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Eurovision 2014, l'envers du décor...


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AUTRE
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AUTRES
Music Waves vous propose de vivre l'envers du décor de l'Eurovision à travers le prisme d'une rencontre avec la représentante estonienne, Tanja Mihhailova
ADRIANSTORK - 05.05.2014


Qu'évoque pour vous l'Eurovision? Une soirée kitsch en compagnie de chanteurs aux noms imprononçables et originaires de pays inconnus ? Une compétition dans laquelle la France ne gagne plus depuis Marie Myriam ? Une compétition artistique, à l'instar du festival de Cannes (qui n'est plus que l'ombre de lui-même), permettant de découvrir de nouveaux horizons ? Une honte, de la musique de variété ultra régressive dont l'évocation sur ces murs marmoréens n'aurait pas lieu d'être ? A ceux qui souscrivent à ce dernier point de vue, je leur conseillerais d'aller regarder le nom du vainqueur de l'édition 2006 (au grand dam de Michel Drucker).

La 59ème édition de l'Eurovision, incontournable rendez-vous s'il en est, aura lieu du 6 mai au 10 mai. La plupart des spectateurs se dérangent pour la grande finale que vous pourrez visionner sur vos écrans le 10 mai, mais les nombreux fans s'intéressent à la moindre information en amont de la compétition. Cette dernière débute en vérité dès l'annonce du nom du gagnant de l'édition précédente. Le pays vainqueur a donc la tâche de servir d'hôte à la prochaine compétition, fournissant une salle de concert adaptée aux besoins du public et des artistes, un marketing assez puissant, avec ses traditionnels objets dérivés (casquettes, drapeaux, pin's), des services offrant des aires de loisirs, de repos, de tourisme au public etc... Quelques villes posent leur candidature en espérant être retenue pour la grand-messe. La capitale danoise a eu ce privilège et a rénové le sinistre B and W Hallerne, un ancien hangar à bateaux, qui deviendra un temple entièrement dédié à l'Eurovision, et qui sera plus tard reconverti en salle de concert (il a déjà été adopté comme le lieu de représentation du métal danois).



 Les dépenses sont ensuite largement amorties par le tourisme, les fans enragés louant des hôtels pour une semaine afin de profiter du pays, ainsi que par les places de concert, qui disparaissent comme peau de chagrin dès leur mise en vente officielle (certains fans prenant des billets pour les trois journées). Entretemps, une table ronde réunit les principaux pays d'Europe où chacun tranche sur sa participation éventuelle. Ces éliminatoires ne sont pas liés à des critères artistiques, mais purement économiques et dans cette génération de vaches maigres, il arrive qu'un pays mette volontairement sa participation entre parenthèses, comme cette année la Bulgarie, la Serbie, Chypre et la Croatie, la Slovaquie, la République Tchèque etc... tandis que le Portugal, la Pologne, absents de l'édition précédente feront leur retour.

Après des sélections nationales ardues, chaque pays élit son représentant final, l'un des 37 concurrents. 37 pays participeront donc cette année au grand concours, dont 31 seront répartis en deux poules, composant deux demie-finales, les autres pays, l'organisateur et cinq autres, considérés comme historiquement importants, accèderont directement à la  finale. Ce système peut être appréciable pour certains, inique pour d'autres. Nous donnerons raisons à ces derniers, car il implique que certains pays n'auront que très peu de chance d'accéder en finale, leur bon vouloir dépendant de la répartition des votes des pays déjà qualifiés. Les privilégiés n'ont pas voulu lors de l'édition précédente des cosmonautes monténégrins, d'une comédie musicale serbe, d'un ensemble musicale de musique traditionnelle croate, voire de la grande favorite san-marinnoise Valentina Monetta (qui retentera sa chance cette année pour la troisième fois consécutive) et son Crisalide...

Certes, les cyniques diront que ces derniers ont fait le bon choix, puisqu' Emmelie de Forest, la gagnante a été qualifiée à l'issue d'une demie-finale, mais il est tout de même révoltant de considérer ces cinq pays privilégiés (France, Allemagne, Italie, Royaume-Uni, Espagne), comme juges suprêmes indétrônables. Cela explique par ailleurs la raison pour laquelle ces pays ne sont pas toujours mus par un véritable esprit de compétition (les demi-finales ne sont retransmises que sur France O), s'installant de manière superfétatoire au milieu de la piste et en disparaissant sans faire de mousse (pour le cas de la France, les dernières chansons proposées contenaient en elles-mêmes leur propre dose de cyanure). En outre, cela a pour conséquence de laisser les petits pays se délaisser de leur langue maternelle au profit de l'anglais afin se donner plus de visibilité. S'il fallait faire une réforme de l'Eurovision, nul doute que les qualifications automatiques soient à revoir, afin de permettre aux pays triomphants de ne pas avoir à passer par des qualifications, au risque de ne pas être présents pour l'édition suivante.



 Car si pour certains pays, l'Eurovision n'est qu'une vaste plaisanterie, pour d'autres, il s'agit d'une véritable vitrine susceptible de leur apporter par ailleurs des capitaux et du tourisme. Il ne faudrait pourtant pas y voir un projet financier dessiné sur la comète car il s'agit avant tout de répandre une partie de sa culture à travers l'Europe en se faisant (mieux) connaître. Abba, le deuxième vendeur de disque au monde, est issu de l'Eurovision. Bien peu peuvent d'ailleurs se vanter d'autant de ventes et de cette origine, qui leur a permis depuis leur victoire à Brighton en 1974, d'accéder au succès planétaire et de leur permettre de devenir un archétype de leur pays (visitez par ailleurs ABBA the Museum à Stockholm).

C'est ainsi que l'Eurovision est perçue en Estonie, pays vainqueur de l'édition 2001 à ...Copenhague ! Pays baltique de culture scandinave, peuplé de 1,3 millions d'habitants, l'Estonie a souffert des occupations successives des Danois, Suédois, Allemands et plus récemment des Soviétiques. Ce sont ces derniers qui ont ont envoyé une grande partie de sa population dans les goulags ou ont favorisé l'exil sauvage. Ainsi, il est impossible de recenser le nombre exact d'Estoniens sur cette planète, tant ces derniers possèdent de fortes communautés à l'étranger, certains ayant définitivement élu domicile dans leur nouvelle patrie. Participer à l'Eurovision est plus qu'un passe-droit, c'est un sésame permettant à des milliers de déracinés de retrouver une identité et à 1,3 millions d'autres d'être par procuration sous les feux de la rampe.

C'est à la maison estonienne de Copenhague, un club dédié à tous les estoniens,  dans une petite dépendance de l'église du Sacré Coeur voisine, qu'aujourd'hui, nous avons rencontré la candidate Tanja Mihhailova. Née à Kaliningrad en 1983, mais ayant vécu la plupart de sa vie en Estonie, elle a fait ses classes dans Nightlight Duo, un groupe de musique techno, avant de poursuivre ses aventures musicales à travers les rôles principaux des comédies musicales, ''Fame'', ''Cabaret'' ou ''Le baiser de la femme araignée''. Elle obtient un regain de popularité avec l'émission ''Su nägu kõlab tuttavalt'' (Ton visage me dit quelque chose) dans lequel des personnalités se mettaient dans la peau de chanteurs locaux ou célèbres, Tanja ayant interprété entres autres, Cher, Madonna, Katy Perry, Luciano Pavarotti ou encore Pink. C'est en s'inspirant d'une chorégraphie de cette dernière, qu'est né le concept de 'Amazing', une interprétation cumulant danse et chanson en anglais (la concurrente précédente Birgit Õigemeel, en choisissant l'estonien, avait suscité l'interrogation, voire la moquerie).

Devant un auditoire de jeunes enfants, des étudiants et des adultes, Mart, son manager, lors d'un discours d'introduction, a présenté les différents membres du groupe, oubliant malicieusement la chanteuse principale, qui ne s'est pas privée avec humour de le faire remarquer. Débutant in medias res, cette dernière a interprété son titre 'Amazing' seulement soutenue au piano par Kaire Vigats (l'inoubliable interprète de 'Boys' dans l'émission des sosies) et deux choristes, faisant montre de sa maîtrise vocale, parcourant par ailleurs plusieurs octaves. Puis, elle s'est effacée, laissant place à l'une de ses choristes, qui au départ, un peu tendue, s'est libérée au fil de son chant, adoubée par le piano et un violon. La seconde choriste a pris place au milieu de la salle pour interpréter une chanson folklorique, puis la pianiste elle-même nous a offert une interprétation vocale, sous le regard de Tanja Mihhailova, toujours assise. Cette dernière a conclu le mini concert improvisé en proposant une autre chanson de son répertoire, tout en laissant la place à un long solo de violon, invitant d'ailleurs le violoniste à se placer devant elle. Les festivités se sont terminées par une séance d'autographes et de photos.



Réunion touchante qui a permis à des estoniens vivants au Danemark de retrouver un peu de la fraîcheur de leur pays, mais surtout la découverte d'une artiste humble et généreuse, au-delà du star system et du complexe de l'image subjective, qui a choisi de laisser de la place à celles et ceux qui l'accompagnait. Et ce n'était pas dû à la clémence d'une artiste haut perchée, mais à la reconnaissance des artistes l'entourant, ces derniers ne se fendant pas d'une petite performance contemporaine, mais d'une véritable démonstration de chant. Et me croirez-vous? La plupart des artistes estoniens sont multi-instrumentistes, ce qui peut parfois apparaître frustrant dans un concert dans lequel le chanteur principal laisse chanter les uns après les autres toute son équipe, leur offrant un espace vocal de plus en plus large et limitant le sien.

Tanja Mihhailova apparaîtra sur la scène du B and W en troisième position ce prochain mardi 6 mai. Un prochain article présentera brièvement les différents artistes, et leur chance de qualification.

​Merci à la Maison de l'Estonie à Copenhague pour avoir rendu cette rencontre possible, merci au site officiel de l'Eurovision pour les photos.


Plus d'informations sur http://www.lordi.fi/
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