GROUPE/AUTEUR:

RIVERSIDE

(POLOGNE)

TITRE:
WASTELAND (2018)
LABEL:
INSIDEOUT MUSIC
GENRE:
ROCK PROGRESSIF

"Riverside, avec une retenue et un savoir-faire mélodique qui l’honore, ne pouvait pas rêver offrir un meilleur hommage à son défunt guitariste."
CALGEPO - 27.09.2018 - (1) Avis des lecteurs - (0) commentaire(s)
4/5
Riverside s'est construit une solide réputation avec une discographie riche dont le rythme des sorties a failli être stoppé suite à la mort brutale et soudaine de Piotr Grudziński. On imagine les questions qui ont dû traverser l’esprit des membres survivants : faut-il continuer et dans cette hypothèse sous quelle forme ? L’autre interrogation est plus métaphysique, celle de la relation entre la créativité et l’angoisse de la mort. Quelle influence positive ou négative peut avoir l’idée de la mort sur la créativité d’un artiste ? Souvent le constat est que les œuvres les plus belles ont été créées suite à des grandes douleurs morales ou période de dépression, les artistes voyant leur créativité décuplée. Serait-ce le cas pour ce nouvel album ?

Relativement rapidement après la survenance du décès, Mariusz a pris la décision de ne pas enterrer son groupe, de continuer sous la forme d’un trio et de s’investir dans le travail de composition. Le groupe a sorti une compilation electro et quasiment instrumentale assez déstabilisante. Ensuite, le leader s’est engagé corps et âme dans son projet personnel Lunatic Soul en éditant deux albums en moins d’un an tout en étant toutefois accompagné des membres de Riverside, histoire de ne pas perdre pied. C'est dans ce contexte qu'intervient "Wasteland".

Le mot signifie « terre en friche » et apporte d’emblée un indice rien que dans son titre. Tout est à reconstruire après que le groupe a été dévasté. Riverside va ainsi semer en neuf titres les graines afin de redonner vie à ce qui a été consumé. Mariuz débute ‘The Day After’ a cappella de sa voix claire et grave qui sera ensuite brouillée dans les dernières secondes avec quelques notes de violon à la Believe afin de faire la transition avec ‘Acid Rain’. Si "Love, Fear And Time Machine" avait marqué un tournant chez Riverside avec des moments nettement plus atmosphériques, ce titre renoue avec des saillies metalliques d’antan. Mariuzs qui s’occupe désormais des parties de guitares, en plus de la basse et du chant, distille des riffs agressifs avec un refrain aérien entêtant. Les ruptures sont fécondes dans la rythmique, enfonçant le clou d’un progressif qui s’était quelque peu estompé des précédentes compositions.

Car "Wasteland" se rappelle au bon souvenir d’un "Rapid Eye Movement" notamment avec des titres moins aseptisés tout en conservant le goût prononcé du groupe pour la mélodie. De là à conclure à un album thérapie, il n’y a qu’un pas que l’on peut franchir. En effet, plusieurs titres se font l’écho de l’événement tragique qui a frappé les Polonais, comme ‘Vale Of Tears ‘ qui oscille entre une rage contenue et pudique dans les couplets qui sonnent presque heavy à la Maiden et un refrain apaisé. Il témoigne (comme tout l’album) du processus de deuil vécu par le groupe passant par les étapes du déni, de la colère, du marchandage avec la mort, de la dépression et de l’acceptation. ‘The Struggle For Survival’ qui s’en suit est le titre le plus surprenant. Cet instrumental illustre les difficultés de ceux qui continuent à vivre sans celui qui est parti. La guitare est largement mise en avant, parfois décousue, répétitive, hypnotique comme si Piotr s'était réincarné en elle. Les solos s’enchaînent, s’enchevêtrent avec les nappes de claviers et une rythmique démoniaque.

Malgré cette gravité, les moments de grâce sont légion avec le magnifique ‘River Down Below’ qui après une introduction quasi folk médiéval délivre une mélodie imparable à donner la chair de poule agrémentée d'un magnifique solo final, ou ‘Guardian Angel’ transporté par ses accords célestes dédiés à Piotr qui contrastent avec la voix encore une fois d’une gravité incroyable de Mariuzs. ‘Lament’ revêt un aspect mystique et tutoie à nouveau le médiéval avec ses harmonies vocales sous forme de chorale. Le titre éponyme est également quasi instrumental, laissant le soin aux musiciens de libérer leurs sentiments et d’exorciser leur frustration avec la profondeur et la richesse proches d'un Transatlantic. Le piano vient clore ce bien bel album avec douceur et de façon sereine en s'inspirant de Iamthemoring, ajoutant encore un peu plus d'émotion à "Wasteland" qui n'en manque pas.

Au final, cet album de la reconstruction se raccroche au passé des Polonais, jusque dans la pochette qui rappelle "Memories In My Head". Il place indéniablement en son centre Piotr tout en évitant de tomber dans le pathos indécent. Riverside, avec une retenue et un savoir-faire mélodique qui l’honorent ne pouvait pas rêver offrir un meilleur hommage à leur défunt guitariste. S’il faudra du temps pour déterminer la place que cet album prendra dans la discographie du groupe, on peut d’ores et déjà affirmer qu’il offre suffisamment de moments de haute volée et de segments plus ardus pour permettre au trio de cicatriser la plaie béante laissée par la disparition de Piotr et de (sur)vivre avec cette douleur.

Plus d'information sur http://www.riverside.art.pl



GROUPES PROCHES:
DROPSHARD, MAMMOOTH, BALLOON, RICOCHER, SPLINN, PROGHMA-C, AFTER, INDUKTI, TUNE, ACUTE MIND

LISTE DES PISTES:
01. The Day After
02. Acid Rain
03. Vale Of Tears
04. Guardian Angel
05. Lament
06. The Struggle For Survival
07. River Down Below
08. Wasteland
09. The Night Before


FORMATION:
Mariusz Duda: Chant / Guitares / Basse
Michal Lapaj: Claviers
Piotr Kozieradzki: Batterie


TAGS:
Intimiste, Médiéval, Chant grave
 
 
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REALMEAN - 18/02/2019 -
0 0
4/5
Via Lunatic Soul, Mariusz Duda parvient, pour moi, à proposer de la musique issue d'une autre genèse: les mélodies s'effacent au profit des ambiances, tout en s'infiltrant insidieusement dans l'oreille, obsédantes, dérangeantes ou oniriques. Il en résulte une musique intemporelle et inusable, que l'on peut réécouter en boucle en y redécouvrant à chaque fois quelque chose de nouveau. Je ne connais que très peu d'artistes qui sont capables de composer de cette façon.
Pour autant, même si le credo de Riverside me semble davantage formaté dans une mouvance métal-prog-rock qui n'est pas spécialement ma tasse de thé, je suis tombé sous le charme de "Wasteland". L'équilibre des styles y est remarquable, les fulgurances hard-rock sont parfaitement intégrées, l'improbable cheminement de la musique entre introspection tourmentée, rêverie atmosphérique, aliénation cérébrale et échappée spirituelle était une gageure qui s'est changée en coup de maître. Un album récemment découvert et rapidement adopté, qui m'invite à reprendre mon exploration du projet polonais - j'étais déjà assez proche de "Eye of the Soundscape", mais en marge du Riverside originel. La frontière me semble à présent moins difficile à franchir.

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