajoutent pas à la colère qui est en toi ?

Très certainement ! Mais je le vis parfaitement bien aujourd’hui. J’ai traversé des moments où je l’ai vécu nettement moins bien : quand j’étais vraiment au fond du trou, j’avais vraiment de la rage et de la colère qui avec des répercussions physiques également.


Malgré toutes ces années de prêche musical, ne t’es-tu jamais dis que le combat était vain ? N’as-tu pas songé à laisser tomber ?

Non, je ne crois pas du tout ! J’ai toujours un petit public. En concert, les salles sont toujours pleines.
Il faut savoir se contenter de ce que l’on a et ne pas avoir de tentations de penser qu’il aurait pu en être autrement (Sourire)…


C’est tout à ton honneur mais ça va dans le sens d’une carrière riche d’une discographie de 17 albums 11/ fait que tu n’es pas forcément à la place que tu mériterais d’être…

Il y a peut-être aussi le fait que le reggae que j’ai commencé à faire m’a certainement éloigné de la poignée qui étaient bluesy et notamment un copain qui me disait : "Fais du blues Bill !".
Mais en France, le blues a pris une direction guitaristique avec Paul Personne. Il avait un gros soutien de Guitare Magazine et puis de mon côté, on n’a peut-être pas su s’organiser… Tout cela fait qu’on m’a jeté aux oubliettes (Rires) !

Mais aujourd’hui, je suis plutôt heureux de tout ça ! Si l’album "Avant la paix" et tous les albums qui ont suivis avaient été du succès, je ne pourrais pas pu reprendre toutes ces chansons, je n’aurais pas pu faire "Brailleur de fond" qui reprend deux tiers de ces albums…


En bref, l’éclairage qu’on a aujourd’hui est permis par celui que tu n’as pas eu à l’époque et avoir su retourner à ton avantage le manque de médiatisation de ces albums ?

Tout à fait ! Pour moi, c’est très intéressant d’avoir chanté cela dans cette souffrance de création si bien qu’aujourd’hui, je suis très heureux de sortir cet album. Et je crois que c’est le moment : le fait d’avoir un article dans le Nouvel Obs’, ça fait des années que je n’ai pas eu une telle chose…


Et comment l’expliques-tu ?

Je ne sais pas. Peut-être parce que cet album est bon ?
Et puis, on est dans un autre cadre -on n’est plus du tout dans le show biz’ où on peut te mettre à l’écart selon les volontés de quelques personnes- on se sert beaucoup d’Internet, on a fait un clip spécial pour Internet.
Je ne mise pas sur un succès la Yannick Noah mais j’espère pouvoir en vivre jusqu’à 70 voire 75 ans… Je chanterais juste peut-être plus doucement à ce moment-là (Rires) !


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Justement qu’est-ce qui te fait avancer outre la colère et l’injustice ?

C’est une espérance profonde qu’il y a une communication possible, qu’il y a des gens qui cherchent comme moi… Je suis un mystique mais je pense que partout dans le monde, il y a des connexions qui se font. Malgré tout ce que l’on dit sur l’Islamisme, malgré la lutte armée de l’Islam… il y a des connexions qui se font entre l’Islam, la Chrétienté, le Bouddhisme etc… Et en même temps, les idées évoluent, l’écologie est une idéologie vraiment très bonne à la base. Et même si nous n’avons plus de grands penseurs, je ne parle pas de Bernard Henri Levy dont les thèses sont nazes, certaines personnes comme Stéphane Hessel qui est décédé hier ont une influence profonde…
Il y a vraiment un mouvement de société : ce n’est pas pour rien si quand on parle de Nicolas Sarkozy, il n’y a que 30% de personnes sondées qui veulent revoir sa tronche parce qu’il est l’image d’une société ultra-libérale qui exclut dont le mode de fonctionnement mène le monde à sa perte…
C’est bon de savoir qu’une figure emblématique de ce système est rejetée. Même si au demeurant, ce mec était sympathique, il a été démasqué… grâce notamment à Internet, l’ouverture totale des journalistes aujourd’hui, les choses sont plus claires… Ca oblige à changer les choses, il y a beaucoup de positif…


Tu t’inscrits donc dans ce mouvement de réflexion…

Je le crois d’autant plus que je pense qu’aujourd’hui beaucoup de gens prennent conscience que l’homme a une dimension spirituelle qu’on ne peut pas ignorer !
Bien sûr, en France, il y a de moins en moins de pratiquants mais je pense qu’il y a quelque chose de spirituel moins religieux, plus profonde d’une certaine façon qui arrive.


Depuis "Qu’est-ce que tu vas faire ?", rien n’a changé finalement ou en pire ?

C’est pire ! C’est certain que c’est pire en surface mais je crois aussi qu’il n’y a pas de progrès sans crise. C’est ce que j’exprime dans "La pieuvre", c’est un mec qui constate sa façon de vivre et se pose la question de qui le délivrera de son blues, de sa négativité, de son enfermement… C’est la question que je me pose et que beaucoup de gens se posent aujourd’hui.
Il y a deux façons de réagir à la crise : soit on déprime totalement et on devient dépressif et personnellement, je sais ce que c’est, soit on va du côté des plus forts et on marche au pas…


Mais il y a une alternative à ça ?

Oui, le suicide (Rires) !
Pour moi, l’alternative consiste déjà à se poser la question comment peut-on se sortir de ça plutôt que d’accepter la situation en déprimant… Et oui, aujourd’hui, il n’y a aucun doute sur cette prise de conscience.


Ne peut-on pas dire que "Esclave ou Exclu" soit le reflet du choix de vie du nouveau né de "Qu’est-ce que tu vas faire?" ?

Tout à fait ! Il y a des connexions : je raconte toujours la même chose en fait. C’est une histoire d’amour finalement ! Si je chante ça, c’est que j’aime les gens qui sont dans la rue : je les ai vu, je les connais…

La première strophe vient d’un petit journal qui s’appelait "Paroles de rue" et c’est un copain, Marcel, qui avait écrit ça : "On nous donne de l’argent pour rien faire". On les met à l’écart en leur donnant de l’argent, à l’époque c’était le RMI.
Cet ami milite beaucoup au sein du collectif que j’évoquais tout à l’heure et je veux dénoncer le système qui conduit à ce que des gens meurent dans des conditions terribles dans et de la rue.


Pour revenir à toi, tu évoquais ta maladie tout à l’heure comment fais-tu pour gérer cette tension quand tu es sur scène ?

Je suis foncièrement un moine. J’ai trouvé dans la méditation et surtout la prière, une certaine forme de guérison et je dirais même que c’est ce qui me tient. Je vis vraiment à un rythme très monastique, je passe beaucoup de temps à lire et à prier : "Ora et labora" (prière et travail) (Rires) !

Et je marche, je sillonne tout autour de Paris, je m’arrête dans des églises : c’est une sorte de pèlerinage… C’est aussi ma façon d’aller vers les gens, les rencontrer et de penser à eux.
Justement, je crois que c’est aussi une des raisons pour lesquelles je suis tombé malade : je me suis enfermé sur ma douleur… Mais je suis très prudent, je considère que je suis dans un petit monastère doré ici mais j’essaie de ne pas trop sortir : les concerts et les amis qui viennent…


Et je me considère comme tel pour avoir le privilège de te rencontrer dans ce lieu si cher à toi. Justement cet album est le fruit de rencontre à commencer par celle de Jean Alain Roussel (arrangeur sur No Woman, no cry ») : qu’est-ce que ça fait de travailler avec une personne qui a côtoyé et qui continue de côtoyer (cet album avec toi en est la preuve) les plus grands ?

(Rires) Jean-Alain a travaillé avec Bob Marley mais aussi énormément d’autres personnes : Police, Cat Stevens qui s’est converti à l’Islam : Yusuf Islam avec qui il tourne actuellement sous le pseudonyme de Sam Suffit (Rires)…
Avec Jean, ça a été super. La qualité de l’album est en bonne partie grâce à lui : je n’avais eu de claviers de cette qualité !


Effectivement son empreinte est assez importante sur un titre comme "Je Rêve"…

Absolument ! Nous avons travaillé pratiquement tous les titres ensemble mais également le batteur ici aussi.
Je fais toutes mes chansons ainsi : je commence avec le batteur dans mon petit studio et avec un petit matériel, on engrange batterie plus guitare et voix… Et à partir de cette base, je suis allé justement chez Jean-Alain Roussel et ensuite, on retourne dans le studio jouer ses parties avec un vrai orgue Hammond. Ca a apporté un souffle !


Une autre rencontre marquante de cet album est celle avec Sanseverino sur le délirant blues manouche "Bobo Boogie"... Peux-tu nous raconter cette rencontre ?

On s’est rencontré lors d’un concert en Provence où les organisateurs l’avaient invité pour qu’on fasse un bœuf ensemble. Je trouvais le personnage sympathique avant cela : j’appréciais déjà ce qu’il faisait mais aussi le personnage pour l’avoir vu jouer lors d’un concert organisé pour le DAL (NdStruck : Droit Au Logement).
Et nous nous sommes rencontrés, on a bouffé ensemble et nous sommes devenus amis si bien que je lui ai demandé si il ne voulait pas faire l’arrangement d’un titre. Il est venu avec son contre-bassiste et son batteur et on a fait ça.
Evidemment, nous sommes assez éloignés du tempo de l’original et j’ai été surpris au départ mais en le jouant, ça m’a vraiment botté (Sourire) !


Peut-on penser qu’après le blues qui a muté vers un blues reggae, ta musique évolue vers un blues manouche ?

Non, je ne pense pas !


Cette musique est-elle trop enjouée pour coller avec ton discours empreint de colère ?

Ca allait très bien avec cette chanson avec beaucoup de mots, un gros débit, c’est la raison pour laquelle je lui ai demandé…
J’aime beaucoup ce qu’il fait mais c’est lui qui le fait c’est à dire que je ne pense pas que ce que fait Thomas Dutronc soit à la hauteur en comparaison : ce n’est pas du tout la même chose, c’est gentillet mais ça s’arrête là !
Si j’étais jeune, peut-être que Sanseverino m’aurait influencé et j’aurais évolué vers son style musical mais ce n’est plus le cas (Sourire) même si dans ma jeunesse, j’ai essayé de jouer "Nuages" suite au cadeau de ma tante fan de Django Reinhard qui m’avait offert un de ses 33 tours… mais bon, ce n’était pas mon truc…


Toujours concernant les rencontres, peut-on imaginer un album de Bill Deraime sans Mauro Serri ?

Pas actuellement non (Rires) ! C’est presque un duo, j’ai même souvent pensé à mettre "Bill Deraime et Mauro Serri" mais je ne l’ai jamais fait finalement…


Pourquoi avoir repris le titre de Jacques Dutronc "Les Cactus" ?

Parce que c’est une chanson que j’aimais bien tout simplement. Je n’aimais pas le yé-yé de l’époque avec Johnny… mais je trouvais que Dutronc avait de belles chansons : "Paris s’éveille".

"Les cactus" comme le titre que je fais avec Sanseverino sont deux chansons clins d’œil marrants…


Et l’autre reprise est celle du révérend Gary Davis "Death don’t have no mercy"…

C’est un hommage que je fais tout le temps parce que plus que l’influence guitaristique, j’ai beaucoup chanté ses chansons qui ont beaucoup influencées ma façon de voir et d’être…


Si tu devais choisir un titre de ta discographie pour faire découvrir ta musique à quelqu’un qui ne la connaîtrait pas. Quel titre choisirais-tu et pourquoi ?

Aujourd’hui, je dirais "Esclaves ou Exclus" ou "Amour amour"… l’un exprime le côté mystique et l’autre le côté social et comme je me considère comme un chanteur mystico-social (Sourire), ce choix me paraît représentatif.


Quel est ton meilleur souvenir d’artiste ?

Le dernier concert à l’Alhambra. C’était il y a quelques mois, il y avait vraiment une plénitude, la salle était pleine, l’ambiance était super et la musique qu’on a faite était la meilleure qu’on ait jamais faite…


Ca va dans le sens de ce que tu disais à savoir que le groupe a atteint son sommet, cela veut dire que le meilleur est encore à venir et notamment ce concert prévu le 12 juin toujours à l’Alhambra…

Oui, je le souhaite mais je ne sais pas si ça sera aussi bien parce que c’était tellement bien (Rires) !


Au contraire quel pourrait être le pire souvenir ?

Ah ! C’était une première à l’Olympia en 1983. Il y avait 500 personnes à l’entrée alors que c’est une salle qui peut en contenir 2.000. Je ne m’attendais pas du tout à ça !
L’année précédente, j’avais fait quinze jours à Bobino et c’était archi-plein et je me suis laissé faire -mais bon, ça me faisait plaisir aussi- de faire deux semaines à l’Olympia.


Mais les 15 jours ont été ainsi ?

Non, non, c’est monté progressivement et la deuxième semaine, c’est très bien passée… Higelin faisait la même chose par exemple mais moi, ça m’a marqué profondément, je crois que je suis sorti de ça vaincu. J’ai bu comme un trou tous les soirs et effectivement à partir de ce moment-là, j’ai commencé à devenir malade.

C’est vraiment mon plus mauvais souvenir d’autant plus qu’il a fallu bouffer dans une boîte avec Johnny Hallyday, Yannick Noah… une vingtaine de personnes faisant partie de la cours d’Hallyday.
Il m’avait mis en face de Nathalie Baye parce que son but était que je lui écrive un album. En plein milieu du repas, Nathalie Baye me dit que Johnny n’osait pas le faire lui-même mais il souhaitait que je lui écrive un album. Je lui ai répondu que ce n’était pas mon truc et surtout pas ce soir-là (Rires). Mais je lui ai finalement écris une chanson nulle en laquelle je ne croyais pas du tout (Rires) et qu’il n’a pas pris bien évidemment…

Malgré tout, ça n’a pas empêché Johnny de reprendre une de mes chansons "J’me sentais mal" dans un album de reprises. Et je me dis qu’il n’a pas eu le nez, il y a quatre ans lorsqu’il a sorti un album de reprises vieux tubes de blues en anglais. Plutôt que de les faire jouer par John Mayall que je n’aime pas du tout, depuis des années, il fait la même chose… il aurait pris un vrai réalisateur de blues et en reprenant des chansons de Paul Personne ou de moi, avec son aura, je pense que ça aurait beaucoup mieux marché alors qu’il a sorti un album qui est d’après ce que l’on m’a dit été naze (Sourire).


Pour l’anecdote, lors de notre interview de Corbier, ce dernier nous a dit qu’on le confondait avec toi. L’inverse est-il vrai ?

(Rires) Et bien, non, on ne m’a jamais confondu avec lui !


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On a commencé avec la question qu’on t’avait trop souvent posée au contraire, quelle est celle que tu souhaiterais que je te pose ?

Hum, je ne vois pas…. Tu m’as déjà fait beaucoup cogité (Rires)…


Avant de se quitter aurais-tu un dernier mot à dire aux lecteurs de Music Waves ?

Courage, ne désespérez pas (Rires) !


Plus d'informations sur http://www.billderaime.com/
 
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