GROUPE/AUTEUR:

DREAM THEATER

(ETATS UNIS)

TITRE:
DISTANCE OVER TIME (2019)
LABEL:
INSIDEOUT MUSIC
GENRE:
METAL PROGRESSIF

""Distance Over Time" renoue avec un équilibre assumé entre la dextérité et l'émotion. Les Américains sont de retour en mode patron en proposant leur meilleur album depuis le départ de Mike Portnoy."
CALGEPO - 11.03.2019 - (7) Avis des lecteurs - (2) commentaire(s)
4/5
La cover du 14ème album de Dream Theater est fortement symbolique et laisse une grande place à l’interprétation, au questionnement. Le contexte de la sortie de ce "Distance Over Time" est le même depuis bientôt 16 ans et toutes les productions qui ont suivi "Six Degrees Of Inner Turbulence". "Train Of Throught" a marqué une relative cassure entre le groupe et certains fans nostalgiques ou chroniqueurs qui regrettent "l’ancien" Dream Theater. Beaucoup en effet reprochent aux Américains d'avoir cédé à des velléités metal moderne contre nature, à une inspiration corner trop marquée (Muse, Metallica, Tool) et d'avoir sorti des albums boursouflés de longueurs stériles, d’assemblages exempts de cohérence, privilégiant les individualités au détriment d’un vrai travail de groupe, de leur côté mélodique, émotionnel et progressif.

Conscient de ces critiques justifiées ou non, le groupe s’inspire de Shakespeare, particulièrement d'Hamlet et de sa fameuse question existentielle pour illustrer son nouvel album. Être ou ne plus être le groupe d’avant, telle est la question ? Revenir aux fondamentaux ou poursuivre l’évolution entamée au milieu des années 2000 ? Poussant plus loin cette réflexion liminaire, la main qui tient le crâne est celle d’un androïde (un rappel à la dystopie de "The Astonishing") et marque encore plus cette opposition entre l’humain qui n’est plus et la froideur de la technique qui a pris le dessus. Et si la réponse à la question se situait entre les deux ?

La durée du disque et de chaque titre donne d’emblée un indice. Si "The Astonishing" revêtait la forme d'un double album, long et composé d’une trentaine de titres, "Distance Over Time" constitue son opposé conceptuel : neuf titres (hors bonus) dont aucun ne dépasse les dix minutes pour moins d’une heure de musique ! Si sur le plan formel il s’en différencie, il en va de même sur le fond. Dream Theater revient à un son heavy et puissant mettant les riffs et la rythmique en avant. L'introductif "Unterthered Angel" pose les jalons de ce qu'est l'album. Aux premières secondes planantes, le mur du son arrive avec l'alliage batterie, basse et guitare toutes voiles dehors. Malgré une production encore trop compressée, le son semble avoir subi quelques améliorations notamment concernant Mangini qui bénéficie d'un meilleur spectre même si ce n'est pas encore parfait notamment au niveau des cymbales encore beaucoup trop étouffées. La puissance est donc de mise dans les couplets agressifs équilibrés par un refrain court et lumineux mais dans lequel les effets sur la voix de James Labrie semblent beaucoup trop poussés. Le pont instrumental laisse place aux traditionnelles joutes instrumentales entre Petrucci et Rudess dont le travail est remarquable de sobriété sur cet album.

Le disque est entrecoupé de quatre morceaux de quatre minutes au compteur qui permettent d'apporter quelques respirations bienfaisantes. On n'osait plus l'espérer, mais Dream Theater sait encore composer des titres courts et diablement efficaces comme la ballade 'Out Of Reach' qui fera sans doute partie des plus belles écrites par le groupe, toute en montée en puissance canalisée. "Paralyse",  faussement mid tempo, alterne quant à lui les ambiances lourdes et planantes dans lesquelles John Petrucci laisse vagabonder sa guitare dans des solos enfin expressifs. Il faut dire que dans ce nouvel album, il illumine de sa classe retrouvée l'ensemble des morceaux qui contiennent moins de shred, plus de sensibilité, de variations, de relief et de progressivité.

Comment ne pas tomber sous le charme du très beau mouvement instrumental de 'Fall Into The Light' et ses échanges entre le piano de Jordan Rudess et un solo enchanteur du maître es-Music Man que vient dégommer la frappe façon mitraillette de Mike Mangini ? Dream Theater démontre également avec 'Barstool Warrior' qu'il est encore capable de composer de beaux titres progressifs, épiques surtout concis et équilibrés. Ce titre est d'une fluidité qu'on ne pensait plus entendre chez les Américains et constitue une montagne russe émotionnelle qui rappelle les belles heures de "Six Degrees Of Inner Turbulence" (second CD), le côté pompeux en moins. 'S2N' (ou Signal To Noise) évoque également cette ambiance de turbulences dans son refrain ('War Inside My Head') et prouve toute l'admiration du groupe pour Rush avec une basse clinquante et vrombissante enfin mise en avant dans le mixage ('Room 137' également) et des breaks que n'aurait pas reniés le trio canadien.

Malgré tout, Dream Theater retombe dans certains travers qui viennent quelque peu tempérer la bonne impression générale notamment avec ce fade out incompréhensible dans 'At Wit's End' qui vient interrompre soudainement un très beau passage de Petrucci ou bien les quelques enchaînements abrupts de 'Pale Blue Dot' qui donnent encore cette impression que le combo n'arrive pas à canaliser suffisamment ses idées. Cependant, l'album se termine sur une belle surprise rock à la Whitesnake réussie incarnée par le bonus 'Viper King' particulièrement jouissif et inhabituel pour le groupe.

Au final, cela faisait bien longtemps que Dream Theater ne nous avait plus habitués à autant de densité dans ses dernières productions. "Distance Over Time", sans pour autant constituer un retour total  aux sources (il le fait plus que l'album éponyme), renoue avec un  équilibre plus assumé entre la dextérité et l'émotion, la première étant au service de la seconde. Les Américains sont de retour en mode patron et proposent leur meilleur album depuis le départ de Mike Portnoy.

Plus d'information sur http://www.dreamtheater.net



GROUPES PROCHES:
DOMINICI, STRIDE, EVIL WINGS, SANDSTONE, AFFECTOR, THE THIRD ENDING, ATMOSFEAR, INFINITA SYMPHONIA, THE LONG ESCAPE, AEON ZEN

LISTE DES PISTES:
01. Untethered Angel - 6:14
02. Paralyzed - 4:17
03. Fall Into The Light - 7:04
04. Barstool Warrior - 6:43
05. Room 137 - 4:23
06. S2n - 6:21
07. At Wit’s End - 9:20
08. Out Of Reach - 4:04
09. Pale Blue Dot - 8:25
10. Viper King - 4:00 (bonus Track)


FORMATION:
James Labrie: Chant
John Myung: Basse
John Petrucci: Guitares
Jordan Rudess: Claviers
Mike Mangini: Batterie


TAGS:
90's, Epique, Technique
 
 
(7) AVIS DES LECTEURS
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MARKOPETRUCHE - 02/04/2019 -
0 0
3/5
Cela 25 ans que je connais DT, et je suis dubitatif avec cette dernière galette. Certes Rudess a retrouvé son lustre d antant période LTE, avec des sonorites bien senties et moins boite de conserve. Labrie est très bon, Mangini est tres carré mais manque indiscutablement de folie créatrice et de groove de son prédécesseur .myung fait son job.et Petrucci a abandonné ses excès de shred et nous sort des solos dont il a le secret. Mais avec tout ça, je trouve l'album intéressant car une fois de plus le groupe est aller de l'avant et a fait preuve d innovation comme sur tous leurs albums. Le problème pour moi c est ce côté excessivement massif trop " que metal" même sur TOT ils avaient gardé leur patte prog. Que le groupe choisisse de faire des morceaux plus condensé et efficace est plutôt bien vu car nous avons connu des excès de passage superflu. Du coup j'ai ce désagréable sentiment de pas avoir eu la moindre émotion après 20 écoutes. Ainsi qu' une apprehension de manque de créativité qui se confirme pas ce temps arrêtés 60 minutes.bien sûr des chefs d'oeuvre par le passé ont meme fait 40 minutes. Mais ou est cette pièce prog quasi obligatoire de 15 min qui aurait trouvé sa place dans l espace vaccant. Par conséquent je ne peux m'empêcher de penser que l'omniprésence de Petrucci a la composition et production manque sans doute de contre proposition comme pouvait le faire portnoy. Au fond pour moi, cet album est l'image de sa pochette ,perte d'humanité donc de sensibilité et trop robotique dans les sonorités et structures des chansons
LOLO_THE_BEST59 - 15/03/2019 -
1 0
2/5
Bon, désolé, je ne rejoindrais pas les avis laudateurs sur cet album. Non pas qu'il ne soit pas bon : Dream Theater retrouve un son direct, métal, avec un John Petrucci mis en avant au travers de descentes de manche toujours aussi étourdissantes, et un James Labbrie toujours aussi étincelant et qui distinguera toujours DT des autres groupes. Mais je reste marqué par l'atypique et grandiose "The Astonishing", qui garde une place à part pour moi. Et donc j'ai un peu de mal à revenir à l'essence du groupe, trop métal, pas assez progressif.
OCERIAN - 21/02/2019 -
0 0
5/5
Dream Theater a trouvé un nouveau souffle avec ce "Distance Over Time".

Je n'ai jamais considéré que les Américains s'étaient perdus ou endormis dans leur carrière. Ils ont su évoluer, à leur rythme avec de belles qualités. On ne reviendra pas sur leur maîtrise technique mais il ne faut pas oublier leur créativité et le sens de la mélodie dont ils ne se sont jamais vraiment départis. Un petit côté pop rock assumé et rarement évoqué dans les critiques.

Alors, bien sûr, le virage très metal, que certains pourront regretter, les ont un peu coupé d'une certaine substance originelle mais leur discographie reste pleine de pépites, de trouvailles, et même de moment de grâce.

Pour en revenir à ce dernier opus, celui-ci est essentiellement basé sur les riffs de Petrucci et l'emphase mélodique de James Labrie. John Myung y trouve également une place particulière qui donne une profondeur et une lourdeur assez rare chez Dream Theater. Je trouve en revanche que Jordan Rudess a moins d'influence dans le son qu'il n'a pu en avoir récemment. Je ne sais pas s'il faut le regretter mais je ne fais que le constater.

Cet album est très bon en cela qu'il est plus direct et efficace, très juste sur le plan mélodique et chargé en ce qui a parfois manqué, à savoir l'âme. C'est vrai que cette méthode qui consiste à s'enfermer pendant des semaines pour composer apporte ce supplément de cohésion et de cœur.

Dream Theater avait certainement besoin de cela pour se recentrer sur l'essentiel après un "The Astonishing" quelque peu impersonnel et peut être trop ambitieux.

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(2) COMMENTAIRE(S)
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TORPEDO - 09/02/2019 11:51:05
0
Il n'y a plus qu'à attendre impatiemment le 22 février pour pouvoir en juger !
STRUCK - 09/02/2019 10:33:55
0
Il y a bien longtemps que Dream Theater ne me faisait plus sourciller : comme le souligne à juste titre Calgepo, je fais partie des "Francis Cabrel" du prog metal.
En revanche, il faut bien avouer que ce "Distance Over Time" est une vraie belle surprise d'un groupe dont je n'attendais plus rien !
Un album concis qui pioche dans les différentes époques du groupe pour un résultat très efficace comme chaque intro ultra-soignée et hyper addictive !
Un album hautement recommandable qui devrait à coup sûr faire l'unanimité entre fans de la première heure et les nouveaux...
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