SINGULARITY

(ETATS UNIS)

BETWEEN SUNLIGHT AND SHADOW

(2003)
LABEL:

AUTOPRODUCTION

GENRE:

ROCK PROGRESSIF

TAGS:
Concept-album, Intimiste, Mélancolique, Neo, Planant, Symphonique
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SMILE (08.01.2008)  
4/5
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Trois ans après un premier album « Color Of Space » écrit à l’aube du 3e millénaire, aux coloris et aux pastels largement imprégnés et nourris des sonorités et des mélodies enfantées par l’incontournable et légendaire « Rush », la formation américaine du Colorado, « Singularity », désormais orpheline de son chanteur Andrew Goldhawk, nous délivre son second opus, intitulé « Between Sunlight And Shadow ». Un album-concept présentant une seule pièce musicale, divisée en quinze titres, qui constituent autant de séquences et de chapitres et qui forment une unité. Un ensemble qui nous permet de progresser et de cheminer au cœur même d’un univers hanté par une âme troublée, en proie aux démons psychologiques d’une maladie mentale oppressante, perdue dans le néant et s’enlisant dans les tréfonds de l’aliénation et de la démence, à la recherche de sa destinée, d'une source de lumière, d'une chaleur apaisant les tourments qui la guette.

Le propos est inquiétant, angoissant. Sommes-nous prêts à arpenter les contrées de cet espace empreint de folie ? Armés d’un vaillant courage et avides d’une curiosité proche d’un voyeurisme enfreignant, nous fermons les yeux et nous nous laissons happer par un véhicule mystérieux, dont le moteur rutilant (« Drive ») nous entraîne au coeur d’une atmosphère sombre, profonde, intimiste, totalement désincarnée et dépossédée de ces anciennes influences.

Nous voilà immergés dans une ambiance progressive et atmosphérique typiquement américaine, à la variété et à la diversité intelligemment pensées et brillamment conceptualisées. Aussi, chacune des structures du décor qui nous enveloppe est élaborée et imbriquée à la perfection, s’enchaînant d’un trait, sans faille et sans accroc, coulant tel un flot empreint d’une limpidité absolue, rendant la succession des différents titres totalement imperceptible. Les différentes émotions qui nous gouvernent au gré des étapes que nous franchissons au sein de ce délire hypnotisant nous interpellent constamment et nous empêchent de plonger dans l’ennui ou de nous noyer dans une nausée écoeurante. Les sons alternent entre eux, tantôt exprimés avec révolte, tantôt mélancoliques et retenus avec pudeur. Nous voilà gravitant entre la lumière du soleil et l’ombre des ténèbres, entre la folie et la raison.

Aussi, se succèdent tour à tour ; un piano pensif et agité (« Drive ») ; une ambiance névrosée et ensorcelante (« Invictus ») ; des textures aériennes et une humeur changeante, bohème et sombre, accompagnée d’une basse obsédante, évoquant un spleen dans lequel s’entremêlent et fusionnent « Porcupine Tree » et « Anathema » (« Stratum ») ; un chant gothique et sombre délivré par des êtres menaçants et sans visage (« Endless ») ; une horde de synthés sauvages et déchaînés aux couleurs néo-progressives délicieusement inondantes (« Flight ») ; des flammes d’un enfer puissamment « métal » et bouleversant (« Inferno ») ; une harmonie bercée par des voix s’enchaînant et se juxtaposant conférant à l’ambiance un instant solennel et rappelant la folie du génial « Brian Wilson » et de ses « Beach Boys » (« All Comes Down ») ; une simplicité acoustique et classique d’un interlude gracieux (« Still ») ; une émotion sentimentale et sensuelle d’un amour passionnel aux échos rappelant de loin « IQ » (« Hold A Candle ») ; un final planant, magique et magnétique, littéralement absorbant (« Infractus »).

Cet univers est empli de richesses qui se dévoilent au détour d’une interprétation maîtrisée, évitant de se perdre dans la complexité et l’inaccessible pour s’abreuver d’une finesse et d’une discrétion délicatement feutrée. Cette œuvre possède en son cœur les ingrédients d’une recette qui permet d’édifier un album concept réussi et de qualité : alternance de paysages émotionnels variés ; immersion au plus profond d’une trame intrigante, captivante et jamais ennuyante ; atmosphère mélodique retranscrivant avec perfection les spécificités d’un thème dont les différentes reprises, subtiles et astucieuses, peinent à se reconnaître au fil de la trame, ne se percevant qu’au gré de nombreuses écoutes attentives. Le climat qui s’empare de nous s’habille ainsi d’un élan charismatique, aux allures prenantes et agréables, au goût de « reviens-y » incontournable. L’auditeur éprouvera bien des difficultés à décrocher et à ne pas se laisser guider jusqu’au bout de ce voyage insaisissable.

« Singularity » parvient, avec ce second album, à opérer une synthèse de ses différentes influences pour accoucher d’un univers singulier, se rapprochant ainsi de l’identité qu’il cherche à se forger. Certes, bien qu’il apparaît difficile de lui trouver des faiblesses, on pourra toujours émettre certaines reproches à ce témoignage musical ; comme cette frustration ressentie à l’écoute de passages que l'on souhaiterait plus longs (« Hold A Candle », « All Comes Down ») ; cette légère irritation à l’accueil de répétitions qui semblent prolonger inutilement certains fragments ; ces voix qui, agréablement variées car interprétées tour à tour par les trois membres du trio américain, apparaissent soudainement manquer de profondeur et de sincérité ; cette réserve, enfin, interdisant toute envolée instrumentale irraisonnée pour privilégier une pudeur par moments regrettable.

Qu’à cela ne tienne, avec « Between Sunlight And Shadow », « Singularity », qui mériterait davantage de considération de la part du monde progressif, confirme un potentiel étonnant (qui sera encore façonné plus en profondeur avec « Of All The Mysteries ») et nous offre une œuvre d’une étonnante maturité qui agit tel un aimant irrésistible, un magnétisme incontrôlable, un envoûtement irrépressible. Cet album nous procure un pur moment d’évasion dans une dimension parallèle, là où règnent le rêve, la contemplation et la magie. Possédée par cet élan de folie, notre âme devient prisonnière d’une hypnose thérapeutique qui s’empare de notre conscience et nous plonge dans un éden aux propriétés fascinantes. Transportés dans un « ailleurs » insondable, nous perdons le sens de la réalité et nous nous abandonnons tout entier à cet état de transe. Toujours plus élevés au-dessus des réalités matérielles au fur et à mesure de notre cheminement, nous sommes littéralement figés par le mouvement planant et répétitif de son achèvement mystique (« Infractus »), nous entraînant dans un néant lumineux duquel, sans forces et incapables de nous mouvoir, nous ne parvenons pas à nous extirper. La singularité de cet univers nous aurait-t-elle possédés au point de nous rendre fous à notre tour ?
- Site officiel
GROUPES PROCHES:
ZEN CARNIVAL, LOUVETON, TIMOTHY PURE, IQ

LISTE DES PISTES:
01. Drive - 4:50
02. Invictus - 1:48
03. Stratum - 2:54
04. Endless - 2:43
05. Flight - 2:28
06. Inferno - 6:10
07. In Passing - 2:26
08. All Comes Down - 0:58
09. Ground Zero - 2:51
10. Still - 1:08
11. Hold A Candle - 2:41
12. Traces - 2:08
13. Metamorphosis - 3:02
14. Coming Undone - 2:39
15. Infractus - 4:46

FORMATION:
Jamie McGREGOR: Chant / Batterie
John GREEN: Chant / Claviers
Matt Zafiratos: Chant / Guitares / Basse
   
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