GROUPE/AUTEUR:

VERSUS X

(ALLEMAGNE)

TITRE:
PRIMORDIAL OCEAN (2008)
LABEL:
MUSEA
GENRE:
ROCK PROGRESSIF

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PLATYPUS - 22.03.2008 - (1) Avis des lecteurs - (0) commentaire(s)
3/5
Après six ans d’absence et huit années sans avoir produit d’album studio, les Allemands de Versus X reviennent sur le devant de la scène avec un nouvel opus intitulé Primordial Ocean. Le groupe, spécialiste depuis son deuxième album (Disturbance, 1996) des longues compositions à tiroirs dans le plus pur style progressif 70’s, ne risque pas de décevoir ses fidèles avec ce disque, puisque sur les cinq morceaux, quatre excèdent le quart d’heure. Cela veut-il pour autant dire que nous avons affaire à une musique alambiquée, appréciable par les seuls puristes et les nostalgiques des groupes mythiques du progressif (Genesis, King Crimson et Van der Graaf Generator principalement), difficilement accessible de par sa longueur et l’enchevêtrement des thèmes, procédés courants dans ce style ?

Première réponse, militante : la structure à tiroirs, empruntée à la musique savante, n’est pas forcément synonyme de complexité, mais plutôt d’inventivité et de rigueur. Schématiquement, autour d’un thème principal, la composition se développe en de multiples variations qui amènent à leur tour à l’émergence d’un nouveau thème, également propice à de nouvelles variations. Il ne s’agit pas d’une progression linéaire (relier un point à un autre) mais plutôt d’un cheminement qui revenant sans cesse sur lui-même offre au promeneur de fréquentes haltes d’où il peut à loisir contempler la beauté onirique du paysage musical alors dévoilé ; « c’est le règne de la surprise et du pur plaisir de la découverte » (François Ricard). Inventivité donc, et rigueur... Rigueur d’une architecture qui est toute entière hommage à l’espace et au temps, rigueur d’une harmonie à la fois continue et changeante. Aussi pour apprécier la musique de Versus X, et le rock progressif en général, nul besoin, comme se plaisent à le répéter nombre de critiques rock, d’appartenir à une élite d’auditeurs cultivés devenus insensibles à la spontanéité de la musique rock, puisque cette structure circulaire et fragmentaire développée autour d’un centre (une signification sans cesse parcourue et toujours redécouverte) dont nous ne percevons jamais la totalité, est tout simplement à l’image de nos vies. Ainsi, plutôt que de structure à tiroirs faudrait-il parler à propos des compositions de Versus X de ce que les compositeurs classiques appellent fort justement « thème avec variations ». Une des références qui vient d’ailleurs immédiatement à l’esprit lors de la découverte de Primordial Ocean est Modest Moussorgski et son fameux « Les Tableaux d’une exposition », dont ELP firent, en leur temps, une magistrale reprise.

Seconde réponse : oui, il est certain que Versus X plaira d’abord à ceux d’entre vous qui connaissent et apprécient les trois groupes mythiques cités plus haut. La voix d’Arne Schäfer rappelle indubitablement celle de Peter Hammill, leader de Van der Graaf Generator : théâtrale, expressive (accentuation systématique de certaines sonorités, gestion rythmique très particulière des phrases et des syllabes), chaude et énigmatique. La couleur harmonique, souvent mélancolique et basée sur des progressions en mode mineur, l’influence dominante de la musique classique mais aussi les incursions dans le jazz (deuxième mouvement de « Essentially Human ») évoquent la première période de King Crimson. Quant à la référence à Genesis (période Gabriel), elle tire sa justification de l’essence même du rock progressif : émotion, lyrisme, complexité climatique et hypertrophie du format traditionnel de la chanson. Versus X évoque également des groupes plus récents : Anglagard pour l’introduction fréquente de ruptures rythmiques sous forme de cascades, After Crying pour la prédominance du piano et les orchestrations parfois très symphoniques, The Flower Kings pour le final de « The Pulse of Earth ». Néanmoins, la musique composée par le groupe reste très personnelle et ne peut se réduire aux influences citées. C’est d’ailleurs peut-être de ce qui pourrait apparaître comme une faiblesse qu’elle tire sa force et son originalité : le rêve, la lenteur, la naïveté.

Ceci dit, Primordial Ocean est loin d’être l’incarnation de la perfection musicale. Sans doute aurez-vous remarqué que je n’ai jusqu’ici qu’assez peu parlé des morceaux en eux-mêmes. Et ce silence n’est pas un hasard, tant il est malaisé de définir les moments forts de l’album. Tout semble d’une égale intensité (hormis le court interlude « From a Distance » dont on se serait facilement passé), d’une égale qualité, d’une égale complexité. Si les thèmes propres à chaque morceau sont facilement mémorisables, aucune mélodie ne ressort vraiment. Les soli de guitare (dont il faut signaler la qualité sonore) se suivent et se ressemblent, généralement assez lents, apaisés, d’une technicité somme toute plutôt commune. Le bassiste gagnerait parfois à être plus mis en avant, mais reconnaissons qu’il effectue tout au long de l’album un travail de grande qualité avec le batteur. Enfin le claviériste, omniprésent, doit être salué pour la qualité de son jeu et le rôle principal qu’il occupe au sein du groupe. De ce constat en demi-teinte émerge peut-être le dernier morceau de l’album, qui s’il ne révolutionne pas la musique du quartet, semble plus dynamique, plus à même de frapper l’imagination et les sens de l’auditeur. Les ruptures entre les différents mouvements sont également plus naturelles, tandis que les fréquents changements de tonalités restent tout aussi réussis que dans les précédentes pièces. Enfin, le guitariste libère techniquement son jeu sans rien renier de sa sensibilité et de son originalité ; un excellent morceau pour terminer de la plus belle manière qui soit ce nouvel opus.

Alors au final, que retenir de cet album ? Une incontestable cohérence entre les morceaux, une identité affirmée donc (qui se construit d’album en album), mais aussi une monotonie parfois préjudiciable. Néanmoins, Versus X réussit à réconcilier le progressif avec lui-même et avec ce qu’était sa raison d’être : une recherche constante de l’émotion et de l’originalité au service des sens plus que de l’exaltation technique. Un lent cheminement, une longue errance à la découverte de la beauté que renferme l’interrogation éternellement renouvelée sur la liberté du temps et de l’espace.

Plus d'information sur http://www.versus-x.com/



GROUPES PROCHES:
AFTER CRYING, GENESIS, DARAGON, VAN DER GRAAF GENERATOR, THE FLOWER KINGS

LISTE DES PISTES:
01. The Pulse Of Earth - 15:45
02. From A Distance - 01:50
03. Essentially Human - 16:16
04. Fingerprints - 15:22
05. Into The Vast Unknown - 23:41


FORMATION:
Arne Schäfer : Chant / Guitares
Ekkehard Nahm : Claviers / piano
Thomas Keller : Basse
Thomas Reiner (depuis fin 2007): Batterie / percussions
Uwe Völlmar (jusqu'en 2007): Batterie / percussions


TAGS:
70's, Musique Classique, Mélancolique
 
 
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CORTO1809 - 24/05/2010 -
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2/5
Personnellement, l'album me fait plus penser à YES, période Tales From Topographic Oceans (la présence de nappes de synthétiseurs pour évoquer les flots n'y est probablement pas étrangère) qu'à VDGG ou ELP. Quant au chanteur, mettons tout de suite les choses au point : loin de ressembler à Peter HAMMILL, dont il n'a ni l'amplitude vocale, ni la puissance, ni le don de véhiculer à loisir toutes les émotions imaginables, Arne SCHAFER a une voix assez atone ressemblant à celle Gary CHANDLER (JADIS). C'est pour moi le point faible de VERSUS X.
Car la musique, elle, est de qualité. Très Yessienne dans l'ensemble, avec des touches de GENESIS (Essentially Human) et de VDGG (Into The Vast Unknown, où le côté syncopé peut parfois rappeler VDGG, mais dont l'atmosphère reste bien moins sombre que celle du groupe de Peter HAMMILL), et parfois des faux airs de prog italien.
Beaucoup d'idées, de longs développements musicaux sachant alterner la douceur et la vivacité et permettant tour à tour, voire simultanément, aux claviers et aux guitares d'avoir leur heure de gloire. On regrettera peut-être un peu le manque de dynamisme de la percussion, un peu en retrait sur l'enregistrement, mais rien de rédhibitoire.

Avec Primordial Ocean, les amateurs de longs morceaux symphoniques sont assurés de passer un agréable moment.

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