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TITRE:

THE DILLINGER ESCAPE PLAN (3 AVRIL 2013)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

METALCORE



"C'est bien le premier album où je pense qu'on a amené The Dillinger Escape Plan dans l'âge adulte. On joue sur du durable, on n'est plus dans la parano"
PHILX - 05.05.2013 -
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Quelle est la question qu’on t’a trop souvent posée ?

Tout ce que tu peux déjà lire en ligne et ce que tu trouves sur Wikipedia. "Comment avez-vous trouvé le nom du groupe", "Quand est-ce que le groupe s'est formé?", on nous les pose encore souvent et ça me rend fou, ça me donne envie de terminer l'interview quand ça commence comme ça. C'est juste de la fénéantise et ça insulte le lecteur. Voila comment je fonctionne : tout le monde a un smartphone, si avec tu peux trouver la réponse dans la minute, sur google ou wikipedia, alors tu ne devrais pas poser la question.


La dernière fois qu'on s'est vu, c'était il y a 3 ans pour la sortie de "Option Paralysis". Que s'est-il passé depuis ?

Il s'est passé plein de trucs, ça a été assez dingue en fait, on a un nouveau guitariste ! Ensuite, il y a tellement de choses dans nos vies personnelles qui évoluent. Les gens réfléchissent à leur vie en terme d'années, nous c'est plutôt en terme d'album. On se fiche des années, on prend juste comme référence le temps qu'il s'est passé entre 2 opus. Certains se sont mariés, d'autres qui étaient fiancés ne le sont plus. Ta vie est régie par le fait d'être dans un groupe. Bref, sans entrer dans les détails, ils s'est vraiment passé plein de trucs.


C'est pour cette raison que Jeff est parti...?

Plus tu vieillis, plus tu as envie de prendre racine, c'est naturel. Une fois que tu as pris racine, les tournées deviennent un problème. Comment peux-tu être bon en tant qu'artiste et changer constamment de rythme si tu as un foyer ? Quand tu es jeune, tu n'as pas à te soucier de tout ça, tu n'as pas d'attache. Ce mode de vie est d'ailleurs une superbe source d'inspiration parce que ta vie est un véritable chaos.


Donc ta musique est un chaos parce que ta vie l'est aussi ?

Absolument ! Nos vies à tous sont des chaos. On est complètement obsédé par ce qu'on fait. Quand on est en phase d'écriture, il n'y a que ça qui compte, on se fout du reste. On s'en satisfait en tant qu'artiste. On ne sort pas, on se renferme sur nous-même, pour donner le meilleur, et ça dure pendant des mois et des mois. Quand c'est terminé, tu regardes ta copine ou ta femme et tu t'excuses d'avoir été complètement M.I.A (missing in action : mort au combat, ndlr) pendant 4 mois. Sauf que juste après, tu repars en tournée pendant un an et demi et tu dois arriver à leur faire comprendre que c'est ton job ! C'est juste un truc de malade mais bon, c'est comme ça... On va tous mourir de toute façon !


C'est aussi pourquoi il s'est écoulé 3 ans entre ces deux albums ?

Ce qui s'est passé entre l'avant dernier album et celui-ci est intéressant car on a dû en plus se battre pour devenir un groupe adulte. Comme je disais, comment peut-on vivre hors du groupe alors qu'on se donne à fond dans notre art ? C'est très difficile, et c'est bien le premier album où je pense qu'on a amené Dillinger Escape Plan dans l'âge adulte. On joue sur du durable, on n'est plus dans la parano, la frénésie, l'inquiétude, à essayer de savoir comment ça va marcher ; on est en train de savoir comment gérer nos vies. Les relations entre Ben et moi commencent à se "stabiliser" faute de trouver un meilleur mot. Avant, on avait aucune idée de ce qu'on voulait faire, où ça nous mènerait. On était juste Dillinger Escape Plan, quelque chose de déshumanisé.


C'est pourquoi le lineup a quelque peu changé ces derniers temps ?

Absolument, la perte d'un membre ressère les liens qu'il y a entre nous. A chaque fois, avec Ben, on se regarde et on se dit qu'on est toujours là. Nous sommes les compositeurs du groupe, ce qui nous importe, c'est de faire du Dillinger Escape Plan. De savoir qu'on peut compter l'un sur l'autre nous renforce. C'est pas grave si on perd un batteur, un guitariste puisqu'on est encore là, après plus de dix ans ! Une fois qu'on sait ça, on n'a plus besoin de s'inquiéter.


Donc votre seule crainte est de vous perdre l'autre l'un et l'autre...

C'est ça, c'est notre principale peur. On sait qu'on doit protéger ce qu'on a là.


Du coup, ce n'est pas une barrière pour un nouveau membre, de s'intégrer au milieu d'une relation telle que celle que tu décris ?

(rires) Oui, ça l'est ! On est comme "Papa et Maman", on se dispute beaucoup et devant tout le monde. Quand ça chauffe, la meilleure chose à faire pour les autres, c'est de se barrer et ne pas s'impliquer. On résoud généralement ça tous seuls, c'est pas parce qu'on se gueule dessus que c'est la fin du monde, au bout d'une heure on sortira se prendre un sandwich ensemble.


D'un autre côté, vous avez un cinquième membre, Steve Evetts (en choeur avec Craig, ndlr) qui contribue énormément au son de Dillinger Escape Plan...

Steve Evetts est indéniablement un membre actif pour notre son. Il est là depuis notre premier album et a toujours été là pour chacun, on parle la même langue. Quand on se réunit, c'est une des rares personnes que l'on considère comme l'un des notres, créativement parlant. Quand il nous dit qu'on fait quelque chose pas terrible, on l'écoute et on prend en compte son opinion. Il a un oeil extérieur car il travaille sur plein de choses en dehors de nos albums et fait parfois un peu office de coach.


C'est un peu comme fear factory et Rhys Fulber...

Intéressant... Ouais, ou comme Alan Moulder pour Flood ou Nine Inch Nails ! On va le voir avec nos compos quasi finies et il est capable de me regarder dans les yeux et me dire : "c'est pas assez bon" !


Donc en gros c'est pas juste "Papa et Maman", mais c'est un ménage à trois en fait !

Mais oui ! (rires) On s'adore, mais on se gueule dessus comme des chiens, parce que tout ceci devient très émotionnel quand ça touche le groupe. On est tous sur la défensive mais aussi sur l'offensive quand il s'agit de défendre ses idées. Steve va nous dire : "C'était pas assez bon", on va lui répondre "Va te faire foutre, ça fait une éternité que je bosse dessus!", et là dessus : "Non, vous pouvez mieux faire, je le sais". Et il a raison parce qu'on fait mieux en fin de compte ! Du coup, Ben et moi attendons le mixage pour pouvoir lui botter les fesses à notre tour! (rires) Pour le mix du single 'Prancer', il est arrivé en disant "Ok, c'est le meilleur mixage que j'ai jamais fait", on l'écoute et on lui fait : "C'est à chier !", tu vois, juste par principe alors que c'est pas vrai ! (rires) Mais il est reparti et il l'a encore amélioré ! En bref, il a remixé 'Prancer' une 15aine de fois avant qu'on lui dise "bon, ok, cool" (rires). Mais tu vois, à la 15ème, c'était vraiment meilleur qu'au début ! On se galvanise et on connait les capacités de chacun. A chaque enregistrement je m'améliore au chant, Steve à la prod, Ben à la guitare... parce qu'on ne se dit jamais que c'est génial tant que c'est pas fini ! Et à la toute fin, on est super fier du résultat.


La chanson "One of us is the killer" pourrait faire penser à une des plus agressives que vous ayez composée, mais c'est tout l'inverse ! Est-ce une façon de destabiliser votres audience ?

Oui, il s'agit là de surprendre les gens. Si tu as la chanson la plus agressive qui soit, donne-lui le nom le plus chochotte possible, comme 'Prancer'! (rires). Notre but est de faire aimer une chanson qui s'appelle 'Prancer' à un mec qui ne jure que par la musique brutale. Alors si tu donnes à tes fans une chanson nommée "One of us is the killer", il ne faut surtout pas qi'elle soit violente. J'adore le contraste, c'est pour moi bien plus intéressant d'un point de vue artistique.





Désolé, mais on est obligé de la faire : C'est qui le tueur ?

Cette chanson parle de Ben et moi, et le titre fait allusion au fait que nous avons, pendant un temps, perdu de vue la situation du groupe dans son ensemble. A chaque étape de la réalisation d'un album, en tournée, on s'éloignait de plus en plus. C'est très facile de diviser en tournée, on rencontre de nouveaux groupes, on passe un moment avec eux, pendant que l'autre est avec un autre. Du coup, on perd en communication, et si une dispute se déclenche, c'est très facile de ne pas la résoudre, et d'aller trainer ailleurs. Une fois la tournée terminée, on a tendance à se perdre un peu de vue.

Quand on s'est remis à l'écriture et à l'enregistrement, on s'est rendu compte qu'il y avait vraiment quelque chose de fort entre nous et qu'on avait été très puerils ces 3 dernières années. En fait, on s'est aperçu qu'on foutait le groupe en l'air avec nos egos. A essayer d'avoir le dernier mot, tu finis par tout perdre. Si tu as triomphé, il n'y a de toutes façons plus personne en face parce que t'as emmerdé tout le monde. "One of us is the killer" est un peu un exutoire suite à cette prise de conscience.


Est-ce que tu réalises qu'avec une telle chanson, The Dillinger Escape Plan pourrait passer à la radio? C'est quelque chose que vous recherchez ?

Pour être honnête, j'en suis terrifié. Ce n'était pas notre but quand nous l'avons écrite, c'est une évolution naturelle et au moment où on l'a donnée aux labels, aux distributeurs, ils disaient tous "Il faut qu'on l'envoie à telle ou telle radio". Si nos fans comprennent ce qu'on est, c'est effrayant d'ouvrir une porte à tout un tas de gens qui vont débarquer sans savoir qui on est, d'où on vient, notre éthique. C'est exactement ce qui est arrivé aux Deftones. Je serais plus qu'heureux que beaucoup de gens aiment d'un coup DEP, mais cela reste terrifiant.


Mais n'est-ce pas quelque chose que vous voulez expérimenter ? Quand vous écrivez des titres, c'est pour toucher du monde, non ?

On écrit pour nous (rires) même si je suis très excité de savoir que plein de gens aiment ce que l'on fait. Je sais très bien que nos compos ne sont pas évidentes à écouter et il y a certainement autant de gens qui s'arrêtent de nous écouter qu'il y en a de nouveaux. On s'efforce de construire une maison intéressante mais si tu ne crées pas de portes, personne ne peut entrer. Et il y a ceux qui sont entrés par une porte et qui, une fois dedans, se rendent compte qu'ils s'y font chier et les autres qui restent. Notre but est de façonner constamment de nouvelles portes...


C'est le but de DEP, aussi, de faire évoluer sa musique et d'expérimenter davantage... N'est-ce pas pousser un peu trop parfois, de là à vous sortir de la case extrême ?

Ce qui nous différencie des autres groupes dits expérimentaux, c'est qu'on ne se focalise pas beaucoup sur l'étiquette. On essaye juste de rester honnêtes, c'est peut-être une des choses les plus importantes artistiquement. Je dirais qu'on a juste la capacité d'écrire et réaliser une étrange musique technique, c'est ce qui fait notre force.


Vous êtes encore jeunes ! Comment jugerais-tu ton premier album, a posteriori ?

Il n'y a que très récemment qu'on s'est rendu compte qu'on faisait de la musique depuis un petit moment déjà. (rires) Oui, on est plutôt jeunes pour le temps qu'on a passé dans la musique et on est pas le dernier groupe tout frais à la mode. J'essaye de ne pas penser à notre premier album, à savoir si on aurait dû le faire comme ci ou comme ça. Sinon, tu fais comme Georges Lucas qui a foutu la merde dans Star Wars (rires) Même si ça ne sonnait pas bien, il faut le laisser comme ça, c'est une question d'honneteté. C'est d'ailleurs pour ça que j'essaye d'enregistrer mes paroles rapidement après les avoir écrites, pour ne pas revenir dessus à froid. Si tu composes en étant complètement déprimé et que tu enregistres plus tard en étant heureux, tu ne vas plus comprendre les textes qui vont te sembler larmoyant et ça va te pousser à faire des changements. C'est exactement ce qu'il ne faut pas faire.

Ca me rend fou parce qu'aujourd'hui les techniques d'enregistrement sont tellement propres... Si tu fais écouter le premier albums de Bad Brains à un jeune, il va te dire que c'est super, mais qu'il faut le réenregistrer parce que le son n'est pas bon! Mais il ne faut pas, l'esprit est tel quel dans cet album. Ré-enregistrer n'améliore jamais.


Qu'attends-tu de ce nouvel album ?

Pour être honnête, c'est un sentiment très étrange. Je ne me suis jamais attendu à ce qu'on s'intéresse à nous parce que Ben et moi sommes très solitaires. Quand on a sorti 'Prancer', il y a eu des tonnes de vues sur youtube. Ca me fait toujours bizarre parce que je suis convaincu que les gens s'en foutent de nous. Avant chaque concert, je me dis souvent qu'il n'y aura que 20 personnes. Est-ce que notre nouvel album va intéresser quelqu'un ou pas ? J'en sais rien...


Si tu devais choisir un titre de votre discographie pour faire découvrir Escape The Fate, ce serait lequel ?

'Farewell, Mona Lisa' sans aucun doute! Je pense que c'est notre meilleur morceau. Elle encapsule tout ce qu'on fait. C'est la première chanson où on a réussi à mettre de la mélodie dans du chaos...


Vous n'avez pas re-essayé de faire un autre 'Farewell, Mona Lisa' sur cet album ?

Je pense qu'elle nous a définitivement aidé à poser des mélodies sur des passages complètement barrés. Avant on compartimentait, on avait une chanson plutôt 'Black Bubblegum' ou plutôt 'Fix Your Face'. Avec 'Farewell', on s'est rendu compte qu'on pouvait mélanger et rester cohérent. J'ai le sentiment que beaucoup de chansons dans cet album en ont hérité.


Quel est ton meilleur souvenir en tant que musicien ?

Il y a eu beaucoup de moments de folie, comme le fait de me retrouver sur scène avec Nine Inch Nails pour la première fois ou encore rencontrer Lars Ulrich et James Hetfield et se rendre compte qu'ils savent qui tu es ! C'est incroyable pour le gamin que j'étais !


Et au contraire, quel pourrait être le pire ?

Probablement le moment où Chris Pennie a quitté le groupe parce que c'était une période très incertaine... On ne savait pas si on allait être capables de continuer DEP. Mais c'est aussi le moment où Ben et moi avons commencer à nous unifier. Ca a été un tournant pour le groupe.


Nous avons commencé avec la question que l'on t'a trop souvent posée. Au contraire, quelle est celle que tu aimerais qu'on te pose ?

"J'ai un million de dollars à te donner, tu le veux ?" (rires) Et ma réponse serait : "Oui"


Un dernier mot peut être aux lecteurs de Music Waves ?

Désolé, je ne parle pas du tout français, mais j'aimerais vous remercier parce qu'à chaque fois qu'on vient, même 10 ans en arrière, vous avez tout de suite pigé le truc. Dans les autres pays européens ça a été plus long à venir, mais le Royaume Unis et la France ont tout de suite accroché. Même au niveau des interviews, vous êtes beaucoup plus dans un état d'esprit artistique, vous allez plus en profondeur dans les sujets. Plutôt que "ta chanson préférée du disque?", ou "présente-toi", ou "d'où vient le nom du groupe ?" (rires)


Merci Craig !

Merci à vous les mecs.


Plus d'informations sur http://www.myspace.com/dillingerescapeplan
 
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