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TITRE:

STEVE VAI (12 MAI 2014)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

GUITAR HERO



Journée pas comme les autres au Hard Rock Café de Paris avec Steve Vai pour la remise d'une des ses mythiques guitares Ibanez. Un évènement exceptionnel que vous fait partager Music Waves !
STRUCK - 21.05.2014 -
12 photo(s) - (1) commentaire(s)

Avant la remise officielle d'une de ses mythiques Ibanez au Hard Rock Café de Paris et avant de gratifier la salle d'un concert très privé, c'est un Steve Vai très détendu qui a joué au jeu des questions/réponses pour un échange spirituel et rempli d'anecdotes croustillantes....


Lors de notre précédente interview pour Music Waves, tu indiquais que les légendes n’étaient plus de ce monde, malgré tout, avec ce type d’évènement où ta guitare Ibanez figurera au milieu du Hard Rock Café, te rapproches-tu de l’immortalité ?


Steve Vai : Quand tu fais de la musique, si tu as pour ambition d’être célèbre ou d’être immortel, il est possible que tu arrives à être connu, mais il y a peu de chance que ta musique soit bonne ou intéressante. La musique doit être quelque chose de sincère, donc désintéressée. Si tu exposes ce que tu as sur le cœur, ce qui résonne en toi, ça te fait tellement de bien, que finalement, entrer dans la postérité est le cadet de tes soucis.

Si tu perds ça de vue et que tu cherches à gagner quelque chose, ta musique s’en ressentira, pire, tu te trahiras toi-même. C’est très violent de ne pas être sincère dans sa démarche. Tu peux faire illusion en apparence, mais le soir avant de t’endormir, tu es seul avec ta conscience. 

Je crois qu’il faut se détacher de ce genre de considération. Si ce qu’on fait ne marche pas, tant pis, au moins on aura été honnête avec soi-même. Si ça marche tant mieux, ça veut dire que ce que l’on ressent vibre à l’unisson avec ce que d’autres ressentent. L’important c’est que ça vibre en nous d’abord non ?



A propos de vibration, tu disais que Animals As Leaders faisait une musique fraîche et source d’inspiration, comment expliques-tu que leur dernier album sonne Steve Vai ?

En réponse à ta question sur l’immortalité, je préfère l’idée de trace au travers de la musique de Animals As Leaders et Tosin Abasin qui est vrai génie. C’est une grande fierté de savoir que je laisserais ainsi une trace dans la musique sachant que des groupes s’inspireront de Animals As Leaders sans même savoir qui je suis. Ces groupes perpétueront ma musique, comme je l’ai fait pour celle de Frank Zappa…


"Bien jouer de la guitare implique une discipline de fer et beaucoup de patience"


Tu donnes également des cours de guitare/ musique ? Qu’est ce que cela ça t’apporte?

Enseigner est quelque chose que j’adore. Ouvrir des pistes de réflexion aux jeunes qui ne pensent qu’à dévaler leur manche à cent à l’heure me nourrit beaucoup. Il faut bien comprendre que tout le monde n’est pas fait pour shredder.  On est tous différents, et heureusement d’ailleurs. On n’a pas forcément tous la fibre pour être guitariste. Certains réalisent qu’ils aiment fignoler les réglages et s’orientent vers les métiers du son, d’autres sont plus des commerciaux dans l’âme, d’autres encore ont des facilités pour rédiger ou critiquer des disques.

On a parfois tendance à s’enfermer dans une case parce que c’est bien vu ou qu’on s’est persuadé que c’était ce qu’il fallait faire. Mais au passage on a oublié de se demander si on était vraiment fait pour ça. S’interroger sur ce qu’on aime vraiment, sur nos prédispositions est essentiel. Quelqu’un d’impatient ne pourra malheureusement pas devenir un grand guitariste. Bien jouer de la guitare implique une discipline de fer et beaucoup de patience.


Justement pratiques-tu comme par le passé ? Comment affines-tu ta technique et ton son ?


Je ne m’exerce plus comme par le passé où je travaillais comme un 'soldat'. A l’époque où j’officiais chez Frank Zappa, il me donnait des trucs très difficiles à jouer. Je posais les briques l’une après l’autre pour bien comprendre la structure. C’était fastidieux, parfois laborieux mais je finissais toujours par y arriver. Je me rappelle une fois, après un concert j’ai demandé à Frank ce qu’il avait pensé de mon interprétation d’un morceau. Il m’a répondu que c’était passé techniquement, mais que ça ne sonnait pas. La recette vient du cœur, on doit ressentir les choses et s’approprier la musique. Sans sincérité, on ne devient qu’une réplique sans âme d’un musicien qui existe déjà.

J’ai toujours été fan de Queen et de Led Zeppelin. Jeune, je rêvais de sonner comme Brian May et Jimmy Page. A l’époque où je jouais avec Alcatrazz, j’ai rencontré Brian May dans un bar à la mode. J’ai eu la chance de lui poser mes questions jusqu’à ce qu’il me propose de venir à une répèt de Queen le lendemain. J’étais aux anges mais pétrifié. Je suis arrivé dans mes petits souliers dans leur studio, j’ai rencontré Freddy et tout le groupe, et Brian m’a tendu sa guitare en me demandant de jouer un truc. J’ai pris la guitare persuadé que j’allais sonner comme lui. Bien sûr, c’était sa guitare, ses réglages, son ampli, son studio ! Et bien non, ça sonnait juste comme Steve Vai…

Quelques années plus tard j’ai reçu le grand Eddie Van Halen chez moi. On est allé dans mon studio, je lui ai tendu ma guitare, branchée dans mon ampli, avec mes réglages et mes effets. Devinez quoi ? ça sonnait Van Halen ! Ces deux expériences ont été des révélations, j’avais enfin compris ce que Frank Zappa m’avait dit, et j’ai travaillé sur mon propre style.

On en revient à la notion de mythe, de secret que chacun d’entre vous aimerait connaître et que certains artistes entretiennent. Je me souviens d’une anecdote où Eddie Van Halen certifiait qu’il avait enregistré tous ses albums sauf deux sur le même ampli alors qu’il avait dit auparavant soigner son son à chaque fois. Eddy m’a dit devoir inventer des histoires de temps en temps pour animer le mythe autour de sa façon de travailler.

Mais en réalité, tout est beaucoup plus simple, il allume son ampli, il met les potards (NdStruck : bouton de volume ou de gain) de sa guitare à fond et ça sonne ! Les journalistes aimeraient qu’on leur disent qu’on a des petits secrets qui expliquent notre recette miracle, mais il n’y en a pas. Tu joues beaucoup, tu as une idée, tu la tournes en boucle jusqu’à ce que ça sonne et tu l’enregistres. Un point c’est tout !


"La spiritualité c'est quelque chose de très personnel, que certains se risquent parfois maladroitement à interpréter. La spiritualité est pénétrable mais impossible à retranscrire dans notre langage."


Quelle importance accordes-tu à l'ésotérisme ? On peut parfois voir des chiffres, symboles ou références maçonniques, voire sataniques dans l'univers de "Passion and Warfare"?

J'ai grandi dans une famille catholique pratiquante. Ayant baigné dans un univers relativement pieux, je me suis intéressé à certains ouvrages spirituels. Plus jeune, je me suis intéressé à l’ésotérisme dont la numérologie, les symboles religieux etc. Je trouvais ça cool car ça rajoutait un coté mystique à mon univers. En vérité, je n'y accorde qu'une importance relative. Je trouvais que rajouter du visuel énigmatique allait bien avec ma musique, mais ça ne va pas beaucoup plus loin.

Je ne sous-estime pas la spiritualité. Cela a toujours été important pour moi, mais pas forcément dans le sens où tout le monde l’entend. Les prophètes (Jésus, Mahomet, etc.) parlent de choses spirituelles qui vont au-delà des mots qu'on trouve dans les livres ou dans les images. La spiritualité c'est quelque chose de très personnel, que certains se risquent parfois maladroitement à interpréter. La spiritualité est pénétrable mais impossible à retranscrire dans notre langage. Malgré tout, cela nous accompagne en permanence, on est juste trop préoccupé par notre monde matériel pour y prêter attention.

Que tu le veuilles ou non, tu es une légende de la guitare. Tes fans ont donc des attentes et certains sont là pour te voir shredder. Les prends tu en considération quand tu composes ou avant un concert ?

Céder aux attentes de l’auditeur est le plus grand piège du musicien. Cela entrave ta créativité. Lorsque j’ai composé "Flexable", j’étais convaincu que l’album resterait intimiste. Jamais je n’aurais imaginé ce succès et le million de dollars qu’il a rapporté. Pareil avec "Passion and Warfare", j’ai juste écrit ce qui me venait. En revanche, ce qui influence la composition c’est ton état d’esprit. Une même idée initiale n’aboutira jamais au même résultat si tu es déprimé, angoissé, joyeux ou fatigué.


Juste avant « Passion and Warfare », tu as fait une pige chez Withesnake. Doug Aldrich vient d’annoncer son départ, David Corvedale doit être en quête d’un guitariste. Es-tu toujours en contact avec lui ?

(Rires) J’ai gardé de très bons contacts avec tous les musiciens avec lesquels j’ai travaillé sauf quelques uns avec lesquels j’ai merdé… J’ai très souvent David au téléphone, nous parlons de tout et de rien mais quasiment jamais de musique. Mon passage au sein de Withesnake a été une très bonne expérience.


Comment l’inspiration te vient-elle ?

C’est difficile à dire, c’est presque comme si ce n’était pas moi qui composais. La plupart du temps, je plaque des accords et chantonne quelque chose dessus. Les mélodies me viennent comme ça sans trop réfléchir. L’inspiration vient souvent de ton état d’esprit, mais en général les morceaux te tombent dessus plus que tu ne les cherches. D’ailleurs, essaye de faire ça quand tu rentres chez toi. Tu joues une suite d’accords de manière aléatoire et tu siffles ou chantes une ligne mélodique qui ne dissone pas trop par-dessus, tu pourrais être surpris du résultat.

Un jour en transit entre 2 villes, j’ai poireauté 8 heures à l’aéroport de Moscou. J’avais une idée qui planait dans ma tête, mais ce n’était pas une mélodie, c’était une sorte de vibration hypnotique, j’ai sorti EVO et ai essayé de retranscrire ça à la guitare (Steve nous joue l’air en question). Tu vois c’est plus une façon d’attaquer la note qu’une mélodie vraiment, mais si je n’étais pas en transit, frustré d’attendre mon avion, cette vibration ne m’aurait peut-être pas traversé l’esprit, et peut-être que je vais en faire quelque chose.


Comment la musique a évolué selon toi ces 20-30 dernières années ? A l’époque les maisons de disques s’occupaient des artistes. Aujourd’hui on a l’impression que les artistes sont jetés en pâture, puis laissés pour compte.

Je crois que cela a toujours été le cas. Un artiste qui ne marche pas est souvent délaissé par sa maison de disque. Aujourd’hui, on se rappelle de Jimi Hendrix, de Led Zeppelin, des Beatles, mais il y avait aussi des groupes qui n’ont pas percé. La différence, c’est qu’on vit l’instant présent, donc on voit des artistes naitre et mourir, mais demain on ne se souviendra que de ceux qui ont vraiment marqué la musique de leur empreinte.

Tu as sans doute aussi cette impression parce que faire de la musique est plus aisé aujourd’hui, donc plus d’artistes se jettent à l’eau. Avec un budget modeste tu peux t’offrir un home studio chez toi et balancer tes idées sur Internet. Il y a 20 ans et même 10 ans, ce n’était pas aussi simple.


"On se cantonne trop souvent à un style dont on a ensuite du mal à sortir, c’est d’ailleurs pourquoi autant de groupes n’ont aucune saveur et se ressemblent les uns les autres. "


Que penses-tu de la musique d’aujourd’hui ? Est-elle source d’inspiration ?


Bien sûr, il est impossible de ne pas être inspiré par la musique contemporaine… Cependant, dans celle-ci, il y a à boire et à manger. J’ai toujours pensé qu’il était important de ne pas s’enfermer dans un style. Être hermétique à la musique classique, au hip-hop ou à je ne sais quoi, stérilise la créativité. Rester ouvert m’a aidé toute ma vie dans mon processus créatif.

Je n’aime pas tout ce qu’on entend aujourd’hui, mais il existe des trucs très bons en dehors de la sphère du rock. Mon fils m’a emmené un jour dans une sorte de rave, un festival sur 3 jours de techno. J’y ai vu des artistes incroyables, jouant une musique profonde et inspirée. Et le public communiait presque.

On se cantonne trop souvent à un style dont on a ensuite du mal à sortir, c’est d’ailleurs pourquoi autant de groupes n’ont aucune saveur et se ressemblent les uns les autres. Il faut écouter d’autres choses, se les approprier, les marier à notre façon de voir la musique, on aboutit parfois à des résultats remarquables.


Et si tu devais citer quelques groupes ?

Mon fils qui est très branché groupes de metal progressif m’a fait découvrir Gojira. Je citerais également Devin Townsend qui est un génie. Enfin dans un autre style musical, j’apprécie ce que fait Skrillex.

On a parlé d’inspiration, de passion… Est-ce que Joe Satriani t’a communiqué sa passion ?

(Catégorique) Non ! Cette passion était déjà en moi ! En revanche, Joe l’a bien entretenu. Dans les yeux du gamin de 12 ans que j’étais, Joe qui en avait 15 était une sorte de Dieu (Sourire).




Tu remets une guitare Ibanez aujourd’hui, comment expliques-tu cette fidélité ?

Le partenariat qui nous lie avec Ibanez dure depuis plus de 30 ans. J’aimais les Stratocasters mais elle ne me convenait pas comme aucune guitare finalement. J’ai donc créé une guitare avec des caractéristiques me permettent d’avoir le son que je veux et d’être à l’aise.

Quand ce prototype a été créé, une multitude de marques a voulu la faire pour moi. Toutes ces marques m’ont renvoyé un exemplaire mais à chaque fois avec un détail supplémentaire de leur initiative pensant que ça passerait. Ce qui n’était pas le cas ! Seul Ibanez a reproduit à l’identique le modèle que je leur avais demandé et ce fut le début de ce long partenariat.

Nous avons ensuite affiné certaines choses comme la poignée que le gars excentrique mais pas trop que je suis leur a demandé pour pouvoir transporter plus facilement la guitare ou… faire des pauses amusantes avec (Rires) !

Il y a aussi le modèle de 10 ans où Ibanez a souhaité mettre de mon sang sur la guitare. Je suis allé à l’hôpital pour qu’on me prélève du sang et alors que je ne pensais donner que quelques gouttes, ils m’ont pris des litres (Rires)… Quoi qu’il en soit, peut-être que dans le futur, des scientifiques pourront tirer mon ADN de ce sang et faire des clones de Steve Vai ? Et qui sait peut-être que ces derniers feront une musique qui passe en radio (Rires) !

J’ai beaucoup de chance de travailler avec des gens aussi dévoués qu’Ibanez. Même chose pour les micros. A l’époque, j’ai contacté Larry Di Marzio qui était un Dieu pour moi et il m’a créé des micros avec un son d’une puissance qui les caractérisent. Concernant ces micros, je ne me sers que des double bobinages, le micro central est là pour faire beau, je ne m’en sers jamais (Sourire). Et le scotch fluo que je colle dessus ? C’est pour éviter que les cordes ne se coincent dedans quand je les maltraite.

Je parlais de mythe tout à l’heure, on est en plein dedans. Les gens pensent que tel morceau de scotch à tel endroit m’aide à mieux sonner, les gens s’attardent à des détails anodins et oublient qu’avant tout, j’ai passé des heures et des heures assis à dévaler mon manche de haut en bas. Il n’y a pas de raccourci. Alors collez du scotch aux mêmes endroits que moi, achetez la même guitare qu’untel et le même ampli qu’un autre, vous ne ferez que gagner un peu de temps sur la frustration. Le seul secret, c’est le travail !




A l'issue de cette conférence, Steve Vai vient à remettre officiellement une des mythiques guitares Ibanez au Hard Rock Café de Paris qui trônera bientôt au-dessus de nos verres. Un moment officiel suivi par tous les partenaires présents que ce soit les revendeurs Ibanez (comme Mogar Music France) ou les artistes endorsés à l'actualité plus ou moins brûlante (Patrick Rondat, Yann Armellino, Fred Fages (Gut Scrapers), Didier Chesneau ou encore Stéphan Forte).


Cette journée exceptionnelle s'achèvera par un mini-concert privé aussi intense que court.




Plus d'informations sur http://www.vai.com
 
(1) COMMENTAIRE(S)  
 
 
MR.BLUE
23/05/2014
  0
Que cela soit Steve Vai ou Amandine Bourgeois, Struck interpelle et cela donne souvent naissance à de vrais discussions, bravo !
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