ARTISTE:

ENNUI

(GEORGIE)
TITRE:

END OF THE CIRCLE

(2018)
LABEL:

NON SERVIAM RECORDS

GENRE:

DOOM

TAGS:
Growl
"C'est lent, c'est long mais une beauté contrite, engluée dans le désespoir, suinte incontestablement de cet ensemble qui prend des allures de leçon, synthèse d'un genre dont il incarne une forme d'aboutissement."
CHILDERIC THOR (22.10.2018)  
4/5
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Ceux qui sont hermétiques à la beauté du doom dans sa lecture la plus funèbre et doloriste estimeront qu'Ennui porte bien son nom, lui qui s'est imposé en quelques années parmi les mineurs les plus jusqu'auboutistes d'un genre dont il livre une lecture d'une grande pureté… et donc d'un mortel ennui pour environ 99 % de la population mondiale auxquels cette chronique ne s'adresse naturellement pas. Les autres, la petite minorité restante, savent combien cette musique irrigue une sève émotionnelle à laquelle il est difficile d'être insensible, surtout quand elle est forgée par des flagellants qui ont la noirceur funèbre chevillée à l'âme.

Reste qu'à ce niveau d'engourdissement, de lenteur pétrifiée, parler de doom tient quasiment du pléonasme tant le tunnel que fore l'excavatrice géorgienne s'avère tentaculaire, fouillant les arcanes de la terre jusqu'au noyau. A l'intérieur des cavités telluriques que creuse ce duo avec une force souterraine stagne une monotonie absolue que secouent à intervalles irréguliers de lointains et sourds grondements qui semblent venir du fond des âges. Depuis 2012, trois albums et deux splits, le premier avec Aphonic Threnody, le second avec Abstract Spirit, ont coulé sous les ponts, charriant à chaque fois un magma aussi compact que rocailleux capable de frayer dans le sol des plaies abyssales aux lèvres épaisses.

Après trois ans de silence, "End Of The Circle" était attendu comme un Graal mortuaire, promesse d'un accablant séisme sonore et sensitif. Les masochistes que nous sommes, toujours en quête d'une bande-son mortifère pour accompagner nos nuits tourmentées, ne seront pas déçus par un album aux allures de titanesque golem marchant dans le sillage des travaux funéraires des maîtres finlandais (Tyranny, Thergothon etc.) en moins blafard et plus granitique. Trois blocs monumentaux, oscillant entre vingt et trente minutes au compteur, composent un opus qui se mérite, profession de foi sévère en même temps que chemin de croix aride sinon austère au bout duquel le calvaire se transforme en orgasme suicidaire.

Le concept cosmique et cyclique qui l'irrigue commande une architecture massive et indivisible ainsi qu'une expression d'une démesure épique comme si David Unsaved et Serj Shengelia cherchaient à repousser les limites d'une apathie suffocante. Pourtant, leur écriture se révèle plus dynamique qu'il n'y paraît de prime abord, accouchant de compositions fleuves immobiles dans le mouvement à la manière de plaques tectoniques qui se déplacent. Il suffit de s'abîmer dans les sinuosités rocheuses de l'énorme morceau éponyme, de s'enfoncer dans son intimité ténébreuse, pour mesurer combien ce doom death assommant est travaillé de l'intérieur par de multiples forces.

Ce Golgotha qui remplit presque à lui seul la moitié du menu explore tout un monde abyssal, hanté par un chant grumeleux, lanterne crachant des jets de noirceur. Pinceaux d'une dramaturgie pesante, les guitares sont les arcs-boutants d'un édifice qui s'enlise peu à peu au fond d'un gouffre sans fin contre les parois duquel aucun lumière ne parvient à s'accrocher alors que la batterie sonne comme les derniers battements de cœur. De fugaces accélérations, quelques accords squelettiques viennent cependant rompre le monolithisme d'une trame engourdie qui a quelque chose d'un ressac envoûtant. La terre tremble dans ses fondations, jusqu'à un final qui semble ne jamais vouloir survenir, le groupe étirant au maximum des notes qui s'égrènent dans un délitement fantomatique.

Les deux plaintes suivantes, qui constituent en réalité les deux pans successifs d'un diptyque baptisé 'The Withering', sont taillées dans cette même inexorabilité plombée qui répand à l'infini ses tentacules sépulcrales en une élévation pétrifiée que les Géorgiens parviennent avec parcimonie à aérer avant de replonger dans la mine pour une ultime excavation. C'est lent, c'est long mais une beauté contrite, engluée dans le désespoir, suinte incontestablement de cet ensemble qui prend des allures de leçon, synthèse d'un genre dont il incarne une forme d'aboutissement, mieux, de quintessence.


Plus d'information sur https://www.facebook.com/bandennui





LISTE DES PISTES:
01. End Of The Circle - Ennui
02. The Withering Part I - Of Hollow Us - Ennui
03. The Withering Part Ii - Of Long Dead Stars - Ennui

FORMATION:
David Unsaved: Chant / Guitares / Claviers
Serj Shengelia: Guitares / Claviers
   
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