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GROUPE/AUTEUR:

MARILLION

(ROYAUME UNI)

TITRE:
SOMEWHERE ELSE (2007)
LABEL:
INTACT
GENRE:
ROCK PROGRESSIF

""
SMILE - 07.05.2007 - (9) Avis des lecteurs - (0) commentaire(s)
4/5
Pénétrer un nouvel album de Marillion représente toujours pour moi un moment à part. « Marbles » m’avait élevé au-dessus des dimensions matérielles pour me faire toucher la grâce. Trois ans durant, mes appels, en direction du ciel, imploraient son retour. Le voilà enfin, ce nouvel opus. Le quatorzième, intitulé « Somewhere Else ».
Une forme d’incompréhension et de désenchantement entoure mes premières écoutes. « Marbles » apparaît si loin. L’ensemble, de prime abord, apparaît moins créatif et les envolées instrumentales étouffées peinent à illuminer. « See It Like A Baby » et son refrain n’inspire pas, « Most Toys » et ses répétitions irritent. Désorienté, je m’extirpe de cet univers, comme l’on s’extrait d’un mauvais cauchemar. Je l’abandonne, loin de me douter qu’à mon retour, il me fera vivre quelque chose d’absolument différent.

Je n’étais pas allé suffisamment loin dans mon pèlerinage, pas jusqu’à cette merveille, d’une limpidité absolue, interprétée tout en équilibre ; « Somewhere Else » lui-même, bijou scintillant comme un diamant aux formes frisant l’absolu et évoquant, à l’obsession, tantôt la présence, tantôt l’absence de l’être aimé. Ce titre, déprogrammant mes attentes, m’immerge au cœur même de l’univers qui se présente à moi. Car tout est là avec ce nouvel album; effacer de l’esprit le passé et partir, comme son nom l’indique, d’un « quelque part, ailleurs », de textures différentes, ancrées ni dans le progressif, ni dans la pop, ni dans aucun autre style musical. Une sorte d’osmose entre le début et la fin de l’ère Hogarth, entre un « Season’s End » plus complexe et recherché et un « Marbles » plus épuré et clair, mis en communs et modulés en fonction de la mouvance musicale moderne ("Coldplay", "Muse").

« Somewhere Else » cherche à toucher la perfection en épurant son style, en le dépossédant de surcharges inutiles et encombrantes, comme si chaque note était indispensable, comme si chaque instrument était contrôlé pour ne pas trop s’imposer et pour accoucher d’un univers feutré et finement ciselé. Il en ressort des airs entêtants, qui s’incrustent en moi pour y ressurgir à tout moment. Même « Most Toys », pourtant dispensable, dont les échos désordonnés surprennent à hanter mon esprit, trouve, au gré des écoutes, une signification, volontairement inséré là pour réveiller, pour diviser l’univers de « Somewhere Else » en deux mondes : une première partie plus directe, plus rock, défiant néanmoins les normes traditionnelles, et une seconde partie, réellement hypnotique, aux atmosphères mélancoliques et mystérieuses, proches d’ « Afraid Of Sunlight », avec des titres lumineux, d’une pureté envoûtante, qui auraient constitué des choix plus judicieux pour des singles que les moins intéressants « See It Like A Baby » et « Most Toys ». Outre le titre éponyme, citons le varié « The Wound », « The Last Century For A Man » au final proche d’un mélange entre « King » et « Neverland », « A Voice From The Past » et son solo déchirant à la guitare et, finalement, « Faith », à la sensibilité exacerbée, terminant l’album sur une note acoustique, comme le faisait « Made Again » sur « Brave » et évoquant, à mi-parcours et sur la fin, les sonorités d’un Brian Wilson en évolution, à l’aube de sa période dorée illuminée par « Pet Sounds ».

Axés sur les ambiances, les claviers de Kelly, discrets mais omniprésents, laissent apparaître à chaque écoute un son insoupçonné, dévoilant même, par moments, des tonalités aux accents asiatiques. Le jeu de Rothery, volontairement épuré pour n’intervenir qu’au moment opportun, savamment étudié pour ne pas se répéter ni s’étendre trop longuement, apporte à certains titres, par le biais d’un élan gilmourien aux sonorités claires et limpides, une dimension supérieure. L'interprétation de Mosley se montre parfois inventive et originale, comme sur « No Such Thing » ou « The Wound ». L’accompagnement de Trewavas se révèle fidèle à lui-même. La voix d’Hogarth, légèrement voilée, agaçante ou captivante, apparaît plus variée, parfois plus aigüe et plaintive que par le passé, poussant l’agacement ou la contemplation à l’extrême. Omniprésente, elle semble vouloir tout accaparer à elle, comme sur un album solo. Elle reflète davantage l’accomplissement d’un chanteur qui a enfin trouvé son identité et sa place dans ce groupe, surmontant à jamais le lourd héritage qui lui était dévolu.

« Somewhere Else » est ainsi une pièce intelligente qui brille par sa puissance émotionnelle, dont la limpidité est mise en lumière par la production aérée de Mike Hunter. Au paradis des émotions, nul doute qu’elle occupe une place de choix. Rien ne sert d’y chercher de longues envolées instrumentales et complexes. Mais n’est-il finalement pas plus dur de faire du beau avec du simple ?! Refusant de se laisser enfermer derrière des étiquettes réductrices, Marillion prend, avec « Somewhere Else », le risque d’aller au-delà des attentes et présente une œuvre davantage personnelle que ses précédentes, tout en se révélant pourtant plus accessible et plus susceptible d’attirer (enfin !) la reconnaissance du grand public. Il nous offre un univers proprement intimiste, le témoignage d’une recherche d’évolution constante, qui exprime librement les sentiments vécus et l’inspiration ressentie au moment de sa création. Et là réside toute sa force.

« Marbles » est exceptionnel, unique, inégalable. « Somewhere Else » est beau, tout simplement. Et si la perfection était un mélange subtil entre ces deux univers ? Bien que légèrement inégal et n'atteignant pas les hauteurs lumineuses de son prédécesseur, « Somewhere Else » s'appréciera lentement et, pour les fans du groupe, plaira un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, ou pas du tout. Il attisera leurs passions ou engendrera leurs déceptions. Car telle est la différence, telle est la nouveauté. Car tel est « Somewhere Else » !

Plus d'information sur http://www.marillion.com/



GROUPES PROCHES:
VIENNA CIRCLE, SIDEWAYS, LOONYPARK, ALIAS EYE, NO NAME, FOR ABSENT FRIENDS, LA TULIPE NOIRE, AGENESS, GREEN, VIOLET DISTRICT

LISTE DES PISTES:
01. The Other Half - 4:22
02. See It Like A Baby - 4:31
03. Thank You Whoever You Are - 4:49
04. Most Toys - 2:45
05. Somewhere Else - 7:46
06. A Voice From The Past - 6:17
07. No Such Thing - 3:56
08. The Wound - 7:17
09. The Last Century For Man - 5:49
10. Faith - 4:11


FORMATION:
Ian Mosley: Batterie
Mark Kelly: Claviers
Pete Trewavas: Basse / guitare électrique occasionnelle, guitare acoustique sur "Faith"
Sam Morris: french horn sur "Faith"
Steve Hogarth: Chant / percussion, piano occasionnel
Steve Rothery: Guitares


TAGS:
Accessible / FM
 
 
(9) AVIS DES LECTEURS
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REALMEAN - 05/10/2010 -
0 0
3/5
Aladdin S. le disait bien, "un album qui va diviser" !
Et il avait raison ! à ce jour, les notes des lecteurs s'étalent de 3 à 8/10 !
Voilà bien l'album de Marillion, par excellence, symptomatique des "sentiments partagés", très variables non seulement d'un auditeur à l'autre, mais aussi d'un morceau à l'autre pour un même auditeur, sentiments partagés qui semblent donc si souvent inhérents à la musique du groupe depuis le milieu des années 90.

Il est vrai qu'à l'écoute de l'insupportable Most Toys, j'aurais bien envie moi aussi de coller un 3/10 à cet album en montagnes russes... Mais en écoutant le titre éponyme, je rejoins aisément l'appréciation opposée.
En fait, Marillion a bien failli rater le coche une fois encore (retour à la période hasardeuse, "Afraid..." jusqu'à "Marillion.com" ?), mais à la différence d' "Afraid..." et de "This Strange Engine" qui s'effondraient par le milieu, l'édifice est ici consolidé: "Somewhere Else" s'appuie sur 3 ou 4 piliers, et le central -éponyme- est épais ! Ce morceau talentueux me permet d'attribuer un honorable 7/10 au projet, morceau sans lequel ma note aurait été ramenée à un 5 ou un 6 bien tassé.

Ainsi, on démarre par le très réussi The Other Half, justement propulsé par sa seconde moitié ("from the Other Half..." , cet élan vocal me saisit complètement !), on poursuit avec See it like a baby, au goût étrange (il interpelle, sans vraiment conquérir), puis un Thankyou... qui n'est pas très original (mais pas vilain), en passant par un incompréhensible Most Toys (sans commentaire...), et on aboutit à cet incroyable Somewhere Else.
Il m'aura fallu quelques passages pour bien l'appréhender, et à présent, je le trouve absolument énorme. L'un des meilleurs morceaux de Marillion ?
En tout cas, je ne m'y ennuie pas une seule seconde, et je reste abasourdi devant cette propension à alterner le pire avec le meilleur... de Most Toys à Somewhere Else... Pas d'explication rationnelle à cela !! c'est du Marillion...

L'album enchaîne ensuite avec A Voice from the past, No such thing, deux morceaux plutôt soporifiques mais pas inintéressants, puis vient le "soutainement" de sortie, le très néo-prog The Wound (très bel élan, sonorités magnifiques, et un virage central comme je les aime), et... point final de l'inspiration Somewhere ? Pas tout à fait, car The Last Century... n'est pas en reste, et Faith, sans être inoubliable, clôture le projet sur une petite note de nostalgie qui fait son chemin.

En bref, Somewhere n'est pas aussi rempli que Marbles, ça paraît évident. Même bien en-dessous, sans doute. Mais enfin, le navire ne prend pas l'eau de toute part. On a vu pire.
7/10, c'est un peu le minimum syndical, disons cependant que je ne peux me résoudre à le ranger du côté des dispensables.
Les différences d'opinions sont trop grandes en tout cas pour prendre le risque de passer à côté: il FAUT écouter cet album; et se faire son opinion.

LIGEIA - 14/05/2009 -
0 0
2/5
Est-ce sur MW que j'avais lu la bonne blague : " Somewhere else sera des chutes du prochain album"? ma foi, peut être que le poisson d'avril de 2007 n'était pas si poisson que ça.

DIVINEO - 15/12/2007 -
0 0
1/5
La note est généreuse pour cet album vide de contenu et d'émotion. A vouloir trop changer MARILLION en perd son âme. Si "Marbles" renfermait quelques belles pièces, dans sa version double s'entend, ce "Somewhere else" est bien fade. En manque totale d'inspiration, des chansons gnangnan qui lorgnent vers une pop même pas de qualité comme savent le faire d'autres groupe comme BLACKFIELD ou même SYLVAN.
Classer aujourd'hui MARILLION dans le Progressif c'est comme classer Dalida dans le Heavy métal (j'exagère un peu , je le reconnais!). Ils ont tourné la page il y a bien longtemps sans vouloir se poser les bonnes questions de savoir si la voie qu'ils ont choisi de prendre est celle de l'inspiration musicale et si, comme je le dis plus haut, il n'ont pas perdu leur âme à force de vouloir faire toujours différent.
On peut faire évoluer son style sans pour autant renier ce que l'on a été : une icône du Néo Prog qui s'est égarée sur le mauvais chemin en semant en route pas mal de choses dont déjà le "son MARILLION" mais, encore plus, une musique émotionnelle est pleine de vie qui savait se faire mélodique mais aussi hargneuse tout en vous donnant beaucoup de plaisir.
En 2007, MARILLION se contente donc de sortir son 17eme album sans que pour moi se ne soit plus un évènement comme il le fut de 1985 à 1997. Dix années déjà où la sortie d'un album des anglais ne me donne plus aucun frisson ni aucune joie intérieure qui vous donne la chaire de poule de bout en bout du CD. Croyez moi, ça commence à faire long le purgatoire, quand reverrais-je le paradis?

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